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Saint-Etienne-du-Rouvray : "Ils avaient le style des terroristes... J’ai tout de suite compris", les religieuses retenues en otage témoignent

L'hebdomadaire chrétien "La Vie" rapporte le récit glaçant de ces sœurs, retenues avec les terroristes après l'assassinat du père Jacques Hamel.

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France Télévisions
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L'église de Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime) qui a été attaquée par deux terroristes. Ici, deux jours après l'attaque, le 28 juillet 2016. (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

Trois jours après l'attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), l'hebdomadaire chrétien La Vie publie, vendredi 29 juillet, un article rapportant les témoignages des trois religieuses présentes au moment de l'attaque. Il s'agit de Danielle Delafosse, Hélène Decaux et Huguette Péron, trois sœurs de Saint-Vincent-de-Paul.

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Mardi 26 juillet, à 9h30, le père Jacques Hamel célèbre la messe devant un groupe de cinq personnes : les trois sœurs et un couple de paroissiens âgés. Un jeune homme se présente en pleine messe. "Avec son polo bleu ciel, je l’ai pris pour un étudiant. Il voulait savoir quand l’église était ouverte. Je lui ai dit de repasser dans dix minutes, après la messe", raconte sœur Huguette.

"J’ai tout de suite compris"

Peu après, le même jeune homme revient. Sauf qu'il a changé de tenue. Il est habillé tout en noir. Et un ami l'accompagne. "Ils avaient le style des terroristes qu’on voit à la télé. L’un portait un calot noir sur la tête et la barbe bien fournie. J’ai tout de suite compris", se souvient sœur Huguette. Les deux terroristes "ont proféré une sorte de slogan en arabe puis nous ont reproché en français le fait que 'nous, les chrétiens, nous ne soutenions pas les arabes'", poursuit-elle.

Puis les deux jeunes hommes font voler tous les objets qui se trouvent sur l'autel. Ils y posent leur sac et ordonnent au prêtre de s'agenouiller. Ils donnent une caméra au paroissien. "Arrêtez qu’est-ce que vous faites ?", lance le prêtre. "C’est là que l’un d’entre eux a porté le premier coup sur sa gorge", se souvient sœur Danielle. Elle parvient à s'enfuir et à donner l'alerte. Pendant ce temps, l'un des terroristes assène un autre coup de couteau dans le cou du père Jacques Hamel.

"Un sourire doux, celui de quelqu’un d’heureux"

L'un des jihadistes blesse ensuite grièvement le paroissien et vérifie s'il a bien filmé l'exécution du religieux. A cet instant, sœur Huguette est placée derrière le paroissien : "J’ai vu sur l’écran l’aube blanche de Jacques avec la tâche rouge."

Les trois femmes racontent que celui qu'elles appellent "le meneur" leur annonce qu'ils les prennent en otages. "J’ai eu le droit à un sourire du second. Pas un sourire de triomphe mais un sourire doux, celui de quelqu’un d’heureux", précise sœur Huguette. 

"Visiblement, ils attendaient la police"

La paroisienne, qui a plus de 80 ans, et sœur Hélène, 83 ans, obtiennent l'autorisation de s'asseoir. Les jihadistes lancent une discussion avec elles. "La paix, c’est ça qu’on veut. Quand vous passerez à la télévision, vous direz à vos gouvernants que tant qu’il y aura des bombes sur la Syrie, nous continuerons les attentats. Et il y en aura tous les jours. Quand vous arrêterez, nous arrêterons", dit l'un d'eux à Hélène. Puis le débat dérive sur le statut de Jésus. Il "ne peut pas être homme et Dieu. C’est vous qui avez tort", lance l'un des terroristes.

Les forces de l'ordre sont désormais à proximité de l'église. "Visiblement, ils attendaient la police", relève sœur Hélène. Ils utilisent les trois femmes comme bouclier humain et essaient de sortir de l'édifice. "Mais ils ne se sont pas mis totalement derrière nous. À croire qu’ils allaient au devant de la mort", commente sœur Hélène. Puis la police entre par la porte de la sacristie et abat les deux terroristes.

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