Palace des célébrités, lieu d’art et objet de toutes les convoitises... Retour sur un siècle de saga du Negresco, à Nice

La propriétaire de l’un des hôtels les plus connus de Nice, décédée mardi, laisse derrière elle un lieu mythique de l’hôtellerie de luxe, qui a marqué la ville depuis le début du XXe siècle.

Le Negresco, à Nice, le 28 avril 2011.
Le Negresco, à Nice, le 28 avril 2011. (VALERY HACHE / AFP)

Jeanne Augier, la propriétaire du célèbre palace niçois Le Negresco est morte à l'âge de 95 ans mardi 8 janvier. Après plusieurs décennies d'une direction à l'ancienne, mêlant autoritarisme et paternalisme, Jeanne Augier est placée sous tutelle en 2013 et son établissement cinq étoiles sous administration judiciaire. Elle vivait dans un vaste appartement aménagé dans l'hôtel. C'est le dernier palace familial de l'Hexagone resté français et un lieu mythique de l'hôtellerie de luxe.

De Niki de Saint Phalle à Louis XIV, une collection d'art très éclectique

Son célèbre dôme rose et sa façade Belle Époque dominent la baie des Anges depuis plus d'un siècle. Cet hôtel, surnommé la "Tour Eiffel de Nice" est l'aboutissement d'un rêve, celui d'Henri Negresco, un directeur d'hôtel d'origine roumaine. En 1912, il fait construire ce palace pour accueillir sa clientèle fortunée venue du monde entier. Il est racheté par le père de Jeanne Augier en 1957, qui le confie alors à sa fille. C'est elle, la passionnée d'art qui va le transformer et contribuer à faire sa renommée. Cela passe notamment par la décoration de l'hôtel de 124 chambres et suites au style très éclectique.

Les œuvres classiques, comme des meubles Empire, côtoient des fauteuils année 70 à la coque plastique. On peut par exemple y trouver Une grosse nana jaune de Niki de Saint Phalle, mais aussi des portraits de Louis XIV - Jeanne Augier est une grande admiratrice de Versailles. Dans le salon royal classé à l'inventaire des monuments historiques, les visiteurs peuvent admirer la verrière et un lustre de 16 800 pièces de Baccarat.

Le rendez-vous des stars

Année après année, l'hôtel s'enrichit des coups de cœur de cette collectionneuse compulsive. Jeanne Augier était proche des artistes de son époque comme elle l'avait raconté à nos confrères de France Bleu Azur : "J’étais amie avec Cocteau, Yvaral, Daly, qui venait avec son collaborateur, qui avait un lynx. Cela m’était difficile de reconnaître que son animal intéressait plus ma clientèle que lui, qui n’était qu’un homme."

Le Negresco est devenu un hôtel-musée et a accumulé 6 000 œuvres et objets d'art. Des dizaines d'hommes d'État, stars ou célébrités y ont séjourné et plus d'une trentaine de films y ont été tournés.

Une succession qui s'annonce délicate

Jeanne Augier a toujours voulu que l'hôtel reste français, indépendant et a refusé les propositions d'achat, dont celle de Bill Gates notamment. Elle n'avait pas de descendant direct et avait décidé en 2009 de léguer le Negresco et sa fortune personnelle à un fonds de dotation qui se focalise sur la défense des animaux, l'aide aux personnes handicapées et la préservation de l'art français. Mais ces dernières années, son état de santé s’était dégradé. Elle se déplaçait en chaise roulante et souffrait de pertes de mémoire. L'hôtel est placé sous administration judiciaire en 2013. La succession de l'établissement, qui suscite de nombreux conflits et convoitises s'annonce compliquée. Il pourrait valoir entre 300 millions et 400 millions d'euros, selon une estimation de 2016.