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Dans les sondages, "la dynamique reste relativement faible pour Sarkozy"

Pour Brice Teinturier, directeur général de l'institut Ipsos, la question n'est pas de savoir si Nicolas Sarkozy peut atteindre 29% des intentions de vote au 1er tour, mais s'il peut aller au-delà.

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Propos recueillis par - Bastien Hugues
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Le président candidat, Nicolas Sarkozy, au cours d'une visite à la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin), le 9 février 2012. (LIONEL BONAVENTURE / AFP PHOTO)

Alors que Nicolas Sarkozy et son entourage espéraient que l'entrée en campagne allait nettement changer la donne dans les sondages au cours du mois de février, le président sortant reste distancé par le favori François Hollande dans la course à la présidentielle. Pour Brice Teinturier (photo ci-dessous), directeur général délégué de l'institut Ipsos, la véritable question est non pas de savoir si Nicolas Sarkozy peut aujourd'hui atteindre 28% ou 29% des intentions de vote au premier tour, mais s'il peut aller au-delà. Interview.

FTVi : Peut-on estimer que l'entrée en campagne de Nicolas Sarkozy suscite une "dynamique" ?

AFP PHOTOBrice Teinturier : Le socle des sympathisants UMP et des anciens électeurs de Nicolas Sarkozy du 1er tour de l'élection de 2007 se reconstruit et se remobilise. Il est également plus sûr de son choix qu'auparavant. De ce point de vue, l'exercice est réussi : cela aboutit à un gain de deux points environ d'intentions de vote, de 25% à 27%. Quels que soient les instituts et selon le niveau de départ, qui peut être légèrement différent, ce degré de progression est observé. En revanche, c'est encore une dynamique relativement faible, un frémissement plutôt qu'un élargissement fort.

Dans ces deux points de gain, il y a aussi, probablement, les conséquences du retrait de la compétition de Christine Boutin, Hervé Morin et Frédéric Nihous. Ces candidats pesaient peu mais cela joue quand même à la marge. La question, c'est de savoir non pas si Nicolas Sarkozy peut aller jusqu'à 28% ou 29% – cela est naturellement possible – mais au-delà. Car c'est au-delà que les choses bougeraient véritablement.

FTVi : Y a-t-il des indicateurs positifs en faveur de Nicolas Sarkozy ?

B. T. : Les images sont très construites et très radicalisées. La coupure avec les ouvriers, par exemple, est encore gigantesque. Mais le président s'est consolidé et a un peu gagné là où il est fort : les artisans commerçants, les agriculteurs, les plus âgés. Outre la remobilisation de son socle, il y a aussi une très légère détente de l'antisarkozysme. Mais c'est encore ténu. Le vote d'adhésion se révèle également faible. Cela est d'ailleurs vrai aussi bien pour François Hollande que pour Nicolas Sarkozy. Les choses bougent donc un peu, mais lentement et un peu seulement.

FTVi : Vers quels électeurs Nicolas Sarkozy doit-il se tourner en priorité pour continuer à gagner des points au 1er et au 2nd tour ?

B. T. : Vers l'électorat de Marine Le Pen et de François Bayrou. Ce dernier est, semble-t-il, un peu plus friable. Mais pour remonter substantiellement et combler son retard, il faudrait que Nicolas Sarkozy gagne 4 points, par exemple 2 au centre droit et 2 à l'extrême droite. Pas simple, mais pas totalement impossible ! Cela suppose d'améliorer sa crédibilité dans les milieux populaires et chez les classes moyennes.

FTVi : Si les courbes des intentions de vote au 1er tour de Sarkozy et de Hollande se croisaient dans les prochains jours, quel en serait l'impact ?

B. T. : Il y aurait un impact psychologique et médiatique indéniable. C'est pourquoi les équipes de Nicolas Sarkozy font tout pour le favoriser. Le climat de la campagne changerait. L'impression d'une issue positive très improbable pour le président reculerait. Toutefois, il faut bien comprendre que la question majeure n'est pas uniquement le croisement des courbes mais le niveau des uns et des autres : si Nicolas Sarkozy est demain à 29% et François Hollande à 28%, ce qu'aucun institut de sondages n'observe aujourd'hui, cela ne suffira toujours pas.

La dynamique est importante mais l'arithmétique tout autant. En 1995, Lionel Jospin est en tête du premier tour mais battu au second. C'est également le cas de Valéry Giscard d'Estaing en 1981 et de François Mitterrand en 1974. Pour Nicolas Sarkozy, le croisement des courbes est donc une condition nécessaire, mais pas suffisante. Il faut qu'il y ajoute une progression substantielle.

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