Fin du monde : stockez, il en restera toujours quelque chose

Apocalypse ou "plus simplement" catastrophe naturelle, les produits lyophilisés ont la cote auprès des angoissés comme des prévoyants. 

Fin du monde, catastrophe naturelle, industrielle ou économique... Pour certains, les raisons de jouer les fourmis et de stocker de la nourriture se multiplient et sont bien réelles. 
Fin du monde, catastrophe naturelle, industrielle ou économique... Pour certains, les raisons de jouer les fourmis et de stocker de la nourriture se multiplient et sont bien réelles.  (BJARTE RETTEDAL / AFP)

FIN DU MONDE - Il est des gens plus précautionneux que d'autres. Edouard est à ranger dans cette catégorie-là. A 26 ans, cet étudiant bruxellois avait quelques économies à placer. Alors, il s’est acheté… un kit de nourriture lyophilisée qui lui permettra, ainsi qu'à trois personnes de son choix, de s'alimenter durant trois mois en cas de... En cas de quoi, d'ailleurs ? "Je crains plus la catastrophe économique et financière que la catastrophe naturelle", confie le jeune homme à francetv info. Et de remonter le temps jusqu'à "la République de Weimar [après la première guerre mondiale en Allemagne] où les gens allaient acheter leur pain avec des boîtes de billets". En cas de désastre donc, ainsi équipé, il aura "trois mois tranquilles pour aller ouvrir son potager quelque part", sourit-il. 

"Comment gérer la rotation de mes stocks ?"

Edouard n’est pas le seul à empiler les boîtes de chili con carne dans un coin de son garage. La fin du monde approchant dangereusement selon les Mayas, qui l'auraient établi au 21 décembre, certains citoyens se sentent des vocations de fourmi. Sur différents forums, les discussions sur le sujet foisonnent : "Comment préparer un stock de nourriture pour 15 euros ?" "Comment gérer la rotation de mes stocks ?"

Chez Lyophilise.fr, qui proposait jusque-là de la nourriture déshydratée en sachets se conservant jusqu’à cinq ans, pour les randonnées ou les voyages en bateau, on a saisi le filon. Depuis un an, l’entreprise vend des plats en boîtes, qui se conservent jusqu’à 25 ans. Petit déjeuner, poulet tikka, aligot, bœuf séché... il y a même des packs végétariens, histoire de ne pas déroger à ses principes y compris en pleine catastrophe. Carton plein.

Rations compactes ou pack familial

"Ces produits très longue conservation marchent vraiment bien, confirme Ariane Pehrson, fondatrice de Lyophilise.fr, ils représentent 40% du chiffre d’affaires sur ces dix derniers mois." Entre 2 500 et 3 000 portions sont vendues tous les mois en vitesse de croisière, "et le double depuis septembre", détaille-t-elle à francetv info. Raphael Scalise, directeur de Notvorrat24, une entreprise suisse similaire, confirme cet engouement sur LeMatin.ch : "Grâce à ceux qui croient en une prochaine apocalypse, nos ventes ont augmenté de plus de 100% en une année."

Chez Mountain House Europe, les seuls à produire ce type de plats très longue durée sur le Vieux Continent, on distribue les chiffres avec parcimonie. "Nos ventes ont augmenté de 260% par rapport à l'an dernier", explique son directeur général, Mark Harvey, à francetv info. Il estime que les angoissés de la fin du monde représentent 20% des clients de l'entreprise. Et "60% des clients de Mountain House en Europe craignent des catastrophes, moins importantes que la fin du monde, plutôt des ouragans, des inondations ou même des attaques terroristes", détaille-t-il. 

Dans le top des ventes chez Lyophilise.fr, on trouve le fameux pack trois mois pour quatre personnes, à 2 350 euros, acheté par Edouard, 55,2 kg à stocker tant bien que mal. Mais également les "rations compactes", idéales pour les radeaux de survie. "Ce sont des biscuits d’extrême urgence qui contiennent toutes les calories nécessaires pour un repas. Ils sont très prisés par les petits budgets", décrypte Ariane Pehrson. La ration de quatre portions coûte en effet 5,15 euros.

"Du simple bon sens"

La nourriture lyophilisée, c'est l'idéal pour stocker. Mais il existe d'autres solutions pour conserver les aliments. Sur internet, les futurs survivants s’échangent listes type et astuces : "J'ai récupéré des seaux en plastique avec couvercle - très hermétique - chez des marchands d'olives au détail ; excellent comme containers !", explique l’un. "Choisir les trucs les plus 'denses' possibles. (…)  Par exemple, une poche de farine de 25 kg peut te donner du pain pendant plusieurs semaines, et cela occupe une place de 30x20x70cm environ", calcule un autre. Qui ajoute : "Attention, si tu stockes vraiment, il faut des étagères solides et un plancher solide aussi. T'as vite 200 kg de réserves sur une grosse étagère."

Tandis qu’un dernier s’inquiète : "Le problème est (…) que, si l'on veut reconstituer le stock au dernier moment (on ne connaît pas de date ni de scénario), selon la situation, on risque de se retrouver de toute façon en situation de pénurie... ou encore de se faire dévaliser si la plupart des autres personnes n'ont pas prévu le coup."

"La Croix-Rouge et les gouvernements encouragent les gens à stocker... c'est du simple bon sens", affirme David Manise. Cet instructeur de survie qui organise des stages pour "enseigner [aux gens] à ne pas mourir""a de quoi tenir trois semaines dans [son] garage bordélique". "Si je stocke, c'est par simple précaution, exactement comme je mets ma ceinture quand je conduis", raconte-t-il à francetv info. "On a tous une pharmacie à la maison, au cas où. Eh bien, là, les gens ont de la nourriture au cas où", explique Ariane Pehrson."Et s’il ne se passe rien, ce que j’espère, d’ici 25 ans, je me fais un trek et je partage ma nourriture avec mes potes", prévoit Edouard, qui précise qu'il n'a "pas tout stocké dans un trou au fond de son jardin. On n'en est pas là"