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#safedanslarue, ou quand la lutte contre le harcèlement de rue s'invite sur le web

De nombreuses Françaises le vivent au quotidien. Le harcèlement de rue a trouvé un écho sur Twitter, grâce au hashtag #safedanslarue. Récit et explications. 

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France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Le harcèlement de rue a été dénoncé sur Twitter, le 4 février 2014, via le hashtag #safedanslarue.  (IMAGE SOURCE / GETTY IMAGES)

Toutes ont déjà pressé le pas, le soir, en rentrant chez elles. Sur Twitter, le hashtag #safedanslarue est apparu, mardi 4 février, rassemblant les témoignages de Françaises sur le harcèlement de rue. Pourquoi cette initiative ? D'où sort-elle ? Et que révèle-t-elle ? Eléments de réponse.

Une colère exprimée sur internet 

Sous le mot-clé #safedanslarue, de nombreuses femmes racontent, depuis mardi sur Twitter, leurs mauvaises expériences, ou partagent leurs techniques pour assurer leur sécurité dans la rue, notamment la nuit. Les astuces se sont multipliées à tel point que le hashtag s'est hissé dans les "Trending Topics" (sujets les plus commentés sur le réseau social).

Pour parer au pire, les femmes redoublent d'imagination : l'une ne sort jamais sans son spray au poivre, l'autre évite de porter talons et jupe le soir, certaines emploient la technique des écouteurs éteints pour être à l'affût du moindre bruit suspect, d'autres font semblant d'être au téléphone. 

Cette initiative est née après la publication d'une vingtaine de pistes pour devenir féministe, sur le compte Twitter de la blogueuse féministe Crêpe Georgette. Parmi ses conseils destinés aux hommes : "je ne ris plus aux blagues machistes", "j'aide une femme confrontée au harcèlement sexiste" ou encore "je change de trottoir 'pour montrer que tout est safe'". Ce dernier commandement, parfois moqué, a immédiatement lancé le hashtag #safedanslarue. 

Interrogée sur BFMTV, la blogueuse a balayé les critiques, indiquant : "Je m'y attendais." Pour elle, l'initiative montre surtout que "des milliers de femmes ont témoigné sur la peur qu'elles ressentaient toutes". Et de vanter les mérites des réseaux sociaux quant à la prise de conscience de ce genre de problématique. 

Une réalité mieux punie par la loi

Cette prise de conscience concerne aussi les autorités. Depuis 2012, le gouvernement a pris la question du harcèlement à l'encontre des femmes à bras le corps. Fin juillet 2012, le Parlement français a ainsi adopté à l'unanimité une nouvelle loi contre le harcèlement sexuel

Celle-ci précise notamment la définition du terme. Il s'agit d'une part "d'imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou des agissements à connotation sexuelle qui, soit portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, soit créent à son égard une situation intimidante, hostile ou offensante". Est aussi assimilé au harcèlement sexuel "le fait, même non répété, d'user de toute forme de pression grave, dans le but réel ou apparent d'obtenir un acte de nature sexuelle".

Le harcèlement de rue entre dans ces définitions, indiquait la ministre du Droit des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, estimant sur RTL que "ça ne se passe pas qu'au travail. Ça se passe à l'université, ça se passe quand vous cherchez un logement, ça se passe dans la rue".

Une situation de plus en plus dénoncée

Les femmes en ont-elles ras-le-bol ? Une chose est sûre : les langues se délient. En juillet 2012, le film Femme de la rue, réalisé par Sofie Peeters, une étudiante belge, avait mis en lumière ce harcèlement quotidien vécu par certaines femmes en Belgique. Filmé en caméra cachée, ce documentaire montrait les remarques insultantes essuyées par les passantes dans les rues de Bruxelles et révélait le sexisme de nombreux hommes. Au risque de s'attirer quelques critiques

Depuis, les initiatives pour dénoncer ce machisme ambiant se multiplient, à l'instar du tumblr Paye ta schnek, qui recense les remarques sexuelles et très souvent déplacées entendues au gré des trottoirs. Et les femmes ne sont pas les seules à s'insurger. Sur le tumblr Projet Crocodiles, l'auteur de bande dessinée Thomas Mathieu croque des scènes de harcèlement, racontées par e-mail. Les hommes y apparaissent tous sous les traits de lézards verts pour souligner "la différence de traitement des sexes", explique-t-il. Une manière didactique et ludique d'amener chacun à réfléchir aux comportements, souvent graves, mis en vignettes. 

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