Le procès de l'incendie qui a dévasté en juin 2008 le centre de rétention administrative de Vincennes a débuté lundi

Dix étrangers en situation irrégulière ont commencé à comparaître au tribunal correctionnel de Paris pour leur participation présumée à l'incendie, au lendemain du décès d'un Tunisien dans des circonstances obscures.Les prévenus ont fait leur entrée en dissimulant leurs visages devant les caméras.

Incendie au centre de rétention administrative de Vincennes (21-6-2008).
Incendie au centre de rétention administrative de Vincennes (21-6-2008). (France 2)

Dix étrangers en situation irrégulière ont commencé à comparaître au tribunal correctionnel de Paris pour leur participation présumée à l'incendie, au lendemain du décès d'un Tunisien dans des circonstances obscures.

Les prévenus ont fait leur entrée en dissimulant leurs visages devant les caméras.

Au moins l'un d'entre eux était absent. Il a été arrêté lundi matin lors d'un contrôle d'identité gare du Nord, selon son avocate, Me Irène Terrel.

Celle-ci a dénoncé "un procès symbole d'une politique d'immigration inquiétante du gouvernement". "Le dossier d'instruction est totalement vide (...), nous allons demander un supplément d'information pour que des investigations soient menées qui permettent un procès équitable", a ajouté Me Terrel, à l'extérieur de la salle.

Sept de ces personnes sont renvoyées devant la 16ème chambre du tribunal correctionnel pour "destruction de bien par incendie", six le sont pour "violences sur agents de la force publique avec incapacité totale de travail de moins de huit jours". Trois des prévenus devront répondre des deux chefs de poursuite.

L'incendie du centre
Le 21 juin 2008 dans l'après-midi, une manifestation de soutien aux étrangers se déroulait aux abords du centre, au lendemain du décès d'un Tunisien de 41 ans, "dans des circonstances non élucidées" selon la Cimade, seule association présente à cette époque dans les lieux de rétention. Les services du ministère de l'Immigration avaient de leur côté évoqué une "crise cardiaque".

Des retenus avaient alors commencé à dégrader les locaux, cassant portes et fenêtres et rassemblant des matelas en plusieurs points du bâtiment en signe de protestation. En milieu d'après-midi, plusieurs départs d'incendie étaient enregistrés, entraînant finalement la destruction des deux bâtiments du centre. Au moment de l'incendie, le CRA de Vincennes, le plus grand de France, comptait 249 personnes retenues pour une capacité de 280 places.

Originaires d'Afrique noire et du Maghreb, les prévenus avaient été identifiés par le visionnage des caméras de surveillance du centre. "On ne voit rien sur ces images. Elles sont complètement sélectives. On veut rejeter la responsabilité des faits sur des individus, sans s'interroger sur les conditions de sécurité déplorables dans l'établissement", déplore Me Terrel.

Polémique
Cet incendie avait suscité une vive polémique. Un des porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre, était monté au créneau pour mettre en cause les "provocations" des associations qui manifestaient le jour de l'incendie. Celles-ci avaient obtenu le soutien du maire (UMP) de Versailles, Etienne Pinte, pour qui ce "drame" était "malheureusement prévisible" car la politique d'immigration du gouvernement a provoqué des "situations explosives".

Quinze jours avant le sinistre, une commission d'enquête avait tiré la sonnette d'alarme dans un rapport remis au gouvernement. Elle y soulignait le "climat de tension et de violence qui règne de façon permanente dans tous les CRA et spécialement à Vincennes, où un rien suffit à mettre le feu aux poudres"

Le rapport souhaitait "très fermement que la capacité du pôle de Vincennes soit ramenée" à 140 places maximum. Après des travaux, le CRA de Vincennes a rouvert en novembre 2008, avec une capacité d'hébergement de 120 places actuellement, 180 prévues à partir du mois de septembre, selon l'Assfam, association qui a pris le relais de la Cimade à Vincennes depuis début janvier.