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Audrey, 24 ans, rescapée du Bataclan : "La vie ne tient qu'à un fil, il faut en profiter"

Cérémonie annuelle d'hommage à toutes les victimes du terrorisme lundi 19 septembre, aux Invalides à Paris. Dans le public : Audrey, 24 ans, une rescapée de l'attentat du Bataclan le 13 novembre 2015. Blessée par plusieurs balles dans la jambe gauche, elle suit toujours une intense rééducation pour espérer remarcher sans béquilles un jour. 

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Radio France
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Audrey, 24 ans rescapée du Bataclan,  à la terrasse du café La Belle équipe (Radio France/ Mathilde Lemaire)

Audrey, âgée de 24 ans, participe à la cérémonie d'hommage lundi 19 septembre à Paris, aux Invalides. Elle a été blessée dans les attentats du 13 novembre, au Bataclan. 

Franceinfo : Comment est votre vie dix mois après l'attentat ?

Audrey : Moralement, c'est assez compliqué car un simple bruit comme des sirènes, un klaxon, me fait sursauter maintenant. Je suis toujours obligée de regarder à droite, à gauche, tout ce qui se passe dans les rues. J'évite de me mettre de dos si je vais boire un café. Je fais attention à tout. Je dévisage un peu tout le monde. C'est assez stressant de se dire qu'on peut sortir dans la rue et se retrouver à côté d'une voiture qui est remplie de bonbonnes. Avant, je ne suivais pas trop l'actualité. Maintenant tous les jours, il faut que je regarde les informations. Même si l'attentat a lieu dans un autre pays ça va me toucher. Je sais ce qu'ils vivent parce qu'on l'a vécu.

Vous en parlez à un médecin, un psychologue ?

Je vois un psychologue personnel et un psychologue à l'hôpital. Pour eux c'est normal car le cerveau s'est mis en pause avec ce qui s'est passé le 13 (novembre). Il va falloir beaucoup de temps pour qu'il fonctionne comme avant.

Il y a des jours particulièrement difficiles ?

Il y a des jours où ça va très bien et d'autres où ça ne va pas aller, où je vais pleurer. Je fais des cauchemars la nuit. Je n'arrive toujours pas à dormir correctement. Les matins, je repense à tout. Il y a des images, il y a des choses qu'on n'oublie pas. On ne va pas s'arrêter à ça. Maintenant on s'accroche à la vie.

Aujourd'hui, vous remarchez ?

J'ai fait beaucoup de rééducation. Je me donne beaucoup de peine parce que pour moi avoir des béquilles toute la vie, c'est hors de question. S'il faut y aller sept jours sur sept, j'irai sept jours sur sept.

Et avant, vous avez eu beaucoup opérations…

J'ai subi onze opérations dont la première et la dernière ont été  très lourdes. On m'a fait une reconstitution osseuse. 

A 24 ans, quand on a vécu ce genre de choses, comment est-ce qu'on regarde l'avenir ?

On le regarde carrément différemment. Avant, il y avait des choses qu'on voulait faire mais on n'osait pas. Mais aujourd'hui, ce que j'ai envie de faire, je le fais quand même. Je ne me bloque plus. Demain si j'ai envie de partir aux États-Unis, je le ferai. La vie ne tient qu'à un fil et maintenant on sait ce qu'elle vaut, faut en profiter…

Qu'est-ce qui vous aide dans tout ça, qu'est-ce qui vous tient debout ?

Le plus qui me tienne debout c'est l'association, c'est "Life for Paris". On est très actif. Ça m'a beaucoup aidé d'avoir rencontré toutes ces personnes qui ont la même histoire que moi. Et par forcément celles qui étaient au Bataclan

Ce n'est pas par hasard si vous m'avez donné rendez-vous à La Belle Equipe…

Il y a des liens qui se créent par rapport à notre histoire et on s'aide beaucoup. Avec certaines personnes, on s'appelle tous les jours. Je me suis fait des amis et la nuit quand je n'arrive pas trop à dormir, je sais en me connectant sur Facebook qu'il y en a toujours un ou deux qui ne vont pas dormir comme moi. On a souvent les mêmes cauchemars et donc on se dit nos détails, sans tabous. Ça fait du bien de se sentir compris et d'avoir une grande famille autour de soi.

Le terrorisme a frappé de nouveau en France depuis le 13 novembre. Comment est-ce que vous vivez ces moments-là ?

Très mal. Moi personnellement j'ai perdu un ami à Nice. Ça nous a fait replonger parce qu'on pense à toutes ces personnes surtout parce que des enfants ont été touchés et que ça a été plus dur.

Est-ce que vous avez de la colère en vous ?

J'avais de la colère avant contre les terroristes mais aujourd'hui je n'ai plus spécialement de colère. Avoir de la colère contre eux ce serait leur donner raison parce que c'est ce qu'ils cherchent. Qu'on ait de la colère, qu'on ait peur, qu'on n'ose plus sortir. Il faut leur montrer tout le contraire, qu'on a envie de sortir. Et je sais que la justice fera son travail.

Est-ce que le silence de Salah Abdeslam vous évoque quelque chose ?

Que lui-même a peur, qu'il a peur de dévoiler des choses. Après, on a tous envie d'entendre ce qu'ils ont à dire, pourquoi ils ont fait ça, pourquoi le Bataclan, pourquoi les terrasses, comment ils se sont organisés. On attend beaucoup du procès même si je sais que ça va prendre beaucoup de temps. Je ne le regarderai pas car je n'ai pas envie de le regarder. Peut-être qu'il y a aura un petit regard pour lui faire comprendre qu'on n'a pas peur. Mais j'attends juste le procès.

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