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"Est-ce que j’avais peur ? Tout le monde était effrayé, bien-sûr" : un vétéran américain raconte son Débarquement en Normandie

Floyd Wigfield, 101 ans, revient jeudi sur les plages du Normandie, 75 ans après avoir débarqué en tant que jeune militaire.

Article rédigé par
Édité par Noémie Bonnin - Grégory Philipps
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Floyd Wigfield, 101 ans, à son domicile avant de se rendre aux cérémonies du D-Day en Normandie.  (GREGORY PHILIPPS / RADIO FRANCE)

"Je me souviens de tout ! Jamais je n’oublierai ça", confie Floyd Wigfield. Âgé de 101 ans aujourd'hui, il assiste jeudi 6 juin aux commémorations du Débarquement, à Colleville-sur-Mer (Calvados), avec notamment Emmanuel Macron et Donald Trump. Comme Floyd, quelques dizaines de vétérans américains ont fait le déplacement pour assister à ces cérémonies qui marquent le 75e anniversaire du D-Day.

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Le 6 juin 1944, Floyd Wigfield a 26 ans. "Tout a commencé la veille au soir. Il y avait deux rangées, deux files de bateaux dans la Manche aussi loin que je pouvais voir et qui attendaient le jour J pour le lendemain matin", raconte l'ancien soldat. Aujourd'hui, il habite dans le Maryland, à Cumberland. Quelques souvenirs sont posés sur le buffet de son salon : une photo sépia de sa femme et lui, trois ans après la guerre. Une coupure de presse aussi, qui date du mois d’avril : on le voit dans le bureau ovale à la maison blanche, avec Donald Trump. Il y a enfin la légion d’honneur qu’il a reçu le mois dernier lors d’une cérémonie à l’ambassade de France. 

Ce que vous deviez faire à ce moment-là, c’était descendre par une échelle de corde, avec l’équipement et tout le bardas. Mais on a réussi.

Floyd Wigfield

à franceinfo

Il y a 75 ans, il découvre Utah Beach avec la 4e division d’infanterie des États-Unis. "Au milieu de la nuit, ils ont commencé à traverser la Manche à destination des plages où ils pourraient décharger les hommes et le matériel." L'homme se souvient très bien du courage qu’il faut pour se jeter hors du bateau et aussi du sentiment de peur qui l’habite alors : "Est-ce que j’avais peur ? Mais tout le monde avait peur, bien-sûr ! Tout le monde était effrayé. Moi je savais très bien ce qu’Hitler avait fait à son pays. Je ne les aurais jamais laissé me faire prisonnier, j’aurais préféré qu’ils me tuent."

Floyd est blessé quelques jours plus tard à Ozeville, à la tête et à l’épaule. Puis en décembre 1944, il est à nouveau déployé, cette fois dans les Ardennes. Seconde blessure, avant d’être enfin rapatrié aux États-Unis : "Je suis retourné à l’école, pendant 18 mois, pour devenir électricien. À l’époque, je parlais très peu du Débarquement. Mais je vous jure, quand je suis revenu aux États-Unis, mes blessures me faisaient atrocement souffrir. Des maux de tête, j’avais l’impression que mes oreilles sifflaient en permanence."

En Normandie, la bombe était tombée si près qu’elle a peut-être tué un camarade derrière moi, je ne sais même pas. Parce qu'à ce moment-là, je suis tombé dans les pommes, pendant un moment.

Floyd Wigfield

à franceinfo

Pour ces commémorations du 75e anniversaire, Floyd Wigfield a été invité personnellement par Donald Trump et c’est la première fois que le vetéran va revoir ses plages de Normandie. Avec une question, que le vieil homme, non sans malice, se posait encore il y a quelques jours : "Est-ce qu’il y a toujours des bunkers là-bas ? Je vais peut-être pouvoir les revoir ! J’espère que cette fois, sur cette plage personne ne me tirera dessus", confie dans un sourire le vieux monsieur. "S’ils le font, je partirai en courant", rigole-t-il. 

Floyd Wigfield et ses camarades sont accueillis cette fois avec tous les honneurs. Ils ne sont plus que quelques dizaines de vétérans américains du D-Day à avoir pu faire le déplacement jusqu’en Normandie.

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