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"Il y avait les factures à payer" : une fausse victime du 13-Novembre condamnée à un an de prison ferme

La jeune femme de 24 ans disait avoir été blessée le soir du 13 novembre au bar Le Carillon, à Paris. Elle avait en fait tout inventé. Son procès pour "escroquerie" et "tentatives d’escroquerie" s’est tenu lundi au tribunal correctionnel de Versailles.

Article rédigé par
Raphaël Godet - franceinfo
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Le Carillon, l'un des bars parisiens touchés par les attentats du 13-Novembre, photographié le 19 mars 2016. (THOMAS OLIVA / AFP)

Laura n'a que 24 ans, mais n'apas froid aux yeux. Elle parle beaucoup, vite, et avec aplomb. A la barre, lundi 21 novembre, la jeune femme n'hésite pas à couper, parfois, la présidente du tribunal correctionnel de Versailles. Et s’autorise même à la contredire d’un très sec "c’est faux, ça". Laura, jeune mère de famille, sans travail, avec "Pôle emploi et la CAF" comme seules ressources, a sa version des faits, et elle aimerait bien qu’on la comprenne.

Le 22 décembre 2015, un mois et demi après les attentats du 13 novembre 2015 à Paris et Saint-Denis, elle se rend au commissariat des Mureaux, dans les Yvelines. Elle veut porter plainte. Des policiers la reçoivent. Laura leur raconte avoir été présente ce soir-là au bar Le Carillon, dans le 10e arrondissement de Paris. Elle décrit la scène : "des morts", "des blessés", "du sang", et "une explosion" qui la touche grièvement au niveau du bras. Le jour de sa déposition, elle se présente d’ailleurs avec le bras en écharpe. Elle a aussi apporté des certificats médicaux et une photo de sa blessure.

"Comprenez, je pensais à ma fille..."

Son nom n’est pourtant mentionné sur aucun registre hospitalier mis en place à la suite des attaques qui ont fait 130 morts et près de 400 blessés dans la capitale. Et surtout, les enquêteurs s'étonnent de l’entendre évoquer une "explosion" au Carillon, alors qu’il n’y en a pas eu. Normal : Laura a menti sur toute la ligne. En garde à vue, quelques semaines plus tard, elle avoue avoir tout inventé. Le Carillon, elle n'y a pas mis les pieds. Les documents, c'était des faux.

Dans sa tête, la combine paraissait pourtant solide : elle voulait se faire passer pour une victime, et toucher de l’argent auprès du fonds de garantie mis en place par l'Etat. "Au moins 50 000 euros", avait-elle calculé. Dans la salle du tribunal, ils sont quelques-uns à faire les gros yeux. "Je sais, c’est inadmissible ce que j’ai fait. Il y a des vraies victimes, et moi j’ai joué à ça ! Mais comprenez, je pensais à ma fille, il y avait les factures et les charges à payer. Vraiment, je suis désolée, désolée."

Un faux diplôme de pharmacien

Laura s’excuse à plusieurs reprises pendant l’audience. "Je m’excuse auprès de vous, madame la présidente, auprès des juges, auprès de tout le monde." Elle a aussi écrit une lettre aux policiers pour demander pardon pour le temps qu’ils ont perdu à cause d’elle. "Vous l’avez lu, ça ?", demande-t-elle à la cour. Pour prouver qu’elle veut se racheter, la jeune mère de famille explique également être suivie par un psy, qu'elle voit "deux fois par semaine". Mais là aussi, elle s’emmêle. "Enfin, c’est par téléphone." "Par téléphone ? relève la présidente. Des consultations par téléphone, vraiment ?" Silence dans la salle. Laura bafouille : "C’est parce qu’avec ma fille, c’est compliqué de sortir de chez moi." Le tribunal fait la moue. Il faut dire que la jeune femme a tendance à s’inventer beaucoup d’histoires.

Cet après-midi, elle est également poursuivie pour avoir falsifié un diplôme de docteur en pharmacie sans en avoir jamais suivi les études, "juste pour [se] faire recruter". Ça a marché, jusqu’à ce que le gérant découvre la supercherie. "Vous avez vu, elle a honte, vient en soutien son avocat, maître Michel Warmé. C’était un engrenage, il était temps que ça s'arrête. Ma cliente reconnaît qu'elle a un problème."

Problème ou pas, "la prévenue n'a fait que ralentir le travail pour les vraies victimes", rappelle l’avocat du fonds de garantie. Le procureur lui emboîte le pas : "Il y avait un luxe de détails dans sa déclaration (…). Il y en avait tellement que ça a fait tiquer les enquêteurs. On ne se moque pas des victimes", tape-t-il du poing sur la table. Il requiert 30 mois de prison à l'encontre de la jeune femme. Dans la soirée, le tribunal a finalement été plus clément, en la condamnant à un an de prison ferme.

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