La coupe afro d'un steward d'Air France en débat aux prud'hommes

Mis à pied par la compagnie aérienne, Aboubakar Traoré se dit victime de discrimination. 

Capture écran d\'un reportage de France 3 sur le litige qui oppose un steward d\'Air France à la compagnie aérienne, depuis 2012.
Capture écran d'un reportage de France 3 sur le litige qui oppose un steward d'Air France à la compagnie aérienne, depuis 2012. ( FRANCE 3 / FRANCETV INFO)

Aboubakar Traoré a 40 ans et les cheveux crépus. Rien d'exceptionnel jusqu'ici, sauf que ce steward poursuit Air France, pour qui il travaille depuis 1999, devant les prud'hommes. Il reproche à la compagnie de l'avoir mis à pied cinq jours en mai 2012, pour des raisons qu'il juge discriminatoires. En cause, sa coiffure afro qu'il a portée dans l'exercice de ses fonctions et qui, selon Air France, contrevient au code défini par le groupe pour ses employés en contact avec la clientèle.

"Quand j'avais les cheveux courts, ma hiérarchie me le reprochait déjà", explique-t-il au Figaro.fr. Aboubakar Traoré se laisse pousser les cheveux en 2005, mais les tresse serrés sur le crâne. Selon lui, sa hiérarchie lui reprochait déjà cette allure "pas assez classique". Air France demande en effet à ses stewards d'être "coiffés de façon extrêmement nette. Classique et limitée en volume, la coiffure doit garder un aspect naturel." Or, cet aspect "naturel" chez le plaignant déplaît visiblement à la compagnie.

"Tous sauf un respectent le manuel", pour Air France

Entre 2005 et 2007, Aboubakar Traoré est mis en arrêt de travail pour dépression. "Quoi que je fasse, je me sentais jugé sur mon apparence, sur mon être, dénigré dans mon identité", témoigne le steward, qui se dit victime de "discrimination", mais pas de "racisme". Après avoir porté une perruque pendant quatre ans et demi, il saisit la Haute Autorité de lutte contre les discriminations, qui le soutient. France 3 avait alors consacré un reportage à cette affaire.

Fort de cet appui, il se présente "cheveux naturels" au travail en 2012. C'est là qu'il est mis à pied cinq jours, puis muté à un poste au sol, la reprographie. "Il demande sa réintégration après avis médical et 50 000 euros de dédommagement pour discrimination", écrit Le Figaro.fr. A l'audience, en avril, l'avocat d'Aboubakar Traoré avait déploré : "On ne veut pas voir de cheveux crépus dans les avions !" Le conseil d'Air France estimait de son côté : "Tous et toutes sauf un respectent le manuel." La décision doit être rendue par les prud'hommes de Bobigny (Seine-Saint-Denis) mardi.