Meurtre de Lola : la récupération politique de "l'extrême droite" est "sordide" et "d'une indécence totale", s'indigne SOS Racisme

Dominique Sopo s'indigne des propos tenus par certains politiques, notamment de droite et d'extrême droite, sur le meurtre de Lola dont le corps a été retrouvé dans une malle vendredi à Paris.

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Radio France
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Dominique Sopo, président de SOS Racisme, prononce un discours à Paris, le 4 septembre 2020. (THOMAS SAMSON / AFP)

La récupération politique du meurtre de Lola, une collégienne de 12 ans, par "l'extrême droite" est "d'une indécence totale", s'est indigné mercredi 19 octobre sur franceinfo Dominique Sopo, président de SOS Racisme, alors que mardi, lors des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, le député LR Éric Pauget et la députée RN Marine Le Pen ont interpellé le gouvernement, l'accusant d'avoir une part de responsabilité dans ce meurtre du fait de "son laxisme" en matière migratoire. "C'est assez sordide de la part de l'extrême droite", martèle Dominique Sopo qui pointe aussi la réaction d'"une partie de la droite". Il fustige également Gérald Darmanin qui a "entretenu" depuis des semaines "le lien entre l'immigration et la délinquance".

franceinfo : Que vous inspire les propos de la droite et l'extrême droite sur cette affaire ?

Dominique Sopo : Les propos sont évidemment d'une indécence totale. Cela a d'ailleurs amené les parents de Lola à demander qu'il n'y ait pas de récupération politique. En réalité, lorsque l'on est face à un crime tout à fait abominable, sordide, on pense d'abord à exprimer une compassion vis-à-vis de la famille.

"Je constate que toute une partie de l'arc politique ne voit pas le meurtre d'une jeune fille et une famille à l'égard de laquelle il faut faire preuve de compassion, mais voit une opportunité politique pour, en réalité, développer un argumentaire raciste assez évident, assez grossier."

Dominique Sopo, président de SOS Racisme

à franceinfo

Cela consiste à dire, regardez, ce sont les Blancs ou les Français qui sont victimes de crimes de la part des étrangers ou des gens qui ne seraient pas Français de lointaine ascendance. Ici, on voit bien qu'il n'y a pas de ce que l'on sait de mobile qui serait un mobile raciste. Sauf à ce que l'extrême droite ait des choses à dire sur le sujet. Peut-être qu'ils en savent plus que la justice et les enquêteurs. Et par ailleurs, cela procède par effet de généralisation. Puisque c'est une personne immigrée et en situation irrégulière qui a fait le crime, cela veut dire qu'il y a un problème avec l'immigration et avec ceux qui seraient en situation irrégulière. C'est assez sordide de la part de l'extrême droite.

Ce qu'il y a d'inquiétant, c'est de voir qu'aujourd'hui toute une partie de la droite qui était républicaine est totalement à la remorque de l'extrême droite. Comme cela se passe d'ailleurs dans beaucoup de pays dans le monde, avec des coalitions extrêmement inquiétantes qui se mettent en place, avec une partie de la droite qui sert de marchepied pour l'arrivée de l'extrême droite au pouvoir.

On peut vous rétorquer que souligner le fait que la suspecte faisait l'objet d'une obligation de quitter le territoire est un fait. Est-ce que vous voyez dans ce débat, dans les réactions politiques, un autre mécanisme, un racisme sous-jacent ?

Le fait que cette personne avait une obligation de quitter le territoire qui n'était pas exécutée, évidemment que c'est un fait. Mais le fait de dire, ça pose donc le problème des expulsions d'étrangers en situation irrégulière, c'est faire un lien entre la question de l'immigration et la question de la criminalité qui est assez évident. D'ailleurs, ceux qui portent ce débat ne s'en cachent pas.

Ce débat ne débouche pas sur un débat sur les soins psychiatriques, puisque manifestement, on est sur une personne qui était dans une forme d'errance psychique. On ne sait pas. On verra. Mais le débat qui est immédiatement ouvert, c'est la question de l'irrégularité du séjour de cette personne avec le lien qui est fait entre le crime et la qualité d'étrangère et de personne en situation irrégulière. Il n'y a qu'à voir les réseaux sociaux qui sont rarement spontanés sur ces sujets. On voit bien qu'il y a aussi du travail qui est fait, notamment par les réseaux "zemmouristes", pour faire des amalgames entre l'origine de la personne, sa nationalité et l'acte qui a été commis.

Est-ce que vous constatez que cette indignation sélective d'une partie de la classe politique, après un fait divers, est fonction de l'origine des suspects ?

Très honnêtement, si c'était une personne bretonne qui avait commis un crime ou une personne alsacienne, je ne pense pas que l'on aurait eu sur les réseaux sociaux des grandes indignations sur le problème que posent les Bretons ou les Alsaciens en région parisienne. D'autant plus que j'imagine que la petite Lola, comme toutes les filles et les garçons qui sont au collège, sans doute avait des camarades de toutes les origines. Il y a vraiment des personnes qui n'ont que très peu de décence dans des moments de drame qui appellent à exprimer de la compassion et non pas à venir ajouter une couche de haine après un crime aussi abominable.

Est-ce que la réaction de l'exécutif vous paraît à la hauteur ?

L'exécutif a fait preuve de fermeté par rapport aux dérives racistes qui ont eu lieu. Des mots ont été prononcés par la ministre de la Transition écologique. Mardi, Eric Dupond-Moretti a également été très clair lors des questions au gouvernement. Ceci étant, je tiens à faire remarquer que ce débat sur le lien entre l'immigration et la délinquance a été entretenu depuis des semaines et des semaines par Gérald Darmanin lui-même. À force de mettre dans la tête des gens des liens de cette nature, il ne faut pas s'étonner, à un moment donné, que ces liens soient facilement activables dans le débat public, notamment lorsqu'on est face à des faits extraordinaires au sens étymologique du terme, et qui invitent évidemment les gens à ne plus agir qu'à travers une émotion. Parce que, évidemment, face à un crime aussi horrible, c'est avant tout l'émotion qui va facilement parler. Il est facile dans l'émotion de venir sur les liens plus simples, les plus faciles, qui ont été par ailleurs serinés dans le débat public depuis plusieurs mois.

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