"Je ne passe pas une semaine sans y penser" : un an après l'attentat au Super-U de Trèbes, les salariés et les clients restent marqués

Un an après l'attaque qui a coûté la vie à trois personnes dans un supermarché de l'Aude, des salariés confient à franceinfo leurs difficultés à vivre avec ce souvenir cruel.  

Le Super U de Trèbes, un an après l\'attentat
Le Super U de Trèbes, un an après l'attentat (JEROME JADOT / RADIO FRANCE)

"On franchit la porte mais il y a toujours un petit pincement". Un an après les attaques terroristes à Carcassonne et dans une Super-U à Trèbes dans l'Aude, revenir faire ses courses ici n'est pas anodin. C'est dans ce supermarché d'une commune de 5 700 habitants qu'a été tué un client, un salarié et le colonel Arnaud Beltrame qui a pris la place d'une caissière, retenue en otage. Un an après, les photos des victimes et les fleurs ont disparu du hall d’entrée mais revenir faire ses courses reste un moment difficile explique Josette, 86 ans : "On connaissait plus ou moins les personnes qui travaillaient là. Ça ne peut pas s’effacer d’un coup comme ça". 

Reportage au Super-U de Trèbes un an après l'attentat, par Jérôme Jadot
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Après l’attaque de mars, comme après les inondations d’octobre qui ont plongé le magasin sous 80 centimètres d’eau, les clients sont revenus dans les mêmes proportions qu’avant. Eve travaille dans les rayons du supermarché. Il y a un an, elle aurait dû être ici, mais son planning avait changé au dernier moment. "Moi, je n'y pense plus, sinon on pourrait pas vivre, explique-t-elle. J'aime venir dans ce magasin, voir mes collègues, il faut les soutenir, il faut être là pour dire que 'ça continue'". 

Ça continue aussi pour Jacky qui ficèle des rôtis au rayon boucherie. Il était là le 23 mars 2018. "J'ai entendu crier et les coups de feu. J'ai tout entendu, se souvient-il. On a vu les gens paniquer, après on a sauvé notre peau. On a fait sortir des clients par derrière". 

Sur le coup, c'est la panique, la peur et après la haine Jacky, boucher à franceinfo

Jacky parle de haine parce que son ami Christian Medvès, collègue boucher depuis 15 ans, a été abattu près des caisses alors qu’il sortait pour sa pause déjeuner. "Il y a un manque, explique timidement Jacky. Je ne passe pas une semaine sans y penser. C'est encore dur, même maintenant, il y a des jours où on n'a pas le moral, poursuit-il. 15 ans ensemble ça fait beaucoup, c'est ce qu'on se disait une semaine avant ce qui s'est passé 'on est plus souvent à deux qu’avec nos femmes", plaisante Jacky, visiblement ému lorsqu'il évoque son ancien collègue. "C'était un copain avant tout, j'allais chez lui, on se voyait hors du travail. Il savait faire la fête". 

Jacky, boucher au Super U de Trèbes, un an après l\'attentat
Jacky, boucher au Super U de Trèbes, un an après l'attentat (JÉRÔME JADOT / RADIO FRANCE)

Le magasin a été réaménagé 

Après l'attaque, Jacky a voulu reprendre le travail tout de suite pour s’occuper. La réorganisation de fond en comble des locaux quelques mois plus tard lui a fait du bien explique-t-il : "Tout a été refait à neuf au mois d'octobre quand on a eu les inondations." 

Tout a été changé, ce n'est plus positionné pareil, on n'a plus les habitudes qu'on avait avant. C'est plus facile pour venir travailler Jacky, boucher à Super-Uà franceinfo

Au début du mois, le magasin a changé de main. La directrice l’a racheté. Il y a un an, elle avait refusé de quitter les lieux avant que tout le monde soit évacué. Selon Jacky, les liens entre les salariés se sont resserrés dans l'épreuve. "Déjà, on était un groupe, on était uni, mais là encore plus qu'avant. Maintenant, c'est une famille, on se voit beaucoup plus souvent qu'avant. On est là, on veut faire voir qu'on est toujours là et qu'on y restera toujours", conclut-il.

Sur 49 salariés, quatre ont toutefois préféré partir, cinq sont encore en arrêt. C'est le cas d’une caissière à côté de qui Christian Medvès a été tué. Chez elle, sans vouloir s'exprimer au micro, elle explique toujours enchaîner les rendez-vous avec les psychologues, les psychiatres et les sophrologues. Pour elle, pénétrer dans n’importe quel supermarché lui est encore quasiment impossible.