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Procès des attentats du 13-Novembre : Mohamed Abrini reconnaît qu'il devait faire partie des commandos

Contrairement à ce qu’il a toujours dit, Mohamed Abrini a reconnu devant la cour d'assises spéciale qu'il était bien "prévu" dans les effectifs des commandos des attentats de Paris et Saint-Denis, en 2015.

Article rédigé par Mathilde Lemaire
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min
Mohamed Abrini au procès des attentats du 13-Novembre. (BENOIT PEYRUCQ / AFP)

Mohamed Abrini est l’un des principaux accusés au procès des attentats du 13-Novembre – il est aussi connu aussi sous le surnom de "l’homme au chapeau" car c’est ainsi qu’il est apparu sur la vidéosurveillance de l’aéroport de Bruxelles Zaventem, lors des attentats de mars 2016. Il était interrogé mardi 22 mars sur les préparatifs, la logistique des attaques de Paris et Saint-Denis, le 13 novembre 2015. Et il a amorcé de vraies révélations.

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Mohamed Abrini a été en six ans interrogé une vingtaine de fois par des policiers et juges d’instruction. Et ce qu’il dit aujourd’hui à Paris, dans le box, il ne leur a jamais dit. D’abord, il y a cette toute petite phrase mais qui dit beaucoup : faisant une digression en répondant à son avocate, il lâche : "Moi, en fait, j’étais même prévu pour le 13", comprenez les attentats du 13-Novembre. Puis il ajoute : "J’en parlerai la semaine prochaine". C’est en effet la semaine prochaine que les accusés vont commencer à répondre aux questions de la cour sur le cœur du dossier, non plus sur les préparatifs mais sur le soir du 13 novembre 2015.

Abrini vient en une seconde de confier qu’en fait, contrairement à ce qu’il a toujours dit, il était bien prévu dans les effectifs des commandos des attentats de Paris et Saint-Denis. On savait que le 12 novembre 2015, très tard la veille des attaques, il avait quitté l’Île-de-France où il venait tout juste d’arriver avec tous les autres pour regagner Bruxelles. Et cela constituait un peu une énigme. "Voilà, on avance un peu, on avance beaucoup même", se félicite Maitre Marie Violleau, son avocate.

Reste à savoir pourquoi, comment Abrini a donc fait défection et renoncé à être le onzième homme, le onzième terroriste du 13 novembre. "On attend beaucoup de la semaine prochaine, M. Abrini, ne changez pas d’état d’esprit" commente le président Jean-Louis Periès.

Mohamed Abrini avait déjà surpris la cour un peu plus tôt dans l'après-midi en évoquant de lui-même une rencontre en tête-à-tête, à la fin de l’été 2015, avec Abdelhamid Abaoud. Et ça, n’est pas rien. Abdelhamid Abaoud est le coordinateur des attentats de Paris, leader du commando des terrasses, mort ensuite dans l’assaut de Saint-Denis. Il est aussi ce cadre du groupe Etat islamique qu'on a vu en Syrie traîner des cadavres avec son pick-up sur une vidéo devenue tristement célèbre.

"Si mes réponses ne vous plaisent pas, je n’y peux rien"

"Cette rencontre, se souvient Mohamed Abrini, c’était à Charleroi". En Belgique donc, dans une planque, alors qu’Abaoud était clandestin, recherché par toutes les polices qui le pensaient toujours en Syrie. "Une journée entière passée ensemble, raconte l’accusé. Je suis allé le voir car c’est mon ami d’enfance, celui aussi qui a enterré mon petit frère en Syrie. J’ai su qu’il était là… je me suis dit que c’était pour aller jusqu’au bout, que ça sentait la fin. Obligé, je voulais le voir, c’est normal. Mais n'allez pas pour autant vous faire des films." Et de quoi avez-vous parlé tous les deux ? rebondit l’avocat général, forcément curieux. L’intéressé répond : "Je ne sais plus. De tout. De rien. De la famille, du quartier, d’un tas de choses… Je me souviens qu’il avait encore une plaie à l’épaule et qu’il avait des traces de blessures par balles dans les jambes." Maître Gérard Chemla, avocat de parties civiles, le relance et insiste : "Mais vous avez parlé de la Syrie et de son projet à Paris ? des attentats à venir ?" "Non, jamais il ne me parle de ce qui va se passer à Paris, réplique Abrini. Ce n’était pas le sujet, je vous dis, vous avez la tête dure ! Si mes réponses ne vous plaisent pas, je n’y peux rien."

Alors que le procès va bientôt entrer dans le cœur du dossier, Mohamed Abrini se dévoile, ne nie pas son implication… mais lâche ce qu’il veut lâcher quand cela lui sied, et conserve tout de même une part de mystère.

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