Un an après, qu'est devenu le 115 du particulier ?

En février 2012, deux hommes lançaient sur Facebook une initiative pour faire héberger des sans-abri. Depuis, l'opération a grandi et élargi ses objectifs. 

Un homme sans domicile, à Chatou (Yvelines), le 3 novembre 2012.
Un homme sans domicile, à Chatou (Yvelines), le 3 novembre 2012. (LOIC VENANCE / AFP)

C'était il y a presque un an. Francetv info vous parlait, le 8 février 2012, du 115 du particulier, une "initiative citoyenne" lancée sur Facebook par deux personnes pour faire héberger des sans-abri chez des gens alors que la France subissait une vague de froid. Leur objectif : donner "un coup de main supplémentaire" au Samu social et à d'autres structures qui viennent en aide aux plus démunis notamment en les hébergeant. A l'origine de leur démarche, cette question "toute bête : pourquoi n'y-a-t-il pas de particuliers volontaires dans les fichiers du Samu social ?", explique Cédric Lebert.

Francetv info fait le bilan, un an après le lancement de cette initiative devenue association, alors que plus d'un appel sur deux au 115, le numéro d'urgence pour les sans-abri, est resté sans réponse en décembre.

Un panel de services élargi

A l'origine, le 115 du particulier s'était donné pour mission de trouver temporairement, via le réseau social Facebook, un toit pour ceux qui n'en ont pas, sans se substituer aux travailleurs sociaux, ni même aux associations, mais pour agir en complément. C'est toujours le cas. Sauf que ses missions se sont élargies. "Il ne s'agit plus forcément d'hébergement. Cela peut être un repas, une douche, un don de vêtements, une mise en relation pour un boulot", détaille Brann du Senon, cofondateur de la structure.

Un service pour les démarches administratives a également été mis en place. "Il y a quatre cellules juridiques dans toute la France, indique-t-il à francetv info. Concrètement, ce sont des personnes qui proposent leur aide à des gens qui ont besoin d'être accompagnées pour avoir le RSA [Revenu de solidarité active], les APL [Aide personnalisée au logementou dans un dossier pour un logement."

Une communauté plus importante

Le 115 du particulier s'était lancé à partir d'un groupe Facebook. Il a désormais un site web. Ce dernier recense les offres de logement, les dons et les appels à l'aide. "Mais Facebook reste une vitrine, c'est le premier support de communication", indique Brann du Senon. En un an, le nombre d'adhérents au groupe du réseau social a été multiplié par dix, passant d'environ 1 200 à plus de 13 000 membres. "On ne pensait pas que cela allait prendre de telles proportions."

Conséquence de cette croissance : "Nous pouvons agir dans vingt-deux régions", ajoute Brann du Senon, alors que seuls quelques départements et grandes villes étaient couverts l'année dernière.

Le noyau dur du 115 du particulier s'est aussi étoffé. Ils étaient sept à huit personnes à gérer la structure l'année dernière. Ils sont désormais une dizaine, explique celui qui est devenu président-fondateur de l'association Le 115 du particulier. En effet, l'initiative spontanée est devenue une association loi 1901, ce qui n'était pas prévu à l'origine. "Il nous fallait une structure légale", explique-t-il. Cédric Lebert, l'autre cofondateur de l'association a, lui, pris ses distances.

Près de 10 000 "coups de main"

Brann du Senon est incapable de chiffrer le nombre de personnes hébergées grâce à son association. Mais il estime qu'entre 9 000 et 10 000 aides de différentes natures ont été fournies.

Surtout, un objectif a été atteint : l'autogestion. "Il y a des coups de main qu'on ne peut pas comptabiliser parce qu'ils ne passent pas par nous, raconte-t-il. Les gens mettent des annonces et ils se répondent directement." Toutefois, il dit intervenir dans les échanges "entre 25 à 50 fois par jour. Ce n'est pas forcément grand chose, juste un coup de fil pour établir le lien entre deux personnes. Mais parfois on se déplace, comme pour cette dame rencontrée lundi qui offre un hébergement dans un appartement isolé en échange d'un gardiennage".

Autre élément de satisfaction : l'ouverture du site à des démarches extérieures. "On est vraiment devenu une plateforme, comme on le souhaitait au début", estime Brann du Senon. En effet, sur le site, on retrouve des initiatives venant aussi bien d'associations, de particuliers isolés ou de personnes regroupées. Dans la rubrique "J'organise", on découvre par exemple un travailleur social d'une association à la recherche de meubles et de couvertures pour un appartement que vient de trouver un sans-domicile. Il y a aussi Alixe, qui participe à des maraudes et "collecte des vêtements (particulièrement chaussettes et vêtements chaud) ainsi que de la nourriture: fruits, pain, yaourt, petites viennoiseries..."

De belles histoires

Si l'équipe a parfois connu quelques mésaventures, "on vit aussi de belles histoires, poursuit-il. Par exemple, il y a Yoann, 28 ans. On l'a fait héberger chez une femme. Maintenant, ils sont en couple depuis six mois et ils pensent se marier. En plus, on lui a trouvé un CDI dans le secteur de la démolition".

Et dans la rubrique "Témoignages" du site du 115 du particulier, on peut notamment lire celui-ci : "Nous avons accueilli à la maison Damien et ses chiens. Il a 25 ans et vit à la rue depuis ses 20 ans. Il a mangé, pris un bain et s'est rasé.... Nous avons discuté jusqu'à 3 heures du matin (...). Lorsqu'il s'est levé le lendemain, il avait un grand sourire aux lèvres et nous a dit que ça faisait des années qu'il n'avait pas dormi comme ça. (...) Depuis, dès qu'il nous voit, il nous fait la bise avec son grand sourire. Rien que pour ça on recommencera à héberger des gens car un sourire est plus beau qu'un merci."