Le chauffeur de bus accusé d'avoir refusé une voyageuse vêtue d'une jupe porte plainte pour "discrimination" et "dénonciation calomnieuse"

La RATP a ouvert une enquête interne et lancé une procédure disciplinaire, "qui pourra aller jusqu'à la révocation" du chauffeur accusé.

Des personnes attendant un bus place Léon Blum, à Paris, le 17 janvier 2010. 
Des personnes attendant un bus place Léon Blum, à Paris, le 17 janvier 2010.  (LOIC VENANCE / AFP)

Il s'estime victime de "discrimination" et de "dénonciation calomnieuse". Un chauffeur de bus de la RATP, accusé d'avoir refusé pour des motifs religieux une voyageuse car elle portait une jupe, a porté plainte, jeudi 9 mai, a appris l'AFP auprès de son avocat.

Ce machiniste, de confession musulmane, fait l'objet d'une enquête interne de la RATP depuis la publication sur Facebook d'un message du père de la jeune femme, l'écrivain Kamel Bencheikh, relatant cet incident ayant eu lieu le 30 avril au soir à Paris, près du parc des Buttes-Chaumont. Dans ce message, Kamel Bencheikh accusait le chauffeur, décrit comme "un barbu de type maghrébin", d'avoir refusé d'ouvrir les portes à sa fille et à une de ses amies, à cause de la jupe de la première. "Je revendique mon islamophobie", ajoutait le père de la jeune femme dans ce texte désormais inaccessible. 

La ministre des Transports, Elisabeth Borne, et la secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, ont déclaré dimanche suivre "avec la plus grande attention le déroulement de cette enquête" interne de la RATP.

Le chauffeur conteste la version de la jeune femme

"Mon client n'a aucune pratique religieuse affectant son activité professionnelle", a déclaré à l'AFP Samim Bolaky, l'avocat du chauffeur, dénonçant des "propos fallacieux" de Kamel Bencheikh et de sa fille. L'avocat a adressé jeudi au parquet de Paris une plainte pour "discrimination sur le fondement de l'appartenance, vrai ou supposée, à une religion déterminée" ainsi que pour "dénonciation calomnieuse" et pour "faux et usage de faux".

Selon lui, son client avait marqué l'arrêt mais les deux jeunes femmes "fumaient et continuaient à fumer devant les portes de son bus", qu'il n'avait donc pas ouvertes. Le chauffeur avait repris sa route et les deux femmes l'avaient rattrapé au feu rouge en lui demandant des explications.

Une dizaine de passagers occupaient le bus au moment des faits, et pourraient très facilement attester de la teneur des propos du conducteur de bus, qui n'a aucunement évoqué l'accoutrement des deux jeunes femmes.Samin Bolaky, avocatà l'AFP

La RATP a annoncé dimanche ouvrir une enquête interne et une procédure disciplinaire, "qui pourra aller jusqu'à la révocation", "les faits tels qu'ils sont rapportés" étant "totalement contraires à toutes les valeurs que porte la RATP".

Le conducteur, qui travaille depuis quatre ans dans l'entreprise, "n'a aucun antécédent dans son dossier" et "n'a jamais eu à faire l'objet d'observation ou de sanction quant à son comportement", a également fait savoir la régie. Enfin, la RATP avait précisé que les vidéos filmées à bord du bus le soir de l'incident ne pouvaient plus être exploitées car hors délai.