Assaut de Saint-Denis : le discret marché des vidéos amateurs

Mercredi, certains ont tenté de vendre les vidéos de l'assaut filmées avec leur portable. Une pratique de plus en plus fréquente.

Un camion de la BRI, lors de l\'assaut mené contre un appartement de Saint-Denis (Sene-Saint-Denis), le 18 novembre 2015.
Un camion de la BRI, lors de l'assaut mené contre un appartement de Saint-Denis (Sene-Saint-Denis), le 18 novembre 2015. (FRANCOIS MORI / AP / SIPA)

L'assaut du Raid et de la BRI dans l'appartement de la rue du Corbillon à Saint-Denis n'était pas terminé que des riverains faisaient le tour des journalistes pour vendre les vidéos de l'évènement, mercredi 18 novembre.

Dès six heures du matin, plusieurs personnes abordent des journalistes, massés sur le parvis de la basilique de Saint-Denis pour proposer leurs documents. Leur priorité : ceux qui travaillent pour les télévisions. Les tarifs varient en fonction du contenu de la vidéo : "Si on voit les tirs et un policier, de loin, dans la nuit, c'est 500 euros, sinon, juste le son, c'est 100 euros", explique Pascal Jalabert, rédacteur en chef du bureau d'informations générales des journaux de l'est de la France à Paris. Il s'en est ému sur Twitter, indignation relayée par de nombreux internautes. 

Notre envoyé spécial, Kocila Makdeche, s'est également fait démarcher. "Ils interpellent les journalistes en disant 'j'ai des vidéos, j'ai des vidéos'. Ils la montrent sous le manteau, comme des vendeurs à la sauvette, après s'être éloignés de quelques pas, dans une rue tranquille."

Un journaliste du "Petit journal" de Canal+  a filmé les tractations et l'échange d'une liasse de billets entre une journaliste étrangère et le vendeur d'une vidéo. "Je leur ai donné 250 (euros) et maintenant je vais leur donner 200 de plus", explique la journaliste au téléphone, sans doute en conversation avec sa direction. "On a quatre vidéos donc c'est plutôt pas mal", rajoute-t-elle. 

La pratique n'est pas nouvelle. Sur les catastrophes naturelles, il n'est pas rare que des témoins cherchent à vendre leurs images aux journalistes, arrivés fatalement un peu plus tard sur les lieux. Francetv info s'était ainsi fait démarcher, à distance, par un témoin des inondations dans le Sud-Est en octobre, qui affirmait faire monter les enchères entre plusieurs chaînes privées. 

Les télévisions étrangères pointées du doigt

Lors des attentats de Paris, vendredi 13 novembre, des témoins qui travaillent dans le quartier où ont eu lieu les fusillades en terrasse n'ont pas hésité à monnayer leurs vidéos de corps déchiquetés au milieu des tables et des chaises 1 000 euros, révélait le Journal du Dimanche

Principaux acheteurs, les journalistes étrangers, notamment les Anglo-Saxons, habitués à payer pour des documents amateurs. "Ce sont les télévisions étrangères qui se rapprochent d'eux, regrette un journaliste d'une télévision sur place. A Saint-Denis, j'ai été approché par un type qui vend une vidéo où on voit bien l'assaut. Il m'a dit 'dis ton prix'. Je n'ai pas donné suite, mais il est parti négocier avec une télévision étrangère. Tout se monnaye désormais. Et pourquoi pas un accès à un balcon avec vue sur l'appartement de la rue de Corbillon où travaille la police scientifique ?"