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Attentats : face à l'horreur, les Français de l'étranger s'accrochent aux symboles

Ils étaient à des milliers de kilomètres de Paris au moment des attaques. Sous le choc, les expatriés se sont rassemblés autour des valeurs de la France. Francetv info vous raconte comment ils ont encaissé la nouvelle du drame.

Article rédigé par
Estelle Walton - franceinfo
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min.
Des hommages à la France après les attentats, à Berlin (Allemagne), le 14 novembre 2015. (LUKAS SCHULZE / DPA)

La nuit du vendredi 13 novembre, les attentats de Paris ont frappé d'effroi la totalité du pays. Mais lorsqu'on est à des milliers de kilomètres de l'Hexagone, les symboles de la France prennent une résonance particulière. Des expatriés français ont raconté à francetv info comment ils ont vécu les évènements.

Durant la nuit du vendredi 13 au samedi 14 novembre, des millions de Français ont contacté leurs proches, terrifiés par la nouvelle. De l'autre côté de la planète, en Nouvelle-Zélande, Cécile, 25 ans, alors qu'elle travaillait dans un bar d'Auckland, découvre un message de sa mère sur son téléphone : "Je vais bien, ton frère aussi." En partant vivre aux antipodes, elle avait pris ses distances avec les actualités en France. "Je ne comprenais pas ce qu'elle voulait dire, alors en rentrant chez moi, je me connecte sur internet et je découvre l'horreur", raconte la serveuse.

"J'ai l'impression d'avoir abandonné mon pays"

Alexandre a 26 ans et travaille à Berlin (Allemagne) dans le marketing digital. Lui aussi reçoit un message d'une amie parisienne : "Tu as bien fait de partir à l'étranger." Pour tous ces expatriés, la confusion est décuplée. "Heureusement que l'on a les réseaux sociaux, ça rapproche", résume Léo, 33 ans, professeur de sciences politiques à l'université de Bogota (Colombie). Mais quand sa sœur tarde à donner des nouvelles via internet, il panique. "Quand on est si loin, l'imagination s'emballe très vite".

Le plus difficile pour Adeline, 31 ans, a été de gérer la distance qu'elle avait prise avec la France : "On se sent loin, seul, mais surtout coupable de ne pas être là, coupable d'être parti. J'ai eu l'impression que j'avais abandonné mon pays, je me suis sentie très égoïste" explique la journaliste partie travailler en Amérique du Sud il y a six ans.

"On cherche n'importe quelle trace de soutien"

En état de choc, ils cherchent tous à comprendre, mais aussi à faire comprendre à leurs amis locaux qui ne se sentent pas toujours concernés. "Mes colocataires ne réagissaient pas, alors mon petit ami français et moi avons essayé de trouver les images les plus choquantes possibles, pour qu'ils comprennent pourquoi nous étions si chamboulés, raconte Cécile. On cherche n'importe qu'elle trace de soutien."

Habituellement, ces expatriés cherchent à se fondre dans la population. Mais au moment des attaques, les Français de l'étranger préfèrent se rassembler pour se retrouver "entre orphelins".

En Colombie, Léo est parti dans une maison de vacances avec des amis français. Un voyage prévu de longue date qu'il n'a pas voulu annuler : "En étant entre nous, on s'est sentis plus proches de nos familles. On a pu partager nos impressions, commencer à débattre. Cela aide à exorciser la tristesse", raconte le professeur.

C'est à l'ambassade de Turquie, en voyant se hisser le drapeau français, que Tiphaine, 26 ans, a vécu cette cohésion nationale : "Quand je vois mon drapeau flotter à l'étranger ça ne me fait pas le même effet qu'en France, explique la Bordelaise. Cela représente les valeurs qui font de nous un pays uni." Elle travaille pour les affaires étrangères depuis presque un an, et ressent une véritable fierté à représenter les valeurs de son pays à travers le monde.

"Cela réactive un lien très fort avec notre pays"

Du haut de ses 21 ans, Leticia, étudiante à New York, a été fière d'afficher les couleurs de son pays sur les réseaux sociaux. "En vivant dans un pays aussi inégalitaire que les Etats-Unis, j'ai réalisé à quel point j'avais de la chance. Le drapeau français, c'est la liberté, l'égalité et la fraternité, cela ne veut pas dire n'importe quoi."

Adeline pense que le drapeau a pris "une importance nouvelle", mais c'est "un symbole compliqué" pour beaucoup de Français : "On le rattache souvent à l'extrême droite et à des mouvements nationalistes. Mais une attaque comme celle-là réactive un lien très fort avec notre pays, qui passe par le bleu-blanc-rouge."

"J'ai été touché de voir les monuments de Berlin arborer nos couleurs, raconte Alexandre, pourtant peu patriote en temps normal. Le fait que je sois français n'est pas la première chose que je dis aux gensmais là c'est touchant, on prend conscience du symbole, on a envie de montrer qu'on est français."

"Cette liberté de faire ce que l'on veut fait partie de nous"

Si les valeurs de démocratie et du respect de l'autre viennent en tête des expatriés, ils se retrouvent aussi dans des symboles plus terre-à-terre, qu'ils représentent au quotidien : "Quand je parle à des amis locaux, je leur dis toujours que boire des bières à une terrasse et fumer trois clopes, c'est notre sport national", s'amuse Cécile.

L'attaque prend aussi une résonance particulière pour Tiphaine. Pour elle, son départ en Turquie s'inscrit dans les habitudes de cette "génération Bataclan" dont elle fait partie. "On bouge beaucoup, on est très ouverts sur le monde. Oui, on boit des verres, oui, on fait la fête, et alors ? Cette liberté de faire ce qu'on veut fait partie de nous, de la vie à la française."

C'est vers ces jeunes que Cécile s'est tournée pour trouver du réconfort. "Dans le bar où je travaille, des clients néo-zélandais ont eu beaucoup de compassion."

"Nous avons été très soutenus par les Turcs"

Un constat que partage Tiphaine, dont la boîte mail déborde de messages de soutien : "On a été très soutenus par les Turcs, qui nous envoient de nombreux messages de condoléances. Eux aussi, leur jeunesse a été attaquée il y a quelques semaines, et ils comprennent très bien notre douleur."

Et après ? Expatriée Au Brésil, Adeline a peur que son pays rejette l'immigration : "Je ne me vois pas rentrer, mais j'ai peur des réactions en France, qui peuvent encourager des courants identitaires. Quand je suis à l'étranger, je représente mon pays tout entier. Comment pourrais-je expliquer que mon pays rejette les étrangers, quand moi-même je suis acceptée et accueillie n'importe où dans le monde ?"

En Suède, Quentin retrouve même une nostalgie perdue. Peut-être ne passera-t-il pas sa vie dans les pays nordiques comme il le prévoyait, mais finira par rejoindre son pays d'origine : "Cela m'a fait réfléchir à long terme. Avant, je pensais facilement pouvoir faire ma vie en Suède. Maintenant, je commence à me dire que je pourrais rentrer en France."

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