Entre "envie de hurler" et volonté de "ne pas se laisser faire", témoignages au cœur de la marche pour Mireille Knoll

Au-delà des crispations autour de la présence de Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, la marche, mercredi, en mémoire de Mireille Knoll, tuée à Paris, s’est déroulée dans le calme, entre colère, recueillement et détermination.

La marche blanche organisée mercredi 28 mars à Paris, en mémoire de Mireille Knoll.
La marche blanche organisée mercredi 28 mars à Paris, en mémoire de Mireille Knoll. (MAXPPP)

Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées mercredi 28 mars à Paris en mémoire de l'octogénaire juive, Mireille Knoll, tuée vendredi, chez elle, dans le 11e arrondissement. Au-delà des tensions liées à la présence de Marine Le Pen et Jean Luc Mélenchon, qui ont dû quitter le cortège sous les huées, la marche s’est déroulée dans le calme entre colère et recueillement. 

Un sentiment de peur

La marche s’est terminée devant l’immeuble où Mireille Knoll habitait. Une habitante du quartier est en colère. "C’est quoi ce pays où tue les juifs et on ne dit rien ?", s’exclame Martine, âgée de 55 ans. "Marche silencieuse, marche blanche, mais on a juste envie de hurler", poursuit-elle citant le meurtre d’Ilan Halimi en 2006, puis celui de Sara Halimi en 2017. "Aujourd’hui, Mireille Knoll. Jusqu’où, jusqu’à quand ?", s’interroge-t-elle. Dans le 11e arrondissement de Paris qui a connu l’attaque de Charlie Hebdo, l’attentat du Bataclan, le meurtre de Sarah Halimi, Renée 82 ans, une amie de Mireille Knoll, indique ne plus porter son pendentif en étoile de David. Sa famille l’en a dissuadée. "Mon petit-fils m’a dit que je tenais vraiment à recevoir une paire de claques. Comme je ne peux plus courir vite, j’ai retiré mon étoile", confie-t-elle. Ça m’a embêtée, parce que je n’ai jamais eu honte de ce que j’étais, mais je ne voulais pas avoir de problèmes."

Ne pas plier et contrer les préjugés

Appuyé sur sa canne, Jean-Pierre Cohen a tenu à bien mettre en évidence son étoile de David accrochée à sa veste, l’étoile jaune que lui avait attribuée le régime de Vichy quand il était enfant.

Dans une circonstance comme celle-là, je pense qu’il est utile de s’affirmer comme Juif, comme Français, comme citoyen du monde. C’est surtout une lutte contre la barbarie.Jean-Pierre Cohen, participant à la marche pour Mireille Knollà franceinfo

"Ce qui est arrivé à cette pauvre femme est une catastrophe et ça peut toujours recommencer. Il ne faut pas se laisser faire", poursuit Jean-Pierre Cohen.

Ne pas plier passe notamment par la lutte contre les préjugés. Fabien, membre de l’association Coexist fait de la prévention dans les collèges et les lycées. Il en démontre la nécessité. "On entend encore régulièrement des choses contre les Juifs en milieu scolaire", témoigne-t-il. "Les Juifs sont très riches, contrôlent le monde, cite-t-il, parmi les préjugés entendus, ajoutant l’association automatique entre Juifs et Israël, une exportation du conflit israélo-palestinien." Fabien redoute que le message de vivre-ensemble porté par le rassemblement soit atténué par la controverse sur l’éviction de Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Ce sentiment est partagé par Anne. "Il est dommage qu’il n’y ait pas de différenciation entre quelqu’un dont le père, fondamentalement antisémite, vient d’être condamné et Mélenchon qui a un regard sur le sort des Palestiniens. Cela n’a aucun rapport", dit-elle.

Ce qu’espèrent surtout les manifestants, c’est que cette marche ne connaisse pas le même sort que les précédentes, de fugaces prises de conscience collective qui n’ont pas empêché de nouveaux actes antisémites.

Témoignages au cœur de la marche en mémoire de Mireille Knoll - un reportage de Jérôme Jadot
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