Bordeaux : la fronde "Parisien rentre chez toi" va bon train

Le maire de Bordeaux, Alain Juppé, estime que c'est "une honte" et envisage de saisir la justice.

Le miroir d\'eau à Bordeaux (Gironde).
Le miroir d'eau à Bordeaux (Gironde). (MICHAEL PORTILLO / ONLY FRANCE / AFP)

"Parisien, rentre chez toi." Depuis quelques jours, des autocollants avec ce slogan sont collés un peu partout dans les rues de Bordeaux (Gironde). Dans le viseur de ce tract anonyme : la nouvelle ligne à grande vitesse (LGV) qui permet aux Parisiens de relier Bordeaux en un peu plus de deux heures. Une petite révolution qui ferait grimper les prix de l'immobilier... et la colère des Bordelais. Face à ce déferlement de messages "anti-Parisiens", Alain Juppé a réagi, mercredi 25 octobre sur Twitter : "Les attaques anti-nouveaux arrivants à Bordeaux sont une honte. J'envisage de saisir la justice."

Prix de l'immobilier en hausse, densification du centre-ville, "banlieue bobo"... Les critiques sur l'évolution urbaine de Bordeaux se multiplient. En pointe dans ce combat, le Front de libération bordeluche face au parisianisme (FLBP). Ce groupe satirique a été créé il y a neuf mois par deux trentenaires bordelais "un peu chauvins", après la publication des vœux de la ville de Bordeaux, où l'on pouvait voir la tour Eiffel se refléter dans le miroir d'eau de la ville. "Ce n'est pas possible d'être dans la soumission culturelle à la capitale", explique l'un des fondateurs à franceinfo. 

"Une ville-musée ceinturée par une campagne-dortoir"

Si le groupe revendique l'utilisation de l'humour "un peu potache", la trame de fond n'en est est pas moins sérieuse. "Nous refusons l’idée de devoir vivre dans une ville-musée ceinturée par une campagne-dortoir pavillonnaire, expliquent-t-ils sur leur page Facebook. Amis Parisiens, merci de restaurer le vieux Bordeaux, mais du coup la ville se vide de ses habitants originels qui ne peuvent plus se l’offrir, et qui partent faire souche là où l’immobilier est resté abordable". Sur les réseaux sociaux, le collectif incite ainsi les Parisiens... à aller voir ailleurs. Leurs arguments : le prix élevé de la taxe d'habitation ou encore la dégringolade de Bordeaux dans le classement des meilleures villes...

Il faut dire que la crise immobilière est bien réelle pour certains habitants. Beaucoup d'étudiants n'ont toujours pas trouvé d'appartement depuis la rentrée, note France 3 Nouvelle-Aquitaine. Certains sont obligés de dormir dans une voiture ou sur un lit improvisé à la gare Saint-Jean. "On crée des petits Paris partout en France avec les métropoles d'où on exfiltre les classes populaires", assure le collectif à franceinfo.

Le "Méga Grand Bordeaux"

Selon ces Bordelais en colère, la mairie en fait beaucoup trop pour accueillir les visiteurs et améliorer son image, mais délaisse une partie de ses habitants. "Bordeaux, parlons cinq minutes. Tu essayes de jouer un rôle qui te va mal, et cela se voit, lance le collectif. Tu t'es drapée dans une tenue de gala extrêmement sexy, et ils sont tombés dans le panneau. Les Parisiens bien sûr, mais pas que", écrivent les membres du collectif sur les réseaux sociaux. Une critique qui rappelle le "Méga Grand Bordeaux", une fiction satirique qui imagine des projets fous de la métropole en 2050, victime de son attractivité. "Tout le monde veut venir vivre ici, mais ce n’est plus possible pour beaucoup", expliquaient ainsi les auteurs, en septembre, à Rue89 Bordeaux.

Ce déferlement vers Bordeaux semble aussi avoir eu des conséquences plus anecdotiques. Depuis quelques mois, les internautes bordelais revendiquent haut et fort le mot "chocolatine", afin de se différencier des "pains au chocolat" parisiens. Une tendance suivie par plusieurs boulangeries qui affichent des prix de vente différents selon le terme utilisé par le client. Mais cette "guéguerre" sympathique semble avoir pris une nouvelle dimension chez certains habitants de Bordeaux.