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Attaque à Londres : "On n'a plus affaire à des terroristes chevronnés, mais d'opérette"

Après le meurtre d'un soldat en civil mercredi, un acte "manifestement terroriste" selon le Premier ministre britannique, francetv info a interrogé Charles Rault, spécialiste du terrorisme, sur la particularité de cette attaque.

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Propos recueillis par - Violaine Jaussent
France Télévisions
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Temps de lecture : 2 min.
Des officiers de police ont formé un cordon de sécurité à Woolwich, dans l'est de Londres (Royaume-Uni), où deux hommes ont tué un militaire en civil avec un hachoir, le 22 mai 2013. (CARL COURT / AFP)

Armés de couteaux de cuisine et d'un hachoir, deux hommes au discours d'extrémistes islamistes ont tué un soldat en civil, dans une rue de Woolwich, dans le sud-est de Londres (Royaume-Uni), mercredi 22 mai. En plein milieu de l'après-midi, ils l'ont poignardé à plusieurs reprises, puis l'ont laissé pour mort au milieu de la route.

Quelle est la particularité de cet "acte terroriste", considéré jeudi comme une "attaque épouvantable [...] contre la Grande-Bretagne" par le Premier ministre britannique, David Cameron, et le maire de Londres, Boris Johnson ? Eléments de réponse avec Charles Rault, spécialiste du terrorisme et fondateur de DiploNews.com, site centré sur l'actualité des relations internationales.

Francetv info : Pour leur attaque, les deux agresseurs présumés n'ont pas utilisé des engins explosifs, mais ils ont égorgé un soldat en civil en pleine rue. Comment interpréter cette manière de procéder ?

Charles Rault : Ces deux hommes ont utilisé des couteaux et un hachoir pour perpétrer leur attaque, des moyens ridicules. Néanmoins, l'écho médiatique de l'acte est énorme. Cela montre qu'avec peu, on peut faire beaucoup. Cet aspect spectaculaire plaît beaucoup aux terroristes, car le retentissement médiatique permet de créer la peur, l'objectif premier du terrorisme.

Un tel meurtre illustre-t-il l'apparition d'une nouvelle forme de terrorisme?

Ce meurtre n'est pas à proprement parler une nouvelle forme de terrorisme, mais plutôt la poursuite d'un processus, avec un mode opératoire différent. La nébuleuse Al-Qaïda n'a pas atteint ses objectifs au niveau global. Elle a donc modifié son message. Aujourd'hui, c'est davantage : "Chacun peut faire quelque chose pour combattre les infidèles, où qu'il soit." 

Ce message commence à avoir un écho chez les extrémistes musulmans, et illustre le changement de stratégie d'Al-Qaïda. D'une stratégie collective, elle est passée à une stratégie d'individualisation. On n'a plus affaire aux terroristes chevronnés des attentats du 11-Septembre à New York, mais davantage à des amateurs, qui peuvent être qualifiés de terroristes d'opérette.

Quand ce tournant a-t-il eu lieu, selon vous ?

Plusieurs éléments ont amené Al-Qaïda à changer de stratégie. Le premier tournant a eu lieu en 2007, avec le "surge" (la déferlante). Il s'agit de l'envoi de 30 000 soldats en renfort en Irak, décidé par George W. Bush, alors président des Etats-Unis. Les Américains ont ainsi réduit la violence et tué un nombre important de terroristes.

Le deuxième tournant survient le 2 mai 2011, jour de la mort d'Oussama Ben Laden, figure du panthéon islamiste. Dans le même temps, d'autres cadres d'Al-Qaïda sont décimés, ce qui oblige les responsables encore en vie à changer de stratégie. La politique des drones menée par Barack Obama a aussi permis d'éradiquer de nombreux responsables de l'organisation islamiste.

Face à ces nouvelles techniques, efficaces, les réseaux terroristes n'ont pas eu d'autre choix que de s'adapter. Devant leur échec à combattre les puissances occidentales, ils se concentrent sur l'idéologie extrémiste. Tant que cette idéologie ne lasse pas totalement, les attaques individuelles [comme celle de mercredi au Royaume-Uni] continueront.

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