150 000 élèves décrochent chaque année : une "hémorragie" mais pas une fatalité

Sept élèves sur dix expliquent leur décrochage par une orientation subie, selon une enquête de l'Association de la fondation étudiante pour la ville (Afev).

Des élèves du collège-lycée Guist\'hau, à Nantes (Loire-Atlantique), le 4 septembre 2012.
Des élèves du collège-lycée Guist'hau, à Nantes (Loire-Atlantique), le 4 septembre 2012. (FRANK PERRY / AFP)

SOCIETE - Chaque année, 150 000 jeunes quittent prématurément le système scolaire, sans qualification. Cette "hémorragie" touche 20% d'une classe d'âge. Elle est révélée par une enquête (document pdf) de l'Association de la fondation étudiante pour la ville (Afev) - qui apporte un soutien scolaire à 7 000 enfants - relayée par France Info, mercredi 19 septembre, à l'occasion de la journée du refus de l'échec scolaire.

Quand décrochent-ils ?

Le passage du collège au lycée est une étape cruciale du parcours des élèves "décrocheurs". Entre la 3e et la 2nde, près de la moitié de ces jeunes commencent à ne plus aller en cours. Cela correspond au moment où les adolescents doivent faire un premier choix d'orientation important entre la voie professionnelle et la voie générale. Ils ont alors environ 16 ans, l'âge à partir duquel la scolarité cesse aussi d'être obligatoire.

Pourquoi quittent-ils l'école ?

Selon les chiffres cités par France Info, 92% des élèves interrogés expliquent leur décrochage par un manque de motivation et d'intérêt. Mais surtout, 71% disent avoir subi leur orientation en fin de troisième. Et 40% déclarent n'avoir été soutenus par personne.

Le décrochage "est souvent la conséquence d'un long processus qui commence quelquefois dès l'école primaire par le sentiment d'être en difficulté, d'être trop nul pour y arriver", explique à l'AFP Christophe Paris, directeur général de l'Afev. "Généralement au collège, ça ne s'arrange pas."

"Décrocher peut être vécu par certains jeunes comme un soulagement", souligne-t-il, car le système français génère "beaucoup de souffrance et de stress, produit beaucoup d'échec scolaire" et il est "très inégalitaire socialement". Les adolescents "décrocheurs" sont majoritairement issus de milieux populaires, orientés dans des filières professionnelles sans l'avoir choisi.

Quelles solutions ?

"Pour les raccrocher, il y a des solutions intéressantes comme les micro-lycées dans le 93 ou les lycées de la seconde chance. Le travail des missions locales et des régions est aussi important", indique le directeur général de l'Afev. L'association plaide pour une généralisation de l'accompagnement individuel dès l'école élémentaire.

Il faut aussi "traiter le moment T" où le jeune décroche, prône Christophe Paris. Ainsi, près de Valenciennes (Nord), trois collèges ont conçu un dispositif de prévention du décrochage intitulé Etape (Ecris ton avenir par l'école). Quand un élève est exclu, il est pris en charge pendant une semaine par des enseignants, des éducateurs et des étudiants. Un accompagnement efficace. Au collège de Breuvages, plus d'un élève sur deux quittait le collège sans le brevet. Cette année, ils ne sont plus que 24%, comme le souligne ce reportage de France Info.


 

Il faudrait également, souligne le patron de l'Afev, "travailler sur l'orientation et la valorisation de l'enseignement professionnel. Quand on a le sentiment d'être orienté dans une filière pour les nuls, ça n'aide pas à se motiver"

Que fait le gouvernement ? 

Pendant la campagne présidentielle, François Hollande s'est engagé à réduire de moitié le pourcentage d'élèves décrocheurs. Le ministre de l'Education nationale, Vincent Peillon, a réitéré la semaine dernière l'objectif gouvernemental de diviser par deux le nombre de décrocheurs pendant le quinquennat, dénonçant "une orientation subie et non choisie". L'Afev voit dans la concertation en cours sur la refondation de l'école "un vrai espoir pour ceux qui sont concernés".