VIDÉO. "Société de vigilance" contre l'islamisme : Emmanuel Macron est "dans la surenchère", critique l'islamologue Rachid Benzine

L'écrivain Rachid Benzine, islamologue et chercheur associé au Fonds Paul Ricœur, invité de franceinfo ce mardi, réagit au discours d'Emmanuel Macron à la préfecture de police de Paris.

FRANCEINFO / RADIO FRANCE

En affirmant, lors de son discours à la préfecture de police mardi, souhaiter "bâtir" une "société de vigilance" pour combattre l'islamisme, Emmanuel Macron est "dans la surenchère" et ne cherche pas à "apaiser" la situation, estime l'écrivain Rachid Benzine, islamologue et chercheur associé au Fonds Paul Ricœur, invité de franceinfo ce mardi. Selon lui, la "frontière" risque d'être "ténue" entre "cette idée de la société de la vigilance" et celle de "la société de la suspicion et de la délation".

franceinfo : Dans son discours à la préfecture de police de Paris, lundi, Emmanuel Macron a parlé d'"hydre islamiste". Est-ce la bonne métaphore pour décrire le danger qui nous menace ?

Rachid Benzine : En tout cas, c'est une bonne métaphore pour tenter de décrire une situation qui est complexe, parce qu'il y a mille et un visages de l'islamisme. Ce que l'on peut regretter au niveau de la parole du président de la République, c'est qu'il n'aille pas jusqu'au bout. Nous sommes un peu hypocrites : à la fois nous dénonçons le salafisme et les Frères musulmans, et en même temps nous allons en Arabie Saoudite pour des questions financières et économiques. Il y a un discours paradoxal qui ne me paraît pas très clair là-dessus. Et ensuite, il ne va pas jusqu'au bout, me semble-t-il, quand il dit : "Nous faisons confiance aux Français de confession musulmane." C'est là où, à mon avis, la frontière devient beaucoup plus ténue entre cette idée de la société de la vigilance et la société de la suspicion et de la délation.

Où met-on la frontière, justement ? Emmanuel Macron a souligné la nécessité de "bâtir une société de vigilance"…

À mon avis, c'est une expression malheureuse. Ce discours aurait pu être dit par Marine Le Pen. Les mots comptent, les mots créent des ruptures. Et même si [Emmanuel Macron] ne le veut pas, dans la manière dont il articule son discours, il est en train de montrer du doigt une partie de cette population qui est musulmane et on est en train de la jeter dans les bras de l'islamisme. On est dans une espèce de surenchère, on ne cherche pas à apaiser. Dans la conscience des gens, si tout musulman qui prie va devenir quelque part suspect, on est vraiment dans une société où on va développer le maccarthysme, la chasse aux sorcières. Et à mon avis, on est en train de jouer à un jeu dangereux.

L'auteur de l'attaque à la préfecture de police, Mickaël Harpon, a fréquenté un imam soupçonné de radicalisation. Est-ce que cela pose, une fois encore, la question de l'organisation de l'islam de France ?

Absolument, cela pose véritablement cette question. Mais, là aussi, il y a une hypocrisie parce que nous avons des responsables musulmans qui, d'un côté, critiquent le salafisme et les Frères musulmans et qui, de l'autre, pour financer des mosquées n'hésitent pas à aller au Qatar et en Arabie Saoudite pour obtenir des fonds. Là aussi, il faut que ce soit clair et c'est aux musulmans de faire ce travail critique, à l'intérieur, pour essayer de travailler sur cet islam qui est dévoyé.

Rachid Benzine, islamologue et chercheur associé au Fonds Paul Ricœur, invité de franceinfo mardi 9 octobre.
Rachid Benzine, islamologue et chercheur associé au Fonds Paul Ricœur, invité de franceinfo mardi 9 octobre. (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)