"Ma vie a changé depuis l'enlèvement" : le témoignage de l'hôtelière niçoise Jacqueline Veyrac devant les assises

L'octogénaire, battante, a raconté les circonstances de son enlèvement et de sa libération.

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Radio France
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L'hôtelière niçoise Jacqueline Veyrac, kidnappée en 2016, quitte la cour d'assises des Alpes-Maritimes où elle a témoigné au procès de ses ravisseurs  le 8 janvier 2020. (VALERY HACHE / AFP)

"Ma vie a changé depuis l'enlèvement, quand je sors je suis souvent stressée, je regarde partout s'il y a des gens dans les voitures", a déclaré vendredi 8 janvier Jacqueline Veyrac devant la cour d'assises des Alpes-Maritimes où comparaissent 13 hommes, soupçonnés de l'avoir kidnappée. L'hôtelière niçoise s'est rendue pour la première fois au tribunal afin de raconter l'enlèvement dont elle a été victime à Nice en 2016. Âgée de 80 ans, elle a témoigné assise avec un micro posé sur une table.

"Ils étaient 3, après ils étaient 2"

Jacqueline Veyrac évoque d'abord la première tentative d'enlèvement dont elle a été victime en 2013, lorsqu'elle a failli être embarquée dans le coffre d'un véhicule : "Quand j'ai réalisé, j'ai dit : 'bon faut que tu t'en sortes !'". Elle a "sorti les jambes pour empêcher de fermer le hayon", griffé son agresseur et a pu s'échapper, explique-t-elle.

Puis, l'octogénaire raconte ce jour du 24 octobre 2016. "Il était midi, je revenais de la pharmacie. J'ai été prise et mise dans la voiture, ça a été très vite on est partis vers l'autoroute et la voie rapide. J'ai dû donner mon portable, le code et voilà (…) Je tapais avec mes pieds sur les parois du véhicule, ils sont venus me dire 't'arrêtes'. Au départ ils étaient 3, après ils étaient 2."

"Non n'appelez pas la police vous me sortez de là"

Le président du tribunal rappelle une précédente audition, lorsqu'elle racontait l'humiliation de ne pas pouvoir aller aux toilettes : "Je sentais l'urine, c'était assez humiliant comme ça. Je pensais à mes enfants, à la mort". Sur son PV, lu à l'audience, Jacqueline Veyrac avait aussi raconté : "Je me suis fait saigner les poignets et chevilles pour me dégager". La première nuit, elle avait réussi à ouvrir la porte arrière du véhicule, "j'ai été rattrapée et il m'a resserré les liens. J'ai commencé à faire SOS en morse avec les pieds".

La deuxième nuit, la vieille dame a réussi à faire tomber une couverture et a pu faire des signes avec les bras. Elle raconte au tribunal : "J'ai réussi, je sais pas comment, c'était scotché, à libérer la vitre avant du véhicule j'ai fait des signes sans crier. Et la chance, ils étaient pas là", raconte-t-elle avec un rire. "Quelqu'un s'est approché de la voiture, cette personne venait de la villa d'en face, et m'a reconnue. Il m'a dit : 'vous êtes Mme Veyrac ? Je vais appeler la police'. 'Non n'appelez pas la police vous me sortez de là'", leur a-t-elle dit. Le voisin a alors cassé la vitre avant pour l'extirper du Kangoo.

L'un des suspects, un restaurateur engagé pour sa "très bonne cuisine"

Lors du procès, la riche hôtelière est aussi interrogée sur l'un des suspects, le restaurateur Giuseppe Serena qu'elle avait engagé pour gérer le restaurant La Réserve. "La raison pour laquelle on l'avait pris c'est parce qu'il avait un très bon restaurant derrière le port, avec une très bonne cuisine". Au bout de deux ans, la propriétaire n'est pas satisfaite de la gestion, elle arrête le contrat de location-gérance. "C'est un endroit qui coûte cher par l'entretien, il faut savoir le gérer, ne pas trop prendre de personnel, c'est là où ça a flanché".

M. Serena avait la grosse tête. Il a pensé qu'on le reprendrait. C'est mal me connaître de penser qu'on allait reprendre quelqu'un qui sait pas gérer. S'il m'en voulait, je ne m'en suis pas aperçue, c'est quelqu'un d'assez plaisant, il cachait son jeu, peut-être.

Jacqueline Veyrac

à franceinfo

Depuis le box des accusés, Giuseppe Serena a tenu à s'adresser à l'hôtelière pour réaffirmer son innocence : "Je n'aurais pas été capable de vous faire enlever. Mais je suis coupable d'avoir parlé à des personnes. C'est ça ma culpabilité (…) Je regrette énormément parce que j'ai pensé à vous ces quatre années de prison en pensant que ma mère pouvait être là, à votre place ". Jacqueline Veyrac n'a pas souhaité répondre à ces déclarations.

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