VRAI OU FAKE "Neuf Français sur dix ont une opinion favorable de la police et de la gendarmerie"... Pourquoi faut-il regarder les chiffres de Christophe Castaner avec prudence ?

Alors que Christophe Castaner était interrogé par le Sénat, il a déclaré que 85,3% des Français avaient une opinion positive des forces de l'ordre. D’ou viennent ces chiffres et peut-on s’y fier ? 

Un agent de police procède à la vérification des attestations de déplacement justifiant des trajets de plus de 100 km du domicile des conducteurs dans le cadre le prévention contre le Covid-19. Photo d\'illustartion.
Un agent de police procède à la vérification des attestations de déplacement justifiant des trajets de plus de 100 km du domicile des conducteurs dans le cadre le prévention contre le Covid-19. Photo d'illustartion. (R?MY PERRIN / MAXPPP)

Au lendemain des manifestations réclamant justice pour Adama Traoré, le mercredi 3 juin 2020, Christophe Castaner était interrogé par le Sénat. En réponse au sénateur Olivier Léonhardt, qui le questionnait sur les liens qu'entretiennent racisme, violence et police, le ministre a tenu à défendre les forces de l'Intérieur. Il a alors déclaré qu'une "récente enquête de l'université du Mont Blanc montre que 85% des 48 134 personnes interrogées ont une opinion positive ou très positive de la police nationale et de la gendarmerie.

Le ministre de l'Intérieur fait référence à l'Enquête nationale sur la qualité du lien entre population et force de l'Intérieur (EQP19). Celle-ci, commandée par le ministère, a été réalisée par le pôle enquête de l'Université Savoie Mont Blanc, en collaboration avec l'École nationale supérieure de police. Les institutions chargées de l'étude, qui n'a pas encore été publiée, confirment par ailleurs que 85% des Français ont une opinion positive des forces de l'ordre. La Cellule Vrai du Faux a tenu à en savoir plus et vous explique pourquoi il faut regarder ces chiffres avec précaution.

Parce que ce n'est pas 48 000 mais 12 000 répondants 

Bien que l'EQP19 n'ait pas encore été publiée, certains chiffres ont été confirmés à franceinfo par Stéphane Daubignard, co-directeur du pôle enquête de l'Université Savoie Mont Blanc. Le premier problème dans l’utilisation de ces données par Christophe Castaner, c’est que le ministre de l’Intérieur a utilisé le nombre d'inscrits à la place de celui des répondants.

S'il y a bien eu environ 48 000 personnes inscrites dans le cadre de cette enquête, seules 12 000 d'entre elles ont répondu, sont allées jusqu'au bout du questionnaire, et ont donc été prises en compte pour les calculs. Christophe Castaner a donc exagéré le nombre de répondants.

Parce que l'enquête porte sur l'année 2019

La phase d'enquête de l'étude s'est déroulée pendant l'année 2019. Utiliser ces chiffres est donc hors de propos lorsque Christophe Castaner les emploie dans le cadre des manifestations en soutien à la famille d'Adama Traoré. Stéphane Daubignard estime d'ailleurs qu'"il y a pu avoir une évolution de l'opinion depuis la récolte des résultats". Il précise également que l'enquête avait pour but de "mieux comprendre et d'améliorer le lien entre les citoyens et les forces de l'intérieur", et non pas de traiter du rapport entre racisme, violence et forces de l'ordre.

Parce qu'on peut douter de la représentativité des répondants

La récolte anonyme des résultats a suivi un procédé original : elle s'est basée sur le volontariat des participants. Pour ce faire 8 000 affiches ont été installées partout en France. Elles dirigeaient vers l'enquête via un QR code ou une adresse internet. Les lieux où les affiches étaient installées pourraient avoir un impact dans les résultats. Les forces de l'ordre ne sont pas perçues de la même manière partout sur le territoire. Le coordinateur de l'étude a d'ailleurs indiqué qu'il y a "des différences significatives dans les résultats en fonction des régions", sans pouvoir les communiquer "pour l'instant".

Par ailleurs, seuls ceux qui auront vu l'affiche et qui ont voulu participer ont répondu au questionnaire. Bien que les données de l'étude ne soient pour l'instant pas accessibles, le groupe de recherche affirme cependant qu'elles sont "représentatives, notamment au niveau statistique grâce à un échantillon de 12 000 personnes".