"Niveau coronavirus, c'était très limite" : à bord des Corsica Ferries, des mesures sanitaires difficiles à respecter

Franceinfo a recueilli des témoignages de passagers inquiets des conditions sanitaires lors de leur traversée vers la Corse. 

Un bateau de la compagnie Corsica Ferries, dans le port de Nice, le 11 mai 2020.
Un bateau de la compagnie Corsica Ferries, dans le port de Nice, le 11 mai 2020. (JEAN-BAPTISTE PREMAT / HANS LUCAS)

Des couloirs bondés et des passagers agglutinés de longues minutes dans les escaliers. Alors que l'épidémie de coronavirus continue de sévir, la sécurité sanitaire est-elle assurée à bord des navires qui relient le continent à la Corse ? Dans un commentaire publié jeudi 23 juillet sur le site de franceinfo, une internaute partage son expérience à bord d'un bateau de la compagnie Corsica Ferries.

"Les cabines qui devaient être prêtes et désinfectées pour éviter aux passagers de rester concentrés ne seront disponibles que 30 minutes après le départ du bateau : les passagers restent une heure à attendre dans les couloirs étroits et bondés, sans aération", écrit Lisa-Marie, qui a embarqué le 8 juillet à bord d'un navire au départ de Toulon. "A l'arrivée, il y avait des centaines de personnes attroupées dans le hall et les garages. Et très peu de gel hydroalcoolique, uniquement à la cafétéria !" raconte-t-elle encore. "Honnêtement, je suis terrifiée à l'idée du trajet retour !"

La peur du cluster flottant

Dès le mois de février, certains bateaux de croisière sont devenus des clusters flottants, à l'instar du Diamond Princess, resté plusieurs semaines confiné au large du Japon, avec à son bord plus de 500 personnes contaminées. Le porte-avions Charles-de-Gaulle a fait la une de l'actualité quelques semaines plus tard : plus de 1000 marins y ont été testés positifs au coronavirus. Depuis, la première vague de l'épidémie est passée, mais les traversées en Méditerranée posent toujours question aux touristes qui redoutent de rapporter le coronavirus dans leurs valises : les paquebots pour la Corse mettent plus de sept heures à rejoindre leur destination, avec 1 500 à 2 000 personnes à leur bord.

Procédures particulières pour les embarquements, marquages au sol, escales plus longues pour une meilleure désinfection des équipements, surveillance quotidienne des équipages… La compagnie Corsica Ferries assure avoir mis en place un protocole sanitaire strict pour protéger son personnel et ses passagers. Insuffisant, pour certains. "Niveau coronavirus, c'était très limite", raconte Isabelle, qui a quitté Toulon vendredi soir pour rejoindre Porto-Vecchio. "Nous étions appelés par zone pour éviter que chacun rejoigne sa voiture en même temps. Sauf qu'il était interdit de rester dans sa cabine ou sur le pont : nous avons donc attendu 45 minutes dans l'escalier, tassés les uns sur les autres !" s'alarme-t-elle.

Certains se poussaient pour avancer...Isabelle, une passagèreà franceinfo

Au large, la distanciation s'est aussi avérée difficile à respecter. "Des gens sans cabine s'étaient allongés sur le sol des couloirs, avec des duvets, des couvertures… Ils n'avaient pas forcément de masque et il fallait parfois les enjamber pour passer", regrette Yannick, passager à bord d'un navire Corsica Ferries, mi-juillet. "C'est vrai qu'il y avait du monde au self et au bar, et peu d'espace entre les tables", reconnaît Astrid. Arrivée jeudi dernier de région parisienne avec sa famille pour rejoindre la Corse, elle se dit toutefois satisfaite des conditions sanitaires à bord : "Plutôt rigoureux sur les gestes barrières, nous avons trouvé la procédure plutôt bien organisée. Notre température a même été contrôlée aléatoirement à l'arrivée en Corse."

Un mode de transport "adapté" à la situation

Ces attroupements sont "inévitables" pour le président de la compagnie, Pierre Mattei, qui veut rassurer les passagers : "La règle, c'est la distanciation, et, à défaut, le masque de toute façon obligatoire. Dans tous les transports en commun, l'avion, le bus ou le métro, on ne peut pas toujours l'appliquer !" rappelle le patron à Franceinfo. "Dans un vol pour la Corse, vous êtes à 30 centimètres de votre voisin pendant deux heures. Le bateau se prête plutôt bien à la situation sanitaire : les espaces sont vastes et offrent du grand air et de l'espace."

Pierre Mattei estime que "le protocole protège les usagers" et met en cause les "incivilités" de certains voyageurs. Dans la nuit du 11 au 12 juillet, une traversée Ajaccio-Toulon a dégénéré : des passagers en sont venus aux mains avec l'équipage de Corsica Ferries. En cause, une même cabine attribuée à plusieurs personnes.

"Il s'agissait d'un bug technique et non de surbooking", a expliqué Pierre Mattei à franceinfo. Qu'ils se soient ou non distingués dans la querelle, "chaque client a bel et bien obtenu une cabine", assure-t-il.