Sept personnes mises en examen à Lyon, soupçonnées d'être impliquées dans un trafic vaste d'armes de guerre entre les Balkans et la France

L'arrestation d'un homme en août 2023 avait lancé les enquêteurs de l'Office central de lutte contre le crime organisé sur la piste d'un trafic de dimension internationale.
Article rédigé par Aurélien Thirard
Radio France
Publié
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(Photo d'illustration). (NATHALIE COL / RADIO FRANCE)

Sept personnes sont mises en examen à Lyon, soupçonnées d'être impliquées dans un vaste trafic d'armes de guerre entre les Balkans et la France, a appris mercredi 12 juin franceinfo de source proche du dossier. Ces sept personnes, de nationalités française et bosnienne et âgées de 27 à 41 ans, ont été arrêtées en trois temps, entre août 2023, mars 2024 et ces derniers jours, ajoute cette source. Quatre de ces personnes sont placées en détention provisoire, les autres placées sous contrôle judiciaire.

Toutes ces personnes sont suspectées d'avoir, chacune à leur niveau, permis de transporter de nombreuses armes de guerre entre plusieurs pays des Balkans - Bosnie-Herzégovine, Serbie, Monténégro - et la Haute-Savoie. Une fois arrivées, les armes étaient disséminées dans la région lyonnaise. L'enquête est conduite par l'Office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO) et la police judiciaire de Lyon, sous l'autorité de la juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Lyon, confirme auprès de franceinfo le parquet de Lyon qui a ouvert une information judiciaire le 6 septembre 2023.

Près d'un an d'enquête

Selon les informations de franceinfo, l'enquête commence le 8 août 2023 lorsqu'un homme se fait arrêter à Aix-les-Bains (Savoie) après un refus d'obtempérer. Dans le coffre de sa voiture, les policiers découvrent des armes de guerre : une kalachnikov, des chargeurs, et aussi cinq grenades. Cet homme est placé en garde à vue, et mis en examen pour "détention, transport d'armes de guerre et association de malfaiteurs" en septembre 2023 après l'ouverture d'une information judiciaire. D'abord en charge de l'enquête, le parquet de Chambéry se dessaisit au profit de la JIRS de Lyon quelques jours plus tard.

Car entre-temps, les éléments recueillis par les policiers leur laissent penser que ces armes proviennent des Balkans et qu'ils ont affaire à un trafic international. C'est pourquoi l'OCLCO et la PJ de Haute-Savoie mènent désormais l'enquête. Commence alors un gros travail de téléphonie sur l'entourage de ce premier homme mis en cause. Commencent aussi des surveillances, pour connaître les trajets et les habitudes des trafiquants.

Des petites quantités acheminées par la route pour passer sous les radars

Les policiers se rendent compte ainsi que le trafic ne se fait que par voie routière, les armes de guerre sont dissimulées dans des caches dans des camions, ou dans les coffres de voitures, et à chaque fois en petites quantités pour passer sous les radars de la police. Car, indique une source proche de l'enquête, ce type de trafic n'est pas calqué sur le trafic de stupéfiants : la demande n'est pas à flux tendu et les risques encourus lors d'arrestations sont plus élevés. Ainsi, les trafiquants agissent de manière ponctuelle, en organisant quelques convois par an.

Finalement, l'enquête permet de montrer que les armes trouvent leur point de chute en Haute-Savoie, et un homme en particulier intéresse les enquêteurs. Il est considéré comme "un élément central" de ce trafic, en lien avec l'homme arrêté en août 2023. Cet homme, considéré comme l'organisateur du trafic, est finalement arrêté en Haute-Savoie le 17 mars 2024, en compagnie de deux femmes de sa famille, soupçonnées d'avoir un rôle logistique dans le trafic. Lors de la perquisition, les policiers découvrent huit kalachnikovs, un pistolet-mitrailleur avec chargeur et de nombreuses munitions. Cet homme est placé en détention provisoire, les deux femmes placées sous contrôle judiciaire.

Des armes revendues dix fois le prix

Une deuxième phase d'interpellations survient les 3 et 4 juin dernier, notamment en Isère et dans le Rhône. Quatre hommes sont alors interpellés : un malfrat de la région lyonnaise pris en flagrant délit en octobre 2023 en train d'acheter des armes. Un homme qui l'accompagnait lors de cet achat, un autre suspecté d'être un de ses complices et enfin un homme lui soupçonné d'être lié au trafiquant arrêté en mars.

Finalement, sept personnes sont mises en examen dans ce dossier, dont quatre sont placées en détention provisoire. Pour le commissaire divisionnaire Guillaume Maniglier, chef adjoint de l'Office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO), "cette affaire est révélatrice de la persistance de trafics d'armes de guerre issues des guerres de l'ex-Yougoslavie". Ce policier pointe "un phénomène connu", mais dont la persistance prouve que les stocks d'armes de guerre dans ces pays sont encore très importants. Selon une source proche du dossier, ces armes sont achetées sur place de 250 à 300 euros et revendues en France entre 2 500 et 3 500 euros pièce. Dans ce dossier, l'information judiciaire reste ouverte, les investigations se poursuivent notamment pour savoir si d'autres personnes sont impliquées.

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