Migrants à Calais : les associations ne doivent pas "aider les migrants à rester près du bord de mer", plaide le directeur de l'OFII

Didier Leschi appelle les associations à "travailler" à ce que les migrants acceptent des hébergements loin de Calais pour les protéger des passeurs, après le décès d'au moins 27 d'entre eux pendant une traversée illégale de la Manche, en novembre. 

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Radio France
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Des officiers de police patrouillent sur les dunes d'un plage de Wimereux, dans le Nord de la France, le 20 décembre 2021.  (DENIS CHARLET / AFP)

"Le meilleur moyen de sauver des vies, c'est que ces personnes acceptent des hébergements loin de Calais et loin du littoral", a déclaré sur franceinfo Didier Leschi, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Ce lundi 20 décembre, l'association Utopia 56 a déposé une plainte pour "homicide involontaire" et "omission de porter secours" contre les autorités françaises et britanniques après le naufrage qui a coûté la vie à au moins 27 migrants, le 24 novembre dernier au large des côtes françaises.

Selon lui, la situation n'a pas vraiment évolué depuis ce drame. Ils demandent aux associations sur le terrain, et notamment à Utopia 56 de ne pas "aider les migrants à rester près du bord de mer" pour leur éviter des traversées dangereuses.

Franceinfo : Est-ce que la situation a changé depuis un mois dans le Calaisis ?

Didier Leschi : Malheureusement, il y a toujours des départs. Parfois, il peut y avoir jusqu'à 50 départs en même temps, c'est-à-dire des centaines de personnes qui sont prises en charge par des passeurs et qui sont envoyées dans des conditions extrêmement dangereuses pour leur vie à travers la Manche. C'est ça la situation, et c'est pour ça que nous incitons les associations, dont Utopia 56, à ne pas aider les migrants à rester près du bord de mer, mais plutôt à travailler à ce que l'ensemble des personnes qui sont là acceptent des hébergements d'urgence. Des hébergements qui sont loin de l'endroit où les passeurs peuvent leur indiquer des chemins qui peuvent les conduire à la mort.

Est-ce que le renforcement de la lutte contre les passeurs annoncé par les autorités donne des résultats ?

Cela donne des résultats, mais malheureusement, c'est un système où les personnes qui se font arrêter sont très vite remplacées. C'est comme le trafic de drogue, donc on a toutes les nuits des dizaines et des dizaines de personnes qui peuvent être sauvées par les secouristes et en même temps, des dizaines et des dizaines de personnes qui arrivent à passer dans des conditions extrêmement difficiles. Tout l'enjeu, c'est de les éloigner du rivage. Malheureusement, une personne sur deux ou sur trois refusent les hébergements qu'on leur propose et qui sont des hébergements de longue durée. Il y a aussi des personnes qui doivent pouvoir déposer une demande d'asile en France et donc être dans des conditions beaucoup plus favorables que de risquer leur vie. Il y a des discussions en cours menées par le gouvernement pour que les Anglais acceptent d'examiner les possibilités de regroupement familial.

Les associations sur le terrain dénoncent les arrêtés qui leur interdisent l'accès à certains sites, comme celui où des militaires sont venus faire des dérapages ce week-end. Ces arrêtés sont-ils légitimes ?

Ce site fait partie des sites qui permettent aux passeurs d'avoir des personnes à portée de main. Et c'est pour ça que les autorités proposent des hébergements loin de la mer, il n'y a rien d'autre à dire. Il faut aussi savoir que l'État travaille avec les associations, elles ne se limitent pas à Utopia 56. L'État finance à Calais plus d'une centaine d'emplois associatifs. Il y a deux types d'associations, celles dont l'essentiel des salariés et bénévoles sont des Calaisiens. Et puis il y a des associations qui refusent de travailler avec l'État, qui ont une idéologie avec cette idée que toute frontière est illégitime et qu'il ne faut pas proposer des hébergements loin de Calais à ces personnes.

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