Expulsion de 231 étrangers en situation irrégulière et fichés : "C'était déjà mis en oeuvre, le ministre de l'Intérieur veut accélérer le mouvement", estime Didier Leschi

Gérald Darmanin a annoncé dimanche qu'il allait demander aux préfets d'expulser 231 étrangers en situation irrégulière et fichés pour radicalisation à caractère terroriste.

Didier Leschi, le 15 novembre 2019.
Didier Leschi, le 15 novembre 2019. (JOEL SAGET / AFP)

"C'était quelque chose qui était déjà en partie mise en oeuvre [...] Je pense que là, le ministre de l'Intérieur veut accélérer le mouvement", a déclaré dimanche 18 octobre sur franceinfo Didier Leschi président de l'Institut européen en sciences des religions, alors que le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, avait annoncé un peu plus tôt dans la journée qu'il allait demander aux préfets d'expulser 231 étrangers en situation irrégulière et fichés pour radicalisation à caractère terroriste. Ces propos du ministre intervienne deux jours après l'assassinat vendredi de Samuel Paty, un professeur d'histoire-géographie qui avait montré à ses élèves des caricatures de Mahomet.

franceinfo : Cette annonce est là pour montrer que le gouvernement agit vite après l'attentat de vendredi ?

Didier Leschi : C'était quelque chose qui était déjà en partie mise en oeuvre et qui va s'accélérer avec des difficultés que le ministre de l'Intérieur essaie de lever, c'est-à-dire, la délivrance de ceux qu'on appelle les "laisser passer consulaires", pour que ces personnes puissent être acceptées par leur pays d'origine [...]. Ce sont aussi des militants et le fait de les avoir sur le sol français, dans les quartiers, c'est prendre le risque qu'ils réactivent des activités dont la finalité est de remettre en cause nos principes républicains et qui peuvent malheureusement attirer des personnes qui après peuvent commettre des actes criminels [...] C'est une chose qui était déjà engagée. Il y a régulièrement - en particulier des sortants de prison - des personnes placées en rétention administrative et qu'on tente de renvoyer dans leur pays d'origine. Je pense que là, le ministre de l'Intérieur veut accélérer le mouvement.

Un conseil de défense avait lieu ce dimanche soir, Emmanuel Macron veut prendre des mesures au plus vite, lesquelles faudrait-il adopter selon vous ?

Il y a plusieurs choses. Des choses qui relèvent de l'ordre du droit : on attend le texte sur le renforcement de la laïcité qui était initialement indiqué comme texte devant lutter contre le séparatisme. Et puis il y a des choses qui relèvent de l'ordre de la bataille idéologique : le président de la République avait annoncé la création d'un institut de formation des imams, c'est-à-dire au fond, la volonté qu'il existe un cadre qui va permettre à des personnes qui sont légitimes à croire, d'élaborer une théologie qui puisse contrer ce qui nous vient de l'autre côté de la Méditerranée et qui est une utilisation de la foi à des fins criminelles.

Vous avez également été préfet pour l'égalité des chances en Seine-Saint-Denis, sur quoi faut-il travailler aujourd'hui ?

Il y avait le rapport Debré en 2002 qui avait été remis à l'époque à Jack Lang, ministre de l'Education, et qui vise à faire en sorte qu'on puisse aborder l'histoire des religions pour expliquer à la fois leur contexte, leur ordre d'émergence et leur caractère culturel et contingent. Je pense qu'il faut continuer à le faire parce que sinon, on a une situation où quelque chose devient tabou, n'est jamais abordé, avec les réactions qu'on a pu avoir et qui ne sont pas légitimes. La deuxième chose, c'est qu'il faut beaucoup plus responsabiliser les responsables des mosquées pour qu'ils prennent en charge l'élaboration d'un contre-discours, d'une contre-radicalisation. Certains ont indiqué ces dernières heures qu'ils allaient s'engager là-dessus : c'est le cas du collectif des mosquées du Rhône, le président du Conseil français du culte musulman... Le choc existe pour tout le monde et il y a au sein du monde musulman des responsables tout à fait conscients qu'il faut maintenant agir beaucoup plus, pour ne pas laisser une partir de notre jeunesse se perdre [...] Je crois qu'au-delà des affaires de police, c'est un problème idéologique, de conception du monde. Il faut arriver à ce que des jeunes qui peuvent avoir des difficultés ne se raccrochent pas à une idéologie mortifère et comprennent qu'il n'y a pas à tuer son prochain.