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"Charter" pour Kaboul: polémique

Il y aura bien des vols vers Kaboul pour reconduire des migrants afghans interpellés à Calais, selon Besson
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France Télévisions
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Migrants afghans près de Calais le 30 septembre 2009 (© AFP PHOTO DENIS CHARLET)
Il y aura bien des vols vers Kaboul pour reconduire des migrants afghans interpellés à Calais, selon BessonIl y aura bien des vols vers Kaboul pour reconduire des migrants afghans interpellés à Calais, selon Besson

"Le président Sarkozy a été très clair la semaine dernière sur le sujet en annonçant qu'il y aura des vols groupés, des reconduites forcées avec les Britanniques", a déclaré mercredi le ministre de l'Immigration, Eric Besson.

Un projet de charter franco-britannique pour le renvoi de réfugiés afghans dans leur pays suscite des remous.

Le gouvernement français a démenti qu'un vol ait été prévu mardi.

Eric Besson a néanmoins déclaré qu'il y aurait à l'avenir, conformément au souhait de Nicolas Sarkozy, des "vols groupés et des reconduites forcées à la frontière avec les Britanniques".

Refusant de "mettre sur la place publique les projets ou les absences de projets", Eric Besson n'a pas voulu dire si un vol pour Kaboul était effectivement prévu mardi soir, comme l'avaient indiqué plusieurs associations.


"Si on n'a pas le statut de réfugié, si on n'accepte pas le retour volontaire, et pour envoyer un message de fermeté aux passeurs, oui, je vous confirme que la France" effectuera des reconduites à la frontière, a insisté le ministre de l'Immigration RMC et BFM TV.

Selon des informations d'associations de défense des sans-papiers et des droits de l'homme, un charter devait partir mardi de Londres, faire escale à Lille vers 23h30 et s'envoler pour Kaboul, via Bakou.

Affirmations et démenti
"Pour couper court à certaines rumeurs, je vous informe qu'aucun vol retour" destiné à rapatrier des réfugiés en Afghanistan "n'aura lieu aujourd'hui" (mardi, NDLR), avait affirmé mardi dans la journée le directeur adjoint du cabinet du ministre de l'Immigration, Eric Besson. Interrogé par le Monde lundi, ce dernier avait déclaré lundi soir que des vols pour Kaboul seraient organisés "dans les jours qui viennent". "Le chef de l'Etat a été très catégorique (...) en affirmant que le démantèlement de la 'jungle' de Calais devait s'accompagner de retours, sans quoi on ne s'en sortirait pas", avait-il ajouté.

Baptisé la "jungle", ce vaste campement sauvage ayant accueilli jusqu'à 800 migrants, essentiellement afghans, en situation irrégulière à Calais, depuis la fermeture du centre de la Croix rouge de Sangatte en 2002, a été démantelé le 22 septembre. Le lendemain, Nicolas Sarkozy avait annoncé que Paris et Londres organiseraient ensemble le retour des clandestins.

Protestations

"L'Afghanistan est un pays en guerre. Il est inacceptable d'y renvoyer ceux qui s'en sont enfuis à la recherche d'une protection en Europe", estiment dans un texte commun 30 associations de défense des sans-papiers et des droits de l'homme. La Cour européenne des Droits de l'homme a décidé lundi de "suspendre les mesures d'éloignement" frappant sept Afghans retenus à Rouen.

Le Haut commissariat pour les réfugiés (HCR) en France a dit espérer que "si ce vol se faisait, les autorités françaises s'assureraient qu'il n'y a pas de demandeur d'asile, de mineur, ni de personne pouvant courir un danger", parmi les reconduits.

Mardi, France Terre d'Asile, Forum réfugiés et le Conseil européen pour les réfugiés et les exilés (Ecre) ont également demandé à Paris et Londres de "renoncer" à ces reconduites. "La situation de chaos généralisé [en Afghanistan] a provoqué une augmentation des demandes d'asile afghanes dans toute l'Europe alors qu'il s'agit déjà de la première communauté de réfugiés dans le monde avec plus de 2,7 millions de personnes", soulignent-elles, en appelant la Commission européenne à "faire pression sur les pays membres" de l'UE.

Le Parti socialiste a jugé le projet gouvernemental "scandaleux" et "contraire au respect des droits humains". De leur côté, les verts ont estimé que Paris et Londres franchissaient "une limite très inquiétante" avec "une stratégie immorale".

Actuellement, selon la CIMADE, 45 Afghans sont en rétention à Coquelles (Pas-de-Calais), Lille, Rouen, Nice, Paris-Vincennes, et Palaiseau (Essonne).

Le dernier vol franco-britannique d'Afghans reconduits dans leur pays a eu lieu en 2005 au départ de Paris.

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