Un rapport pointe les ratés des autorités belges dans le suivi des frères Abdeslam

Le quotidien belge "le Soir" a publié des extraits du document confidentiel du Comité P, la police des polices belge.

Ibrahim Abdeslam (à gauche) et Salah Abdeslam (à droite). 
Ibrahim Abdeslam (à gauche) et Salah Abdeslam (à droite).  (AFP)

La police des polices belge a pointé des failles dans la surveillance des frères Abdeslam. Depuis les attentats du 13 novembre, le Comité P (l'équivalent belge de l'IGPN) est chargé d'évaluer la manière dont l'enquête sur les auteurs des attentats a été menée en Belgique. Des extraits d'un rapport confidentiel ont été publiés, mardi 26 avril, dans la presse belge. Francetv info fait le point sur les ratés des autorités belges.

Le signalement d'une enquêtrice pas pris en compte

Dès l'été 2014, une enquêtrice de la police de Molenbeek, la commune bruxelloise où vivaient les frères Abdeslam, repère la radicalisation des deux terroristes. Un "informateur" l'aurait alerté de la volonté d'Abdelhamid Abaaoud de recruter des jeunes pour commettre un attentat, expliquait la RTBF, en mars.

Elle signale les frères Abaaoud auprès de sa hiérarchie. Selon la radio belge, le Comité P a confirmé que des appels téléphoniques ont bien été donnés par le policier à son supérieur. Mais l'enquête n'aboutit pas.

En mars, le parquet fédéral belge et le directeur de la police judiciaire ont répliqué que ces informations étaient trop lacunaires et qu'elles n'auraient en aucun cas permis d'arrêter les deux futurs membres des commandos jihadistes de Paris. Selon ce rapport du Comité P, le non-traitement de cette information a "affaibli" l'enquête.

Pas assez de moyens pour suivre les frères Abdeslam

En janvier 2015, le nom des Abdeslam ressurgit lorsqu'un autre inspecteur apprend que Brahim et Salah Abdeslam cherchent à se rendre en Syrie. Les deux hommes sont alors interrogés par la police, mais ils ne sont pas inculpés.

Le parquet fédéral demande dans les mois qui suivent des vérifications supplémentaires à la DR3, la cellule anti-terroriste de la PJ, dont l'examen de leurs communications téléphoniques et la vérification de leurs emails, selon Le Soir

Mais, faute de temps et de moyens, ni la PJ ni d'autres services ne procèdent à ces vérifications, affirme le rapport. "Des réunions auraient eu lieu pour savoir si d’autres unités de police pouvaient s’occuper du dossier, mais toutes auraient été confrontées au même manque d’effectifs", explique le quotidien belge.

Le dossier finalement classé en avril

Le parquet relancera la cellule anti-terroriste, mais celle-ci n'apporte pas d'éléments neufs. Le dossier est classé sans suite le 21 avril 2015, sept mois environ avant les attaques de Paris, indique le rapport.  

Le document a été présenté, mardi, lors d'une réunion à huis clos de la "commission parlementaire de suivi du Comité P". Ses membres ont dénoncé une enquête menée "excessivement à charge" contre la police. "Il y a une impression générale d’instruction à charge et sans contextualisation. J’ai réclamé que les services de police puissent répliquer point par point", a expliqué la députée belge Laurette Onkelinx, citée par le Soir.