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Les autorités françaises font tout ce qu'elles peuvent pour faire voler un maximum d'avions, a affirmé Jean-Louis Borloo

Face à la montée des critiques contre la gestion du trafic aérien, le ministre de l'Ecologie a estimé lundi que la France n'en avait pas trop fait, évoquant un "système de sécurité mais pas d'excès d'inquiétude".Après plusieurs vols tests dimanche, "on essaie de faire l'analyse réelle des risques", a-t-il insisté.
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Jean-Louis Borloo, le ministre de l'Ecologie. (F2)

Face à la montée des critiques contre la gestion du trafic aérien, le ministre de l'Ecologie a estimé lundi que la France n'en avait pas trop fait, évoquant un "système de sécurité mais pas d'excès d'inquiétude".

Après plusieurs vols tests dimanche, "on essaie de faire l'analyse réelle des risques", a-t-il insisté.

"La France essaie de faire voler le plus possible" d'avions, a dit le ministre de l'Ecologie avant une téléconférence des ministres européens des Transports, prévue à 15h00 (heure de Paris). "On bouge, on fait voler, on assure la sécurité. Pour le reste ce sera décidé par les ministres européens", a-t-il ajouté, soulignant que pour l'heure, la priorité était d'ouvrir des corridors mais pas l'ensemble de l'espace aérien.

Application trop sévère du principe de précaution
Les autorités de l'aviation fustigent la "pagaille européenne" créée par la gestion par l'UE de la crise du nuage". C'est un embarras pour l'Europe et c'est une pagaille européenne", s'est emporté Giovanni Bisignani, directeur de l'Association internationale du transport aérien (IATA) sur la BBC Radio Four.

"Il a fallu cinq jours pour organiser une conférence téléphonique avec les ministres des transports" de l'UE, a-t-il dénoncé.

L'IATA déplore une situation "sans évaluation du risque, sans consultation, sans coordination et sans leadership" de la part des gouvernements. Selon Giovanni Bisignani, "les Européens utilisent encore un système basé sur un modèle théorique, au lieu de prendre une décision basée sur des faits et une étude du risque".

La fermeture d'une partie de l'espace aérien européen représenterait un manque à gagner de plus de 200 millions de dollars par jour pour les compagnies aériennes. Leurs pertes pourraient au final dépasser le milliard d'euros.

Air France perd 35 millions d'euros par jour, a annoncé son directeur général Pierre-Henri Gourgeon. British Airways a évoqué ses propres pertes entre 17 et 26 millions d'euros par jour. Face à cette crise, l'UE se dit prête à autoriser des aides exceptionnelles aux compagnies aériennes.

Aucune anomalie au cours des vols d'essais
"Aucune anomalie" n'a été détectée lors d'un vol d'Air France à vide à Toulouse. De même, selon les tests de la compagnie allemande Lufthansa, "apparemment jusqu'à 8000 m, il n'y a pas de cendres volcaniques". Pour la compagnie néerlandaise KLM, qui a elle-même fait effectuer à ses appareils une série de vérifications, l'espace aérien européen est "sûr". British Airways a également procédé à un vol test dont les résultats doivent être connus lundi.

Ces vols d'essais ont été jugés trop tardifs par certains professionnels du secteur aérien, qui mettent en avant les lourdes conséquences de la paralysie des aéroports européens depuis jeudi.

Du coup, la principale association des compagnies aériennes européennes (AEA) et celle des gestionnaires d'aéroports ont tapé du poing sur la table. "Si les compagnies aériennes et les aéroports européens considèrent la sécurité comme une priorité absolue, ils s'interrogent sur la proportionnalité des restrictions de vol imposées actuellement", ont-elles prévenu.

Les interrogations sur le bien fondé de la fermeture d'espaces aériens, d'une ampleur sans précédent depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, sont aussi nourries par le manque de coordination manifeste dans la réponse des pays européens. Ceux-ci gardent leur souveraineté nationale en la matière.

Bussereau défend le principe de précaution
Le ministre des Transports a estimé lundi sur France Inter qu'"on ne (prenait) jamais assez de précautions", en réponse aux critiques de certaines compagnies sur la fermeture d'une partie de l'espace aérien européen à cause du venu d'Islande.

"Je pense qu'en matière de sécurité aérienne -on est encore sous le choc de la catastrophe de Smolensk (accident d'avion qui à coûté la semaine dernière la vie au président polonais Lech Kaczynski et à 95 autres personnes, ndlr)-, on ne prend jamais assez de précautions", a expliqué Dominique Bussereau. "Il faut bien voir ce que nous disent les gens de la météo (...) les cartes qu'ils nous montrent et ce qu'ils nous disent des nuages n'est quand même pas folichon !"

L'utilisation croissante du principe de précaution, qui pousse les pouvoirs publics à prendre des mesures d'interdiction en cas de doute pour se couvrir - notamment en matière de santé ou d'environnement -, suscite un débat controversé en Europe depuis déjà plusieurs années.

Les gouvernements européens ont ainsi été accusés d'en avoir trop fait face à la pandémie de grippe H1N1 en lançant des programmes de vaccination de grande ampleur, qui se sont révélés après coup souvent inutiles, le virus étant moins contagieux que redouté.
Ils ont dû faire face à des reproches similaires dans le passé sur la gestion de la crise de la vache folle ou plus récemment sur la dangerosité des OGM.

Le SNLP réclame des "éléments concrets"
Le principal syndicat de pilotes d'Air France a estimé ce week-end qu'aucun élément ne permettait de déterminer si les cendres du volcan islandais posent bien un problème pour la sécurité des vols.

Le SNPL a demandé qu'il soit tenu compte du résultat des essais afin que ceux-ci ne soient pas "un coup d'épée dans l'eau". "Je ne comprends pas que l'on n'ait pas fait des vols tests avant samedi soir, ni envoyé des avions-renifleurs ou des ballons. Les compagnies ont fini par y aller toutes seules, mais il n'y a pas eu jusque-là de travail de fond sur le risque des poussières volcaniques", a estimé pour sa part Gérard Feldzer, directeur du Musée de l'air et de l'espace du Bourget et ancien pilote d'Air
France.

Il peut y avoir aussi "une abrasion de la glace du cockpit et donc un manque de visibilité du pilote", estime le SNPL. Mais le plus gros danger est celui qui pèse sur les moteurs. L'ingestion de cendre "peut amener une perte de poussée ou une extinction des moteurs", souligne le syndicat. En 1982, un Boeing 747 de la British Airways avait ainsi vu ses quatre réacteurs s'éteindre au-dessus de l'Indonésie.

Reste que le SNPL a réclamé des "éléments concrets" pour fonder l'interdiction actuelle de vol. Deux compagnies allemandes, Lufthansa et Air Berlin, ont également critiqué l'absence de calcul de la concentration de cendres volcaniques dans l'air. Selon les experts, seule la mesure du niveau de concentration de cendres dans le ciel européen permettra de dire si le danger est réel.

"Les cas les plus significatifs de dommages causés par de la cendre se sont produits dans des zones où cette cendre était très concentrée. Il n'est pas facile de dire pour l'instant si un court-courrier entre Munich et Düsseldorf, par exemple, rencontrera assez de cendres pour que cela devienne un problème", selon David Kaminski-Morrow, expert de la revue britannique Flight. Il faut "analyser ce qui se passe effectivement dans l'atmosphère" pour savoir si le danger est bien réel, estime le SNPL.

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