Boycott des produits français par la Turquie : "Du point de vue économique, il faut quand même beaucoup relativiser le risque", estime Olivier Babeau, économiste

Olivier Babeau explique que la France réalise 67% de ses exportations vers l'Europe et seulement 3% vers le Proche et le Moyen-Orient.

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Radio France
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Le président turc Recep Tayyip Erdogan lors d'une conférence de presse, à Ankara, la capitale de la Turquie, le 24 août 2020. (ADEM ALTAN / AFP)

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a officiellement appelé lundi 26 octobre ses compatriotes à boycotter les produits français, après les tensions entre la France et la Turquie sur le traitement des musulmans de France. "Du point de vue économique, il faut quand même beaucoup relativiser le risque", a affirmé le même jour sur franceinfo l'économiste Olivier Babeau, président de l’Institut Sapiens. Cette déclaration intervient après les appels au boycott dans plusieurs pays du Moyen-Orient.

Olivier Babeau rappelle que "l'Union européenne et l'Europe hors Union européenne" représentent "67%" des exportations de la France. "Le Proche-Orient et le Moyen-Orient, c'est seulement 3%". Selon lui, "c'est évidemment une part assez faible de nos exportations, même si c'est l'une des rares zones excédentaires où les exportations sont supérieures à nos importations. Mais c'est quand même assez marginal". "La Turquie exporte plus qu'elle n'importe des produits français", souligne Olivier Babeau. "Si on imagine qu'on cesse toute relation commerciale, c'est la Turquie qui perd 2,7 milliards d'euros d'excédent commercial par rapport à la France. Donc c'est plutôt elle que cela gênerait que nous, même si cela pose des problèmes aux entreprises qui sont touchées."

Cet appel au boycott est "surtout une instrumentalisation politique" d'Erdogan

Les entreprises françaises concernées sont celles de "la construction aéronautique, de l'automobile, un peu les produits chimiques, l'outillage et les machines", détaille l'économiste. "Donc évidemment on ne peut pas dire que s'il y avait des relations commerciales qui s'arrêtaient, cela ne serait pas un problème pour les entreprises." Pour elles, "c'est une remise en cause de certains marchés qui, ici, sont conséquents". Mais pour l'instant, "il n'y a rien qui soit d'une ampleur qui pose problème".

Olivier Babeau estime en revanche que cet appel au boycott est "surtout une instrumentalisation politique" du président turc. "C'est une façon de montrer à ses propres habitants la façon dont on traite le reste du monde. C'est dans cet esprit qu'Erdogan a utilisé cet épisode terrible [l'assassinat de Samuel Paty] chez nous en France." Mais il assure qu'"au-delà des déclarations excessives et des tempêtes diplomatiques, il n'y a pas lieu de s'inquiéter. Economiquement, ça ne va pas très loin".

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