Rixe mortelle à Angers : ce que l'on sait sur le drame qui a coûté la vie à trois personnes

L'homme de 32 ans soupçonné d'avoir tué trois jeunes gens, dont un mineur de 16 ans, à coups de couteau à Angers samedi, a été mis en examen dimanche soir et placé en détention.

Article rédigé par
Valentin Moylen - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 6 min.
Des fleurs sur les lieux du drame pour rentre hommages aux trois jeunes hommes tués à coups de couteau à Angers (Maine-et-Loire) (Josselin CLAIR/PHOTOPQR/LE COURRIER DE L'OUEST/)

Trois jeunes hommes, dont un mineur de 16 ans, ont été tués à coups de couteau dans la nuit du 15 au 16 juillet sur l’esplanade Cœur-de-Maine, dans le centre-ville d'Angers. Le suspect, un réfugié politique soudanais âgé de 32 ans, a été mis en examen dimanche soir et placé en détention, a annoncé le parquet dimanche.

>> Rixe mortelle à Angers : deux victimes étaient du SCO Angers Rugby, "l'émotion est très forte", réagit le président du club

Il a été mis en examen "conformément à la demande du parquet des chefs de meurtres aggravés par la commission, dans un temps proche, d'un ou plusieurs autres crimes", "tentatives de meurtres aggravés" et "agressions sexuelles", a précisé le procureur Éric Bouillard dans un communiqué. "Au cours de sa garde à vue comme devant le magistrat instructeur, il n'a pas fourni de véritables explications à ses actes, précisant simplement qu'il n'en avait pas souvenir en raison de son alcoolisation", selon le procureur.

Une rixe en trois temps

La thèse d'une rixe ayant mal tournée est privilégiée par les enquêteurs. Celle-ci a eu lieu en trois temps. À une heure du matin d'abord, la police intervient une première fois dans le secteur "Cœur de Maine", une esplanade à proximité du château d'Angers, à la suite d'un appel pour des jeunes filles importunées par le suspect, indique le procureur de la République, Éric Bouillard.



Quand la police arrive sur place, le suspect n'est plus là. Un peu plus tard, "il revient à nouveau et il est éconduit assez fermement par des membres du groupe", selon le magistrat. Le suspect va finalement revenir une troisième fois vers le groupe, muni, cette fois, d'un couteau. Il est alors près de trois heures du matin quand les policiers sont de nouveau appelés : ils découvrent alors les victimes, mais également une foule agressive. Les forces de l'ordre vont même essuyer des tirs de projectiles. Rapidement, les secours prennent en charge trois jeunes, âgés de 16, 18 et 20 ans, chacun victime d'un coup de couteau au thorax, tous en arrêt cardio-respiratoire. Ils n'ont pu être réanimés et décèdent rapidement, selon le magistrat. Eric Brouillard précise ne pas savoir si les trois jeunes gens tués sont ceux qui avaient éconduit l'homme un peu plus tôt dans la nuit. 

L'agresseur "s’est embrouillé avec une fille" et a "commencé à faire des attouchements sexuels", ont témoigné dimanche 17 juillet à Outre-mer 1ère deux cousins des deux victimes âgés de 18 et 20, originaires de Wallis-et-Futuna.Encore sous le choc, Toanisa Vakalepu, neveu d’Atama, l'une des victimes, raconte sa version de la soirée pour "mettre fin aux rumeurs".

"L’information qui circule comme quoi la personne a été importunée par la musique, ce n'est pas ça." Selon ce témoin, l'agresseur "n’était pas venu pour la musique. Il voulait embrouiller une autre personne et après s'en est pris à une jeune fille". Toanisa et ses amis lui ont alors "demandé de partir gentiment". A ce moment, l'homme s'est "décalé un petit peu, et il a vu une fille à côté, il s’est embrouillé avec, et c’est là où il a commencé à faire des attouchements sexuels".
La jeune fille a alors "commencé à crier". Atama et Manuolito sont intervenus pour la protéger. "On est solidaires et on ne veut pas voir ce genre d’acte", affirme Toanisa. "Les petits cousins avançaient. Le gars a eu le temps de sortir le couteau et passer à l’acte", raconte-t-il.

