Dix millions d'euros pour la police : "Un premier geste, mais il faut des actes", réagit le syndicat des commissaires

Deux jours après la mort d'un policier en intervention à Avignon, Jean Castex a promis un soutien financier pour sécuriser les commissariats. David Le Bars, secrétaire général du SCPN, attend surtout une réforme de "la chaîne pénale".

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Jean Castex rencontre des policiers à Beauvais (Oise), le 5 mars 2021. (LUDOVIC MARIN / AFP)

L'enveloppe de 10 millions d'euros annoncée par Jean Castex pour sécuriser les commissariats est "un premier geste", a admis vendredi sur franceinfo David Le Bars, secrétaire général du Syndicat des commissaires de la police nationale. Le Premier ministre était vendredi 7 mai dans un commissariat du Val-d'Oise, au surlendemain de la mort d'un policier en intervention à Avignon. Mais "tout ne va pas se régler en quelques jours, ni à coups de quelques millions d'euros", tempère le syndicaliste.

franceinfo : Les 10 millions d'euros débloqués pour sécuriser les commissariats, est-ce une preuve d'amour ?

David Le Bars : La déclaration d'amour, on est toujours heureux de l'entendre, notamment de la part du Premier ministre. Et bien évidemment que ce message-là, de la part du Premier ministre et de l'État, est important pour les policiers qui sont douloureusement touchés et meurtris.

Au-delà de ce message d'amour, il faut plus que des preuves d'amour. Il faut des actes.

David Le Bars

à franceinfo

Il y a eu une annonce ce matin, une enveloppe, un effort dont personne ne va se plaindre. Mais la tâche est immense et elle n'est pas la faute du gouvernement en place. Elle est un lent glissement du régalien qui n'a pas été suffisamment pris en compte dans une société qui s'est extrêmement durcie. On est tous conscients que tout ne va pas se régler en quelques jours, ni à coups de quelques millions d'euros. Mais il va falloir des décisions politiques courageuses. Et ce sera l'objet de l'entretien qu'on aura avec le Premier ministre et sans doute avec le ministre de l'Intérieur et le ministre de la Justice.

Est-ce que le problème est seulement dans la sécurisation des commissariats ?

Le problème est partout dans la police nationale. On est une institution dont j'ai souvent dit qu'elle était paupérisée. Des efforts doivent être faits partout, pour les locaux, pour les conditions d'accueil, pour les moyens, pour les policiers, pour se protéger. Donc, on verra comment c'est réparti. Nous n'avons pas le détail. Mais bien évidemment que ce n'est pas grand-chose, mais c'est un premier geste. Mais on est très au-delà de la nécessité financière. On a aujourd'hui une chaîne pénale qui est en incapacité de traiter le spectre haut de la délinquance.

On est sur un problème d'application des peines. On est sur un problème de la sévérité de la chaîne pénale.

David Le Bars

à franceinfo

Et ce sont ces problèmes-là que l'on pourra voir avec le Premier ministre. De sa fonction, il pourra lui-même, avec son ministre de l'Intérieur et le ministre de la Justice, comprendre le besoin qu'ont les policiers d'être entendus et le besoin d'actions politiques afin de faire changer tout cela.

Ces questions ne font pas partie des sujets abordés au Beauvau de la sécurité ?

Le Beauvau de la sécurité aborde beaucoup de thèmes qui eux-mêmes ont été abordés pour certains dans le livre blanc de la sécurité intérieure. A un moment, c'est bien de réfléchir. Il faut continuer de réfléchir. Mais une table ronde avec la justice de trois heures sur un Beauvau de la sécurité ne réglera pas 30 ou 40 ans d'une chaîne pénale qui commence à se fissurer. Il faut qu'on développe toutes les idées qui peuvent permettre à la société de se protéger, et de protéger ceux qui vont protéger la société. Pour cela, il va falloir des décisions politiques courageuses et il ne va pas falloir reporter sur un éventuel quinquennat. Il va falloir prendre des décisions dès maintenant.

Quels sont les actes forts que vous demandez ?

Je vais vous donner deux ou trois exemples. En France, on a aujourd'hui un système dont tout le monde peut convenir, qui est une automaticité pour des remises de peine, pour des aménagements. Il y a de l'automaticité qui vise à ne pas mettre les gens en prison. En revanche, à l'inverse, il n'y a pas d'automaticité pour des crimes atroces. Je vais vous prendre deux exemples d'actualité.

Quelqu'un qui est multi réitérant et qui fait un féminicide devrait être sous le coup d'une automaticité tout comme quelqu'un qui s'en prend à la vie d'un policier.

David Le Bars

à franceinfo

Il faut regarder les gens sur lesquels on doit mettre la priorité pour les écarter de la société. Et c'est ces sujets-là que l'on veut traiter. Et ça, c'est un sujet politique. C'est un sujet législatif. C'est un sujet qui fait que la société au complet doit donner une protection à l'ensemble de ses concitoyens et à ceux qui sont censés les protéger.

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