Vidéo Procès du 13-Novembre : l’avocate de Salah Abdeslam attend le verdict "avec espoir et un peu d’inquiétude"

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Alors que la réclusion criminelle à perpétuité incompressible a été requise contre Salah Abdeslam, son avocate, Me Olivia Ronen, estime que les peine demandées à l'égard des quatorze accusés présents au procès des attentats du 13 novembre 2015 sont "assez démesurées".

"On attend avec espoir et un peu d’inquiétude le verdict", confie mercredi 29 juin sur franceinfo Me Olivia Ronen, l’avocate de Salah Abdeslam, dix mois après le début du procès des attentats du 13-Novembre. La peine la plus sévère, la réclusion criminelle à perpétuité incompressible, a été requise contre Salah Abdeslam, dernier membre en vie des commandos terroristes. Face à ces réquisitions, les avocats de Salah Abdeslam, Martin Vettes puis Olivia Ronen, ont insisté sur l'évolution de Salah Abdeslam, plus de six ans et demi après les attentats et après de longs mois d'audience au cours desquels l'accusé principal du procès a montré un visage ambivalent.

franceinfo : Le verdict du procès des attentats du 13-Novembre doit être rendu, après dix mois d'un procès hors-norme. Qu'attendez-vous de la cour ?

Me Olivia Ronen : On attend avec espoir et un peu d'inquiétude parce que les réquisitions ont été longues, que les peines demandées sont assez démesurées. [La réclusion criminelle à perpétuité avec une période de sûreté incompressible, qui rend infime toute possibilité de libération, a été requise par l'accusation.] Je sais que ce n'est pas toujours simple à entendre quand on parle de réquisition démesurée, parce qu'on imagine que Salah Abeslam doit prendre la pire peine. Mais cette perpétuité incompressible se fonde sur une seule des qualifications qui est la tentative d'homicide sur personne dépositaire de l'autorité publique, concernant des tirs sur des policiers au Bataclan. Mais Salah Abdeslam n'était pas au Bataclan. C'est sur un raisonnement qui est tiré par les cheveux que le parquet l'a rattaché à cela en considérant que les membres du commando étaient interchangeables.

Estimez-vous que Salah Abdeslam peut-être condamné pour ce qu'il n'a pas fait mais que les kamikazes ont fait ?

C'est exactement le raisonnement du parquet. Il dit : on sait que vous n'y étiez pas. On sait que vous n'étiez pas au Bataclan, que vous n'avez pas tiré sur des policiers, que vous n'avez pas tenu une arme, mais vous auriez pu et nous n'avons pas les auteurs. La vraie question qu'on peut se poser, c'est à quelle peine on aurait pu condamner les auteurs si on les avait attrapés vivants.

Pourtant, c'est bien Salah Adbeslam qui a déposé les kamikazes devant le Stade de France et qui a enfilé un gilet d'explosifs.

Absolument. C'est lui qui l'enfile et c'est lui qui renonce par la suite comme il l'a expliqué au cours de ce procès. La défense de Salah Abdeslam n'est pas de dire qu'il n'a rien fait, qu'il n'a rien à voir avec tout ça. Ce n'est pas l'idée que nous avons défendue. Ce que nous avons voulu dire, c'est qu'il a fait des choses pour lesquelles il doit être condamné. Il va être condamné lourdement, on le sait et on le comprend et on l'assume. Mais il faut que la cour d'assises sache faire la part des choses et se dise que ce n'est pas parce qu'on est dans le dossier du 13-Novembre, qu'il y a eu le retentissement qu'on connaît et qui nous émeut encore beaucoup, qu'on doit juridiquement faire des choses qui sont très compliquées, faire des montages juridiques qui ne justifient pas une peine comme celle-ci.

Salah Abdeslam s'est présenté lui-même, le premier jour de ce procès, comme "un combattant de l'Etat islamique". N'a-t-il pas prononcé son propre réquisitoire ?

Cela aurait été simple s'il pouvait se définir le premier jour du procès. On a eu la chance d'avoir un procès de dix mois. Au départ j'étais sceptique, je me demandais ce que ça allait donner mais cela a été une grande chance. On a pu étudier en détail les faits constitutifs du dossier et voir une vraie évolution dans le comportement de Salah Abdeslam.

Est-il sincère ?

Je ne vais pas prendre ce que moi je pense, mais me référer à ce qui a été dit à la barre par deux experts psychiatres reconnus, qui ont expertisé tout un tas de grands criminels dans les dix dernières années. Ils ont dit que ce n'était pas un psychopathe ni un fou dangereux, mais que c'est quelqu'un qui a un moment n'avait plus qu'une posture à adopter, celle du soldat de l'Etat islamique. Potentiellement, cette armure qu'il a pu revêtir et se constituer pendant six ans se fendille. C'est un psychiatre qui nous l'a dit. Cette armure arrive à s'ouvrir, potentiellement au risque d'un effondrement parce que c'est très dur psychiquement à vivre. Je ne cherche pas à attirer la compréhension, je veux juste qu'on puisse s'imaginer qu'il y a un risque d'effondrement qui a été pointé du doigt par ces experts.

Quand Salah Abdeslam s'est excusé, ce sont bien ses mots ?

C'est un principe en tant qu'avocat : on ne met nos mots dans la bouche de ceux qu'on assiste. On est là pour conseiller et dire ce qui serait le mieux. Il est vrai qu'on a toujours eu à cœur de faire que celui-ci s'exprime comme il le souhaite au sein de son procès. C'est comme ça qu'au départ, il se présente comme "soldat de l'Etat islamique", parce que c'est ce qu'il avait envie de dire, et que le 15 avril, en larmes, il demande pardon aux victimes, il présente ses condoléances, il présente ses excuses. Il y a énormément de sincérité. Je ne force pas les gens à faire les choses. S'ils veulent les faire, ils les font.

Pensez-vous que ce procès va faire avancer les choses ?

Cette audience a permis d'analyser beaucoup de choses. On a compris pas mal de raisons qui font qu'on bascule. Ce n'était pas toujours simple à aborder, ce procès, parce qu'on a le même âge, que ces attentats on les a pris de plein fouet, qu'on a eu des dépositions de victimes pendant un mois à un mois et demi qui ont été très difficiles, parce qu'on était pris par cette souffrance qui nous était exposée. Mais le but du procès, c'est aussi de comprendre pour juger au mieux et arriver à délimiter les responsabilités de chacun, faire que ça n'arrive plus. J'espère que les magistrats arriveront à comprendre ce qui s'est passé et arriverons à appliquer au mieux le droit pour avoir la décision la plus juste possible.

Salah Abdeslam acceptera-t-il la décision quelle qu'elle soit ?

C'est un justiciable comme les autres. Il s'y est préparé. Comme tout justiciable, il sait qu'il y a une voie d'appel qui est offerte si toutefois la décision ne lui convient pas.

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