Sécurité intérieure : "On constate une montée de la radicalité en général", déclare le directeur de la DGSI

"Un certain nombre d'individus se convainc que seul le recours à la violence est légitime et utile pour porter une idée et défendre une cause", déplore Nicolas Lerner. La DGSI a lancé son site internet, notamment en vue de recruter.

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Radio France
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Nicolas Lerner, directeur général de la DGSI, le 31 août 2020. (THOMAS PADILLA / MAXPPP)

"On constate une montée de la radicalité en général", déclare mercredi 7 juillet sur franceinfo le directeur général de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), Nicolas Lerner. Il déplore "une montée de projets clandestins" portés par l'ultra droite et l'ultra gauche. "Un certain nombre d'individus se convainc que seul le recours à la violence est légitime et utile pour porter une idée et défendre une cause". Le terrorisme islamiste reste toutefois, selon lui, la première menace "de plus en plus complexe" en France. La DGSI prépare également l'élection présidentielle de 2022 en France, avec un risque d'ingérence étrangère. Face à toutes ces menaces, le service de renseignement recrute et a lancé mardi un site internet "pour mieux faire connaître" ses activités.

franceinfo : la DGSI est astreinte au secret défense et pourtant, vous lancez aujourd'hui un site internet et vous cherchez à recruter…

Nicolas Lerner : Nous avons décidé, il y a maintenant pratiquement un an, de lancer le premier site internet de la DGSI avec quatre objectifs. D'abord, celui de mieux faire connaître les activités de renseignement en France qui suscitent beaucoup de fantasmes et de questionnements. Le deuxième objectif est valoriser l'action quotidienne des agents de la DGSI qui travaillent dans l'ombre. Par exemple, il faut le savoir, c'est la DGSI qui a été à l'initiative de 57 des 65 attentats déjoués depuis 2013 en France. Le troisième objectif, en effet, est de recruter dans le cadre du plan de renfort très significatif décidé par le président la République. La DGSI recrute chaque année entre 500 et 600 personnes. C'est colossal. Enfin, le dernier objectif de ce site, c'est de permettre à toutes celles et ceux qui ont vocation à rentrer en contact avec la DGSI, notamment pour signaler ce qui leur semble devoir être signalé.

Quels profils recherchez-vous pour vos futures recrues ?

Ce sont en réalité plus de 150 métiers dont nous avons besoin. Des techniciens, des informaticiens, des spécialistes du cyber, des analystes, des traducteurs... La palette est extrêmement large.

"Plus que le métier, plus que la qualification, c'est l'état d'esprit, la volonté de servir son pays et de servir un service de renseignement que nous recherchons."

Nicolas Lerner, directeur général de la DGSI

à franceinfo

Le terrorisme islamiste reste-t-il la première menace qui touche la France ?

Absolument. Au cours de ces 18 derniers mois, notre pays a été touché à sept reprises par le terrorisme islamiste. Dans le même temps, les services ont déjoué cinq projets d'action violente. Le nombre de personnes qui restent suivies pour radicalisation par les différents services approche aujourd'hui les 7 500. La menace à laquelle nous sommes soumis est évolutive et de plus en plus complexe. Aux menaces traditionnellement portées par les organisations terroristes, s'est ajoutée depuis maintenant plusieurs mois en France la menace portée par des individus plus isolés.

"Les neuf derniers attentats commis sur le territoire national l'ont été par des individus inconnus. Ce sont des gens qui sont très perméables à toutes les théories, plus ou moins explicites, qui font de la France une terre ennemie de l'islam."

Nicolas Lerner

à franceinfo

Certains sont des profils avec un attrait très fort pour la violence. D'autres souffrent de troubles psychologiques ou psychiatriques, ce qui nécessite d'ailleurs que les services de renseignement travaillent de manière plus étroite avec la communauté médicale sur le suivi de ces profils.

Est-ce que la période anxiogène que nous traversons peut pousser des personnes, que ce soit des islamistes ou des complotistes, à passer à l'acte ?

Bien sûr. Depuis quelques mois en France, on constate une montée de la radicalité en général et des différentes formes de radicalité. La DGSI ne s'intéresse pas aux courants politiques ou aux courants d'idées, bien évidemment. Néanmoins, ce que nous constatons, c'est qu'aujourd'hui, un certain nombre d'individus se convainc que seul le recours à la violence est légitime et utile pour porter une idée et défendre une cause. Depuis quelques années, on constate d'abord une montée de ces radicalités dans la rue, avec des troubles à l'ordre public à l'occasion de manifestations. Mais, c'est une tendance préoccupante, il y a également une montée de projets plus clandestins, dont certains, de par leur ampleur, de par leur gravité, ont été qualifiés par la justice de terroristes. Depuis quatre ans, sept projets d'actions violentes, émanant pour l'essentiel de l'ultra droite, mais également de l'ultra gauche, ont été déjoués par les services de renseignement.

À neuf mois de la présidentielle, vous avez aussi l'œil braqué sur cet événement avec un risque d'ingérence qui vient de l'étranger ?

En effet, nous sommes d'ailleurs déjà rentrés dans une forme de campagne électorale. J'ai commencé ma carrière il y a près de vingt ans au bureau des élections du ministère de l'Intérieur. Je retiens de ce passage le fait qu'un scrutin doit être régi par un grand principe qui est celui de la sincérité du vote et la sincérité du scrutin. Des expériences passées, à l'étranger mais également en France, montrent qu'un certain nombre de puissances étrangères peuvent avoir intérêt à interférer dans les opérations électorales d'un pays. Bien évidemment, les services de renseignement auront à être vigilants, dans un cadre extrêmement transparent qui est en cours de définition, de manière à s'assurer que ce scrutin se déroule de manière la plus sincère et sereine possible.

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