Tuerie de Chevaline : ADN, absence d'indices... ces éléments qui disculpent l'ex-policier arrêté

Selon le procureur d'Annecy, l'énigme "n'est pas élucidée". Et à défaut de pouvoir relier leur suspect à la tuerie, les enquêteurs soupçonnent l'ancien policier municipal interpellé d'être un trafiquant d'armes.

Des gendarmes perquisitionnent une maison à Talloires (Haute-Savoie) le 18 février 2014 après l\'arrestation d\'un suspect dans l\'enquête sur la tuerie de Chevaline.
Des gendarmes perquisitionnent une maison à Talloires (Haute-Savoie) le 18 février 2014 après l'arrestation d'un suspect dans l'enquête sur la tuerie de Chevaline. (JEAN-PIERRE CLATOT / AFP)

Un suspect qui l'est de moins en moins. L'homme arrêté mardi 18 février dans le cadre de l'enquête sur la tuerie de Chevaline était toujours en garde à vue mercredi en fin de journée. Mais l'affaire "n'est pas élucidée", a annoncé le procureur de la République d'Annecy, Eric Maillaud. Car, explique le magistrat, "rien ne permet de dire qu'on a peut-être le meurtrier" du quadruple meurtre, commis le 5 septembre 2012 en Haute-Savoie. Le procureur a même jugé "abusif de parler de suspect". Voici pourquoi.

Son ADN ne correspond pas

L'ADN de l'ancien policier municipal de Menthon-Saint-Bernard interpellé mardi ne correspond pas aux profils retrouvés sur la scène de crime et non identifiés jusqu'à présent. Une source proche de l'enquête a indiqué que son ADN n'avait pas "matché" [ne correspondait pas]. Cette information a été confirmée par le procureur d'Annecy.

 

Un homme indique, vendredi 7 septembre 2012, le lieu où les quatre victimes de la tuerie de Chevaline (Haute-Savoie) ont été découvertes.
Un homme indique, vendredi 7 septembre 2012, le lieu où les quatre victimes de la tuerie de Chevaline (Haute-Savoie) ont été découvertes. (PHILIPPE DESMAZES / AFP)

"Aucun lien" entre le suspect et les victimes

"Aucun lien" n'a été établi à ce stade entre l'homme de 48 ans et les différentes victimes, a indiqué le procureur d'Annecy. Une source judiciaire soulignait dès mercredi matin qu'"à cette heure, il n'y avait pas de lien évident avec [la tuerie de] Chevaline".

Rien ne relie donc, à ce stade de l'enquête, cet ancien policier municipal, père de trois enfants, décrit par les enquêteurs comme un "montagnard taiseux", "amateur d'armes" et collectionneur, aux quatre victimes. Le Britannique Saad al-Hilli, 50 ans, sa femme de 47 ans et sa belle-mère de 74 ans, retrouvés morts dans leur voiture. Et le cycliste français, Sylvain Mollier, 45 ans, également abattu sur cette petite route forestière proche du village de Chevaline (Haute-Savoie).

Pas d'indices probants

Le magistrat a confirmé que l'homme entendu ressemblait au portrait-robot du motard que des témoins ont aperçu à proximité de la scène de crime. Il a cependant insisté sur le fait que les enquêteurs n'avaient pas trouvé pour l'instant d'indices probants.
"On n'a pas trouvé l'arme, on a pas trouvé de casque, ni de moto ressemblants", a résumé Eric Maillaud.

Un scooter et deux casques ont bien été retrouvés lors des perquisitions, mais ils ne correspondent pas à ceux recherchés. De même, le Luger découvert parmi les nombreuses armes de collection de l'homme entendu n'est pas du même calibre que celui utilisé pour les meurtres. En outre, celui du suspect - un P8 - a été fabriqué en Allemagne, et celui du tueur - un P6 - en Suisse.

 

Perquisition à Talloires (Haute-Savoie), le 18 février 2014, après l\'arrestation d\'un suspect dans l\'enquête sur la tuerie de Chevaline.
Perquisition à Talloires (Haute-Savoie), le 18 février 2014, après l'arrestation d'un suspect dans l'enquête sur la tuerie de Chevaline. ( MAXPPP)

Une perquisition a également été menée, mardi, dans une résidence secondaire du suspect à Neuvy-Saint-Sépulchre (Indre), sur commission rogatoire du juge d'instruction d'Annecy. Elle a duré cinq heures. Le déploiement important de gendarmes et d'enquêteurs n'était pas passé inaperçu dans ce petit village berrichon. Un scooter a été saisi. Mais le procureur de Châteauroux, Christian Mercuri, qui la révèle, mercredi soir, n'a pas donné plus de précision sur le résultat de la perquisition.

Un trafiquant d'armes présumé 

Compte tenu de ces éléments, le procureur a déclaré qu'il était "peu envisageable" que l'ancien policier soit mis en examen dans le cadre de la tuerie de Chevaline.

Mais il a ajouté que l'homme restait passible de 10 ans de prison pour "trafic d'armes". Un important stock d'armes et de munitions a en effet été trouvé à son domicile.

Après la découverte de cet arsenal, l'un de ses amis, passionné d'armes comme lui, a également été placé en garde à vue, mardi soir. Mais là encore sans lien direct avec les quatre meurtres. Le procureur de la République d'Annecy a annoncé qu'"il y aurait de toute façon d'autres interpellations", avant de conclure : "Il faut que l'enquête se poursuive."

APTN