Procès du crash du vol Rio-Paris : en "accusant les pilotes, Airbus nous agresse", confie le frère d'un des deux co-pilotes de l'avion

"Il n'y avait pas trois pilotes et 225 victimes, mais bien 228 victimes dans cet avion", rappelle le frère de l'un des co-pilotes tués dans le crash du vol Rio-Paris en 2009. Pour lui, pas de doute : "Ils ont tout fait pour sauver l'avion".

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Radio France
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Des débris du vol AF447 Rio-Paris récupérés le 8 juin 2009. (HANDOUT / BRAZILIAN NAVY)

"Pour moi, il n'y a qu'un fautif, c'est Airbus", affirme mardi 29 novembre sur franceinfo Teddy Robert, frère de David Robert, l’un des deux co-pilotes du vol AF447 Rio-Paris qui s’est abimé le 1er juin 2009 au beau milieu de l’océan Atlantique causant la mort de 228 personnes. Il témoigne mardi au procès, concluant la semaine de témoignages des parties civiles. "On est convaincu de l'innocence des pilotes, même si tous les jours Airbus les attaque", confie Teddy Robert. "Quand ils parlent d'eux, en les accusant (…), ils nous agressent", ajoute-t-il. Au cœur du procès : les sondes Pitot qui mesurent la vitesse de l'appareil et qui ont entraîné la perte des indications de vitesses pour les pilotes. Airbus et Air France sont jugés pour homicides involontaires de 228 personnes. Ils assurent que le crash de l'avion n'est pas dû à un problème technique mais à une erreur d'appréciation humaine.

franceinfo : Comment vous êtes-vous préparé avant de témoigner ce mardi au procès ?

Teddy Robert : C'est un procès extrêmement éprouvant. Quand vous rentrez dans cette salle d'audience, vous voyez la juge avec ses assesseurs, une quinzaine d'avocats chez les prévenus, une quinzaine d'avocats tous les jours côté parties civiles. Et nous, familles de victimes, on n'est pas du tout préparés à cet exercice. On entend toutes ces familles détruites. On entend tous ces parents qui sont morts de chagrin durant ces treize années qui ont suivi le crash. Et aujourd'hui, ce qu'on entend, c’est qu’il y a eu 228 victimes, mais il y en a vraiment beaucoup plus. On va devoir témoigner, parler, parler de mon frère, parler des pilotes. Et on est convaincu que les pilotes ont tout fait pour sauver l'avion.

"Le jour où on a écouté les boîtes noires, on entendait ces voix d'outre-tombe qui faisait tout pour sauver cet avion."

Teddy Robert, frère de l’un des deux co-pilotes

à franceinfo

Et pour moi, il n'y a qu'un fautif, c'est Airbus qui n'a pas changé ces sondes Pitot à temps. On est convaincus de l'innocence des pilotes, même si tous les jours Airbus les attaque. Non, ils ont tout fait pour sauver l'avion. Il faut qu'Airbus se regarde en face et qu'ils regardent bien pourquoi ils n'ont pas changé ces sondes.

Vous allez avoir en face de vous les responsables d'Airbus et d'Air France. Qu'est-ce que vous voulez leur dire ?

Je vais leur dire tout d'abord que mon frère ainsi que les trois pilotes, ce sont des êtres humains qui ont des familles. Et quand ils parlent d'eux, en les accusant de quelque chose qu'ils ne pouvaient pas faire autrement, ils nous agressent. La deuxième chose que je vais leur dire, c'est que derrière cette porte du cockpit, il ne faut pas oublier qu'Il y a encore 225 autres victimes et en tout, il n'y avait pas trois pilotes et 225 victimes, mais bien 228 victimes dans cet avion. Et en parlant de David, c'est dire que c'était une victime comme les autres, qu'il avait une famille qu'il aimait, une famille qui l'entourait. C'était notre frère aîné, c'était notre guide. Et aujourd'hui, perdre un frère aîné, c'est très, très dur pour nous, sa fratrie. Et effectivement, je veux que le tribunal et que Airbus, entende l'humanité qu’il y avait derrière mon frère.

En 2019, un non-lieu a été prononcé par les juges d'instruction – décision ensuite infirmée par la cour d'appel, ce qui a abouti au procès. Selon les juges, le crash est dû à une conjonction d'éléments qui ne s'était jamais produite. Cette fois, Airbus et Air France sont donc renvoyés pour homicide involontaire. Êtes-vous prêts à entendre une réponse qui pourrait être à nouveau celle de l'absence de faute d'Airbus et d'Air France ?

Je ne comprendrai pas qu'il y ait un deuxième non-lieu. Aujourd'hui, la peine n'est pas énorme, elle est de 225 000 euros et ce que j'attends, c'est une peine maximum pour Airbus, donc 225 000 euros.

Qu'est-ce que ce drame a changé dans votre vie ?

Comme tout drame, il y a le deuil. Moi, j'ai eu la chance de pouvoir me reconstruire, loin de ma famille. Je suis parti sur Nantes et il y a eu beaucoup de cassures qui on fait qu'à un moment donné, il faut se reconstruire, Il faut être fort et on oublie parfois sa famille qui était très soudée avant ce crash. J'ai dû m'éloigner. On a toujours des liens très forts mais plus éloignés.

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