"Ce n'était pas beau à voir" : 75 ans après le Débarquement en Normandie, des vétérans américains racontent leur 6 juin 1944

À quelques jours des commémorations du D-Day, la France a décoré six anciens soldats américains qui ont participé à l'opération Overlord. 

Trois vétérans américains du 6 juin 1944, Donald Keller, Floyd Wigfield et Robert Fischman, le 7 mai 2019.
Trois vétérans américains du 6 juin 1944, Donald Keller, Floyd Wigfield et Robert Fischman, le 7 mai 2019. (GREGORY PHILIPPS / RADIO FRANCE)

Ils s'appellent Donald, Floyd, Vernon, Bob et Franck. Ils ont tous participé à l'opération Overlord le 6 juin 1944, le débarquement des Alliés en Normandie. Ils ont été décorés de la Légion d'honneur à Washington, dans les locaux de l'ambassade de France, en mai dernier.

Le jour du D-Day, ces hommes avaient entre 18 et 26 ans. Aujourd'hui, Donald Keller a 97 ans mais ce vétéran est encore capable de raconter avec une extrême précision son Débarquement avec la 76e division d'infanterie de l'US Army sur la plage d'Omaha Beach. "On a vu les échelles de corde de chaque côté du navire, c'est par là qu'il fallait descendre et il a fallu apprendre en un instant comment faire", raconte-t-il.

Il fallait attendre une vague haute pour sauter. Certains ont sauté trop tôt. Ils se sont cassé les jambes. Croyez-moi, ce n'était pas beau à voir mais sur le coup, vous n'avez pas le temps d'avoir peur. La peur, elle arrive aprèsDonald Kellerà franceinfo

Donald Keller sera ensuite blessé à Saint-Lô, puis une deuxième fois quelques mois plus tard en décembre 1944 quand il est déployé dans les Ardennes

"On avait tous peur"

Floyd Wigfield a 101 ans aujourd'hui, il en avait 26 le jour du D-Day, quand avec la 4e division d'infanterie, il a débarqué sur Utah Beach. Lui, au contraire de Donald Keller, se souvient très bien du sentiment de peur qui l'habitait. "J'avais mon fusil à la main pour ne pas qu'il soit mouillé et dans l'autre main j'avais un bâton de dynamite. Est-ce que j'avais peur ? Mais tout le monde était effrayé, bien sûr ! On avait tous peur." 

Le plus jeune de ces cinq hommes s'appelle Robert "Bob" Fischman, il a seulement 18 ans quand il débarque en Normandie depuis le USS Texas. Ce jour-là et l'image des soldats morts sont à jamais gravés dans sa mémoire. 

La seule chose que je voyais c'était des cadavres flottant dans l'eau, il y avait des corps de soldats américains partoutRobert Fishmanà franceinfo

L'ancien soldat raconte qu'il a pu ramasser 35 blessés et les emmener jusqu'à son navire où il y avait des chirurgiens qui pouvaient les opérer. 

Au moment de débarquer en Normandie et de participer à la plus grande opération militaire de tous les temps au milieu de 160 000 autres soldats, ces militaires ne réalisaient pas la portée de ce moment dans la Seconde Guerre mondiale. "Je me fichais bien de savoir pourquoi, assure Robert "Bob" Fischman. Vous ne vous posez même la question, en fait, vous obéissez aux ordres." 

"Je savais très bien ce qu'Hitler avait fait à son pays, souffle Floyd Wigfield. Je m'étais juré que je ne les laisserait pas me faire prisonnier. J'aurais encore préféré me faire tuer." Floyd Wigfield, le plus âgé de ces vétérans, au sourire quasi permanent, retournera pour la première fois en Normandie cette année à l'invitation de Donald Trump et à bord d'Air Force One. Le vieil homme se pose une question : "Est-ce que les blockhaus sont encore là ? Je vais peut-être les voir... Le président m'amène là-bas, c'est un grand honneur qu'il me fait. J'espère que cette fois, sur cette plage, personne ne va essayer de nous tirer dessus ! S'ils font ça je partirai en courant !" 

En tout 73 000 Américains ont participé à cette opération Overlord. Il est difficile de dire combien sont encore vivants aujourd'hui, seules quelques dizaines d'entre eux iront en France pour assister aux commémorations.

Des vétérans américains racontent leur 6 juin 1944 - le reportage de Grégory Philipps
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