Concernant le lieu où se sont produits les faits, l'esplanade "Cœur de Maine", il s'agit d'un vaste espace de verdure récréatif, situé sur les bords de la rivière Maine, très fréquenté en ces jours de fortes chaleurs. La ville a annoncé samedi 16 juillet la "fermeture de l'esplanade le temps de l'enquête et du nécessaire recueillement".

Qui sont les trois victimes ? 

Les trois victimes, tous des hommes, étaient âgées de 16 ans, 18 ans et 20 ans et se prénommaient respectivement Ismaël, Manuolito et Atama. Les deux derniers, âgés de 18 et 20 ans sont frères et étaient des joueurs du club de rugby local, le SCO Rugby d'Angers en Fédéral 3. Ils étaient originaires de Wallis-et-Futuna, collectivité française d'outre-mer située dans le Pacifique-sud. 

"Ils ont fait l'école de rugby depuis 2012, quand ils avaient 9-10 ans jusqu'à 18 ans", explique le président du club Jean-Benoît Portier, ému à franceinfo. Atama et Manuolito n'avaient pas "repris leur licence" depuis la crise sanitaire mais étaient encore "régulièrement au club" et "venaient voir les matchs", selon le président du SCO Rugby, qui précise que "l'émotion est très forte."

Le club d'Angers a adressé sur Twitter ses condoléances à la famille des victimes et "à toute la communité Wallis". Le président du club a appelé au respect de la famille et à "la communauté wallisienne qui est très forte, très implantée et fait partie de l'ADN du club".

Patrick Larget, vice-président du club de rugby néo-calédonien de l’Union Rugby Club de Dumbéa a fait part de son émotion à Nouvelle-Calédonie Première. "J’ai échangé avec le club du SCO rapidement. Ils étaient tous anéantis par la nouvelle et nous, on est dans le même état vu les circonstances. On ne comprend pas ce qui a pu se passer. On a effectivement un lien particulier avec le SCO Angers Rugby parce qu’on vient de signer un jumelage avec eux et on a des joueurs qui sont partis cette année les rejoindre", a-t-il indiqué.

Par ailleurs, ils étaient les petits-cousins du pilier du XV de France et du Rugby Club Toulonnais, Emerick Setiano, formé au SCO d'Angers. "Horrible. Paix à vos âmes mes petits-cousins", a-t-il écrit dans une story Instagram.

Le suspect est un réfugié politique en situation régulière, déjà connu de la police

Appréhendé par des témoins du drame avant l'arrivée de la police, le suspect, âgé de 32 ans, a été roué de coups et blessé avant que la police n'intervienne. "La personne désignée comme étant l'auteur des coups de couteau" a d'abord été interpellée "par des personnes présentes" sur les lieux, subissant "alors des violences avant d'être prise en charge par la police municipale puis les secours", selon le communiqué du parquet. 

Hospitalisé, il a été ensuite été mis en examen dimanche soir et placé en détention. Le procureur de la République d'Angers a précisé samedi soir que le suspect "n'était pas gravement blessé", sans être en mesure de préciser s'il avait pu être entendu dans la journée. Selon les informations de franceinfo, l'homme est de nationalité soudanaise : il est en situation régulière sur le territoire et détient actuellement une carte de résident de 10 ans au titre de réfugié politique.

Il est défavorablement connu de services de police : si la justice ne l’a jamais condamné, affirme le procureur d'Angers, l’homme est inscrit au fichier des antécédents judiciaires, pour trois types de faits, une conduite en état d’ivresse, des violences et des dégradations. Au moment de son interpellation, l'homme a d'abord donné une fausse identité, avant que la sûreté départementale ne mette un nom sur lui. Mais il n'est encore pas possible de savoir si l'homme présentait avant le drame des problèmes psychiatriques ou s'il était suivi.

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