"Les cicatrices, ça fait partie de moi" : la douloureuse reconstruction de Sophie, victime des attentats du 13-Novembre

Mercredi, c'est la journée internationale en hommage aux victimes du terrorisme. En France, on pense évidemment aux attentats du 13-Novembre 2015, qui ont fait 131 victimes, et des centaines de blessés qui doivent se reconstruire. Parmi eux, Sophie, 35 ans vit à Lyon depuis désormais un an.

Sophie, 35 ans, chez elle, à Lyon, où elle vit désormais depuis un an.
Sophie, 35 ans, chez elle, à Lyon, où elle vit désormais depuis un an. (ANTOINE JEUFFIN / FRANCEINFO)

Le soir du 13 novembre 2015, Sophie est dans la fosse du Bataclan. La jeune femme en réchappe une balle dans le mollet, l’autre dans la cuisse. Sur son lit d’hôpital, deux jours plus tard, après l’opération et shootée à la morphine, elle prend son téléphone : “J’ai fait un tweet, se souvient la jeune femme de 35 ans. "‘Vendredi 13 je n’ai pas eu de chance, j’ai pris une balle. Mais c’était aussi la journée de la gentillesse, alors on m’a laissé vivre.’ Je pense que c’était ma façon à moi de commencer un peu le travail de thérapie et de commencer à me dire ‘bon, on va rigoler de ça, on ne va pas se laisser aller.”

L'autodérision comme thérapie

Sophie remarche assez rapidement, d’abord avec des béquilles. Mais plusieurs mois après, sa hanche lui fait toujours mal. On lui retire finalement la balle logée dans la cuisse. “C’était bizarre, parce que je lui avais donné un petit nom, je l’appelais Jeannette, et à chaque fois quand j’avais mal, je disais ‘tiens, ya Jeannette qui me fait mal’, raconte-t-elle. Mais je pense qu’au niveau psychologique ça a vachement joué. Je me sentais vachement plus légère. Il me reste les cicatrices, mais ça, voilà, ça fait partie de moi. J’avais plus rien d’eux, en fait. Du coup ça a été un soulagement.”

Pendant sa convalescence, Sophie tente l’autodérision comme thérapie, mais elle rit souvent jaune. Lors de son suivi psychologique par exemple : elle voit une dizaine de spécialistes, sans succès. Sophie énumère pêle-mêle, “le psychologue un peu trop tactile, je l’ai vu un rendez-vous, ça a suffi. Celle qui me disait ‘ohlala, c’est dur ce que vous avez vécu hein’, j’étais là, ‘oui, je sais hein, merci.’ Le psychiatre qui me disait ‘ben regardez des films de Charlie Chaplin, vous verrez, ça ira mieux ! Ou, vous devriez vous estimer heureuse, parce que vous, vous êtes vivante.

Un psychiatre m’a mise sous antidépresseurs parce que j’avais envie de mourir, alors que je lui expliquais que justement je ne savais plus comment vivre, mais que j’avais besoin d’aide.Sophie

Prendre le métro, regarder les infos, aller à des concerts, reste compliqué pour Sophie, qui consulte toujours un psychologue. Malgré tout, cette future mère renvoie l’image d’une femme forte.

Un procès à l’horizon 2021

Elle veut témoigner au procès de Salah Abdeslam, le dernier survivant du commando du 13-Novembre, à qui elle voue une haine pure. "C’est triste, mais je n'attends rien de ce procès, parce que je sais qu’il ne parlera pas, confie-t-elle. Je sais qu’il va sûrement même pas nous regarder, droit dans les yeux. J’aimerais me retrouver en face de lui, juste pour lui demander pourquoi, et lui mettre une gifle." Ce procès devrait se tenir à l’horizon 2021 sous très haute sécurité, avec potentiellement plus de 1 700 parties civiles.

La douloureuse reconstruction de Sophie, victime des attentats du 13-Novembre
--'--
--'--