Tony, policier visé par les terroristes au Bataclan : "C'était la guerre"

Une semaine après les attentats de Paris, un policier témoigne sur France Info. Membre de la Bac 94, la Brigade anti- criminalité, il est l'un des premiers à être arrivé au Bataclan.

(Les forces de l'ordre devant le Bataclan au soir de l'attaque © SIPA/Serez Lichetfeld)

Il y a une semaine, vendredi soir, la France était touchée par les plus graves attentats sur son territoire. Des attaques simultanées causent la mort de 129 personnes. Toute la soirée, les différentes unités de force de l'ordre interviennent sur les différents lieux ciblés par les terroristes. Parmi ces policiers, Tony. Il fait partie de la Bac - la brigade anti-criminalité - depuis 12 ans. Policier de terrain, il patrouille la nuit, en banlieue et à Paris. Il est par ailleurs délégué du syndicat Alliance. Vendredi, il est poste avec son équipe à Vincennes, une commune qui touche Paris.

A 21h20, alors que les premières informations sur une explosion au Stade de France lui parviennent, il se met en alerte. Cinq minutes plus tard, c'est une première fusillade qui retentit dans Paris. Avec ses hommes, il part en urgence absolue dans le 11e arrondissement. Ils arrivent boulevard Voltaire au moment où un kamikaze se fait exploser dans un restaurant.

Tony, policier visé par les terroristes au Bataclan : "C'était la guerre" - il répond à Olivier Boy
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"On s'arrête et je vois la gravité des blessures des uns et des autres", raconte-t-il. Et rapidement, devant l'accumulation des faits,  explosion au Stade de France et multiples fusillades dans Paris, il comprend qu'il a affaire à des attaques terroristes. Devant ce bar du boulevard Voltaire, il voit le kamikaze. "Mais on ne savait pas que c'était lui, on pense que c'est une victime parce qu'on voit quelqu'un en train d'effectuer des massages cardiaques. Et c'est une des victimes qui nous dit que non, c'est quelqu'un qui est rentré, et qu'il y a eu une explosion."

Son équipe fonce au Bataclan

Quelques minutes après, il entend à la radio qu'il y a des fusillades. Il part aussitôt vers le Bataclan. Tony voit les dizaines de blessés. "On sait qu'on est dans quelque-chose qui est extraordinaire, explique-t-il. Il y a du stress, il y a de la peur, mais ça nous aide à réfléchir. Ça nous aide à avoir le sang-froid pour intervenir", poursuit le policier. Son rôle : empêcher les terroristes de sortir. Et s'ils sortent, de les neutraliser.

Et là, il se passe cette scène incroyable. Tony est posté face à la sortie de secours du Bataclan, pour "tenir" ce point-là. Au même moment, un autre policer - un commissaire -  entre dans la salle de spectacle par l’entrée principale. Il entre seul. Il voit l'un des terroristes. Il tire. Il le touche. Le kamikaze déclenche sa ceinture. C'est à ce moment-là que l'un des deux autres terroristes sort pour faire face à Tony.

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"A aucun moment, il n'y a d'échange de paroles. Rien. Sa volonté c'est de tuer. Ce sont des gens qui n'ont pas peur de mourir", poursuit Tony. "J'ai vécu une scène de guerre." C’est après cette première fusillade entre Tony et le terroriste que la BRI va intervenir et neutraliser les deux autres terroristes.

Une semaine après, le choc et l'émotion encore présents

Pendant tout le temps où Tony est resté face au terroriste, il n'a pas pu le viser : un homme - une victime - est là, qui ne bouge pas. Il reste auprès d'une femme à terre qu'il ne connait pas, et ils gênent Tony, qui ne peut tirer de peur de les blesser.

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Le ton de Tony, l'émotion dans sa voix, autant de marques du choc ressenti par ce policier, pourtant aguerri, de se retrouver en face de fanatiques qui tuent aveuglément, au hasard.

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