Roselyne Bachelot livre ses carnets secrets de la présidentielle

L'ancienne ministre UMP publie, mercredi, une chronique acerbe de la campagne de Nicolas Sarkozy. Extraits.

Roselyne Bachelot, ancienne ministre de Nicolas Sarkozy, sort un livre sur la campagne présidentielle, le 20 juin 2012.
Roselyne Bachelot, ancienne ministre de Nicolas Sarkozy, sort un livre sur la campagne présidentielle, le 20 juin 2012. (REGIS DUVIGNAU / AFP)

L'ancienne ministre UMP Roselyne Bachelot sort, mercredi 20 juin, A feu et à sang. Carnets secrets d'une présidentielle de tous les dangers (Flammarion)Une chronique, ou plutôt une critique de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy. Elle raconte son camp, les chausse-trappes, les coups de poignard pour avoir le devant de la scène. Maladresses, petites phrases, grosses erreurs, elle dresse aussi un portrait tendre mais sans complaisance de l'ancien président de la République.

•  Les déplacements du président : "des simulacres de rencontres aseptisées"

Fin décembre 2011, aux Restos du cœur de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne). "Le président monopolise la parole alors que le moment est venu de laisser les gens s'exprimer. Nicolas Sarkozy ne voit pas que ces gens ont apporté de nombreux petits papiers sur lesquels des questions sont griffonnées. Ils repartiront sans avoir pu les poser. (…)

Tout au long du quinquennat, j'ai pu mesurer l'influence néfaste des communicants qui, dans leur souci obsessionnel de tout maîtriser, ont transformé les visites prétendument de terrain en des simulacres de rencontres aseptisées dont toute spontanéité est évacuée, toute aspérité gommée."

• Les ministres de Nicolas Sarkozy : "malades de la peste qu'il a lui-même inoculée"

"En imposant un turnover gouvernemental excessif, [Nicolas Sarkozy] s'est tiré une balle dans le pied, mettant ses fidèles - et ses infidèles - en position d'échouer, faute de temps pour prendre la mesure des dossiers, créer des liens de confiance avec les acteurs de la société civile, et se faire obéir par leur administration. Je trouve donc injuste cette façon que notre candidat a, depuis le début de la campagne, d'écarter ses ministres comme s'ils étaient malades d'une peste qu'il a lui-même inoculée..."

• Merkel : "Elle est très sympa, tu sais, Angela"

Roselyne Bachelot rapporte une conversation qu'elle a eue avec Nicolas Sarkozy à propos de ses rapports avec la chancelière allemande :

"Elle est très sympa, tu sais, Angela. Quand elle a aimé un film, elle me l'envoie. Et puis elle est habillée… Elle a de ces vestes… Mais elle n'est pas moche, tu sais. Elle adore le vin. Elle mange du pain beurré avec son fromage. Et quand on a une réunion, elle veut qu'on prenne notre petit déjeuner dans la salle à manger. Tu sais pourquoi ? Parce qu'il y a moins à manger lorsque le petit déjeuner est servi en chambre, tandis que dans la salle à manger il y a un buffet ! (…)

Elle est très sentimentale. Au moment du sommet de Cannes, j'ai dû prendre fait et cause pour Obama contre elle sur un point technique. Elle était sur le point de pleurer, j'ai vu ses mains trembler et j'ai dit à Obama : ''Je vais me réconcilier avec elle.'' Elle est très émotive…"

• Guéant, Buisson, Mignon : "des âmes noires"

Roselyne Bachelot tape particulièrement sur les conseillers de l’ancien président, qualifiés d'"âmes noires" qui ont, selon elle, trop orienté la campagne avec des "stratégies désespérées et désespérantes".

"Les ministres, nous n’avons pas été impliqués directement, a t-elle confié mercredi matin sur France Inter. Nous n’avons jamais été consultés sur la campagne, même concernant nos dossiers et des sujets que nous maîtrisions très bien."

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• 6 mai 2012, le soir de la défaite : "Pourquoi diable Sarkozy a-t-il renié Sarkozy ?"

"Dans la quiétude de mon appartement, je peux réécouter le discours de Nicolas Sarkozy dont je n'ai pas saisi tout le sens dans le brouhaha ambiant. J'étais émue par la beauté de ses phrases, leur justesse et leur sincérité. A présent, je comprends mieux ce qui me touchait tant. Il a montré ce soir son vrai visage, celui qui s'était progressivement estompé depuis 2007. (…)

Cet homme-là, je le connais, c'est Nicolas Sarkozy dans toute son authenticité ! L'autre, celui de la campagne, sous l'influence obscure et incompréhensible d'un trio aux stratégies minées, m'est trop souvent apparu pendant tous ces mois de bataille électorale comme un étranger. Pourquoi diable Sarkozy a-t-il renié Sarkozy ?"