Fusillades au quartier des Moulins à Nice : "Le commissariat à cent mètres ne sert à rien" estime un commerçant

Après la nouvelle fusillade le 20 juillet dans le quartier des Moulins à Nice, la troisième en un mois, le Premier ministre est sur place ce samedi aux côtés de Gérald Darmanin et Eric Dupont-Moretti. 

Le quartier des Moulins, à Nice, théâtre de trois fusillades en un mois.
Le quartier des Moulins, à Nice, théâtre de trois fusillades en un mois. (YANN COATSALIOU / AFP)

Le thème de la sécurité est au coeur du déplacement du Premier ministre à Nice samedi 25 juillet. Jean Castex, accompagné du ministre de l'intérieur Gérald Darmanin et du Garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti, doit faire plusieurs annonces après trois fusillades, en moins d'un mois, dans le quartier des Moulins. La dernière, lundi 20 juillet, s'était déroulée en plein jour devant un supermarché

Un "problème de fond"

Cinq jours après cette tentative de règlement de comptes au calibre 9mm, c'est une journée ordinaire sur la dalle Martin Luther King. Devant le supermarché où la police a ramassé des dizaines de douilles, on se salue, des enfants jouent. Le principal point de deal du quartier est situé à deux rues de là, avec ses halls, ses guetteurs, ses vendeurs tranquillement assis sur des chaises dans les allées de la seule partie des Moulins qui n’a pas encore été rénovée. 

"Aucun habitant n’a été blessé cette fois” dit Eric, le pizzaiolo. Mais pour lui, ce n'est pas grâce à la police. "Le commissariat à cent mètres ne sert absolument à rien, déplore-t-il, parce que quand les gens demandent une intervention, ils ne viennent pas. Vous vous rendez compte qu'il a fallu ça pour que des politiques se manifestent... Sincèrement, je ne vois pas dans les semaines qui viennent pourquoi il y aurait un changement. C'est un problème de fond."

Des interventions de plus en plus difficiles

Le policier Nicolas Vincent, du syndicat Alliance, entend la critique. Il rappele aussi la réalité du trafic dans ce quartier pourtant classé "quartier de reconquête républicaine" depuis un an et demi. Et notamment l'organisation de plus en plus structurée des trafiquants.

Ils sont de plus en plus organisés, ils ne craignent plus la police, et ne craignent plus la justice lorsqu'ils se font arrêterNicolas Vincent, du syndicat Alliance Police nationaleà franceinfo

"Lorsqu'ils voient arriver un équipage de police, quel que soit l’équipage, il y a une organisation qui se met en place. Et la configuration des lieux fait qu’ils arrivent à fuir la police dès qu’ils les voient arriver."

Le risque de réponses uniquement répressives

Pour empêcher l'escalade des tensions, le préfet des Alpes-Maritimes a temporairement affecté sept patrouilles supplémentaires et une unité de CRS est descendue de Paris pour camper au bas des immeubles. "Ça ne fera pas tout, mais c'est nécessaire" reconnaît Philippe Danaé, éducateur pour l'association ADSAE 06 et qui travaille depuis dix ans dans le quartier. "Le besoin de sécurité pour une part importante de la population est indéniable et légitime. Et c'est en priorité à cela que l'on doit s'atteler à répondre" estime-t-il. 

Mon quotidien ce n'est pas des gens qui se tirent dessus, mon quotidien c’est des gens qui bataillent avec la vie.Philippe Danaé, éducateur pour l'association ADSAE 06 à franceinfo

"Et dans le lot, il y a des gens qui trafiquent, et dans les gens qui trafiquent, il y a des gens qui règlent des comptes", poursuit l'éducateur. A son niveau, Philippe Danaé avertit aussi le Premier ministre et les politiques qui s'intéressent soudain à son quartier sous l'angle répressif : "Une répression à laquelle ne serait pas attachée une politique de prévention, de culture, de communication, serait un grand leurre. Si on veut intervenir sur un bouillon de culture, il faut d’abord diagnostiquer pourquoi la culture est en train de bouillir."