Mort de Clément Méric : Ayrault veut "tailler en pièces" les mouvements violents

L'ensemble de la classe politique s'est ému de l'agression mortelle du jeune homme par des militants d'extrême droite, mercredi soir à Paris.

La police sécurise le lieu où un jeune militant d\'extrême gauche a été agressé, mercredi 5 juin 2013 à Paris. 
La police sécurise le lieu où un jeune militant d'extrême gauche a été agressé, mercredi 5 juin 2013 à Paris.  (BERTRAND GUAY / AFP)

"Un acte odieux", selon les mots du chef de l'Etat. François Hollande a condamné "avec la plus grande fermeté" l'agression mortelle de Clément Méric, jeudi 6 juin. Ce militant d'extrême gauche et étudiant à Sciences Po est mort des suites de ses blessures après son agression par des skinheads, mercredi à Paris. Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a assuré vouloir "tailler en pièces, de façon démocratique, sur la base du droit, ces mouvements d'inspiration fasciste", devant le Sénat. Une réponse qui résume à elle seule une volonté partagée de dissoudre les groupes extrémistes.

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La classe politique unanime

De la gauche radicale... Les sympathisants du Parti de gauche, dont la victime était proche, sont sous le choc. Le parti de Jean-Luc Mélenchon a indiqué qu'il exigeait également "la dissolution des groupes d'extrême droite qui multiplient les actes de violence à Paris et à travers le pays depuis plusieurs semaines". Clémentine Autain, membre du Front de gauche, a exprimé sa stupéfaction sur Twitter. 

Jean-Luc Mélenchon a jugé jeudi sur son blog que "la violence sauvage qui a assassiné Clément Méric n'est pas fortuite" et a mis en cause "une culture méthodiquement inculquée et entretenue par des groupes d'extrême droite", liés selon lui au Front national.

... à la gauche... Jeudi matin, le Sénat "meurtri" a dénoncé unanimement cet "assassinat abominable", à l'ouverture de la séance. Les représentants de tous les groupes politiques ont pris la parole pour exprimer leur émotion. Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, a expliqué dans un communiqué avoir appris "avec horreur" l'agression. L'eurodéputée Eva Joly s'est elle dit "choquée" et a alerté sur les rapprochements faits entre extrême gauche et extrême droite. 

Le Parti socialiste a réagi, par la voix d'Harlem Désir. Le premier secrétaire condamne une "agression lâche et violente", y voyant un "ignoble crime de haine". "C'est toute la République qui est meurtrie lorsqu'un jeune homme est lynché, en pleine rue, par des individus aux méthodes fascisantes", écrit le responsable socialiste. Sur Twitter, la ministre du Logement, Cécile Duflot, a elle aussi exprimé son émotion.

Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, qui s'est rendu sur le lieu de l'agression, a également réagi. "Ce sont nos valeurs et le pacte républicain qui sont en cause. Il n'y a pas de place pour les groupuscules d'extrême droite qui ont pour ennemi la République, il n'y a pas de place pour la violence politique", a-t-il dit, tout en se défendant d'amalgame.

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... en passant par la droite... Dans un communiqué, Jean-François Copé, président de l'UMP, a "condamné avec la plus grande force l'agression barbare dont a été victime un jeune homme de 18 ans en plein Paris". "Toute la lumière devra être faite sur ce crime atroce dont les auteurs devront être poursuivis par la justice".

En condamnant elle aussi un "acte barbare", Nathalie Kosciusko-Morizet a adressé ses pensées aux parents et proches de Clément Méric, "quelles que soient nos divergences". La députée de l'Essonne a dénoncé "la violence dans les actes comme la violence dans les mots, instillés dans les discours, camouflés derrière des revendications identitaires, la violence du rejet des différences, la violence qui fait de la controverse politique un exercice de haine". "Cette violence est un cancer pour la démocratie", a-t-elle déploré.

... et jusqu'à l'extrême droite Alors que le ministre de l'Intérieur a indiqué que cette agression "port[ait] la marque de l'extrême droite", Marine Le Pen, présidente du Front national, a elle assuré jeudi sur RTL que son parti n'avait "aucun rapport, ni de près ni de loin" avec la mort "épouvantable" du jeune militant d'extrême gauche.

Vive émotion sur les réseaux sociaux

L'état désespéré du jeune homme, déclaré en mort cérébrale avant que son décès soit prononcé jeudi en fin d'après-midi, a ému de nombreux internautes, dont des camarades de la victime qui se sont exprimés sur Twitter. 

Les messages agrémentés des hashtags #Clémentméric et #nopasaran, expression devenue le symbole de la résistance antifasciste, se trouvaient parmi les trois mots-clés les plus usités jeudi dans la matinée. Nombre de messages ont reproché aux opposants au mariage pour tous d'avoir participé au climat actuel de violence. Une opinion reprise par l'homme d'affaires Pierre Bergé, qui a suscité la colère du collectif La Manif pour tous. Enfin, sur Facebook, une page a été créée pour rendre hommage à Clément Méric.  

Appels aux rassemblements

Trois rassemblements étaient attendus jeudi à Paris. Ses camarades sont réunis, jeudi à 12 heures, devant les locaux de Sciences Po Paris afin de rendre hommage à l'étudiant. 

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Un rassemblement sur les lieux de l'agression était également annoncé pour la fin d'après-midi. Mais la plus grosse mobilisation était attendue à 18h30, place Saint-Michel, à l'appel du Parti de gauche, coprésidé par Jean-Luc Mélenchon. Ses rangs devaient être très garnis puisque Harlem Désir a appelé les sympathisants PS à y participer.

En province, plus d'une vingtaine de manifestations étaient prévues pour la fin d'après-midi, de Bordeaux à Lyon, en passant par Dijon, Lille ou Montpellier. Le site Politis compile toutes les rassemblements.