L'énigme des "jumeaux de Pantin", mathématiciens, sexagénaires et forcenés

Les deux frères Lascar se sont retranchés chez eux lourdement armés, mercredi, où ils ont échangé des tirs avec L'un d'entre eux s'est suicidé

Des passants se tiennent derrière un cordon de sécurité près du lieu où les jumeaux Lascar se sont retranchés, à Pantin (Seine-Saint-Denis), le 18 janvier 2012.
Des passants se tiennent derrière un cordon de sécurité près du lieu où les jumeaux Lascar se sont retranchés, à Pantin (Seine-Saint-Denis), le 18 janvier 2012. (STERLE CAROLE / LE PARISIEN / MAXPPP)

L'enquête et les témoignages du voisinage permettent de lever partiellement le voile sur le profil des jumeaux Lascar, samedi 21 janvier. Ces deux mathématiciens renommés de l'université Paris 7-Denis Diderot (Jussieu), sexagénaires, se sont barricadés mercredi chez eux à Pantin (Seine-Saint-Denis) pendant plusieurs heures, avant la reddition de l'un et le suicide de l'autre.

Richard et Bernard Lascar, presque retraités, se sont rendus mercredi chez un troisième frère, Jacques Lascar, médecin dans le XVIIe arrondissement de Paris. Là, ils ont ouvert le feu avec une arme de poing sur la porte de l'appartement. Ils se sont ensuite retranchés, lourdement armés, dans leur pavillon de Pantin. Les policiers de l'anti-gang dépêchés sur place ont été accueillis par des tirs auxquels ils ont riposté. Après deux heures, Richard Lascar s'est rendu ; son frère Bernard a préféré se donner la mort.

Deux vieux garçons

Célibataires et sans enfants, ces deux jumeaux vivaient avec leur mère de 96 ans. Bernard avait des antécédents psychiatriques et était suivi depuis 30 ans pour des névroses obsessionnelles. Il souffrait de troubles bipolaires et il avait arrêté son traitement. Son frère aîné, le médecin Jacques Lascar, voulait qu'il soit de nouveau suivi. La police a donc rapidement privilégié la piste d'un "conflit familial".

En revanche, l'expertise psychiatrique n'a pas révélé de troubles chez Richard. Il était néanmoins sous l'emprise de son jumeau qu'il admirait, le considérant comme un bien meilleur mathématicien que lui, a expliqué une source policière.

Anciens élèves de Louis-le-Grand

Mercredi, les policiers ont découvert un véritable arsenal à Pantin : une quarantaine d'armes de guerre et de collection, rares et de très grande qualité pour certaines. Mais les deux "cracks" en maths disposaient de toutes les autorisations pour détenir ces armes car ils étaient des adeptes du tir sportif. La "pratique du tir amateur", c'est ce qu'aurait d'ailleurs invoqué l'un des jumeaux en exhibant un jour une arme devant une étudiante de Jussieu, selon un collègue des mathématiciens, sous couvert de l'anonymat.

Polytechnicien, Bernard Lascar était chercheur au CNRS en mathématiques appliquées. Comme Richard, seul survivant des deux jumeaux, il enseignait à Jussieu. Ils ont publié plusieurs articles à quatre mains. Les deux hommes avaient été de brillants éléments du prestigieux lycée parisien Louis-le-Grand.

"Bernard était mou"

"Ils venaient régulièrement m'acheter des fleurs. Ils étaient toujours très gentils, jamais un mot plus haut que l'autre", témoigne Araceli Lalande, fleuriste de Pantin, tout près du pavillon des deux hommes. D'après le gérant d'un kiosque à journaux à proximité, Richard et Bernard Lascar "n'étaient quand même pas des nerveux, même si Richard était un peu plus vivant, Bernard était mou". 

Richard Lascar a été mis en examen vendredi soir pour "complicité de tentative de meurtre, non-empêchement de crime et détention d'armes de 1ère et 4ème catégories" et placé sous contrôle judiciaire. Le parquet de Bobigny, qui avait requis un mandat de dépôt, a fait appel de cette décision.