Crash du Rio-Paris : au dernier jour du procès, "la crainte de l'après" pour les familles des victimes

Le procès du crash du vol Rio-Paris s'est achevé ce vendredi. Après 9 semaines d’audience, le tribunal correctionnel de Paris met son jugement en délibéré au 17 avril prochain. Air France et Airbus sont jugées pour homicides involontaires.

Article rédigé par
Aurélien Thirard - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Salle d'audience où s'est tenu pendant neuf semaines le procès du crash du Rio-Paris, au palais de justice de Paris, le 10 octobre 2022. (THOMAS SAMSON / AFP)

Proches de victimes, avocats, représentants des entreprises Airbus et Air France, public ... Tous ont eu du mal de quitter la salle d'audience, jeudi 8 décembre. Ils sont restés de longues minutes dans cette salle qui a accueilli, pendant neuf semaines, le procès du crash du vol Rio-Paris, la pire catastrophe aérienne française. Certains se sont serrés dans les bras. On a vu la présidente de la principale association de parties civiles discuter avec le représentant d’Air France.

Tous ont vécu ces 36 journées pendant lesquelles nous avons plongé dans le monde de l’aéronautique, nous avons appris son jargon avec notamment les fameuses sondes Pitot au cœur des débats, nous nous sommes installés dans le cockpit du vol AF447 aux côtés des trois pilotes jusqu’à la plongée finale dans l’Atlantique. À huis clos, les voix de l’équipage ont pu pour la première fois être écoutées. 

Les familles ont également pris la parole pour humaniser ce procès très technique, avec des témoignages bouleversants. On retiendra à ce titre l’hommage d’une fratrie à son frère, co-pilote de l’appareil. Treize ans après la catastrophe aérienne qui a fait 228 morts et à l'issue de l'un des procès les plus longs tenus en France, Ophélie Toulliou a du mal à se projeter. Elle a perdu son frère ce 1er juin 2009. "Ces neuf semaines se terminent avec beaucoup de moments forts et avec une crainte du vide et de l'après. Ça va être long, il va falloir attendre jusqu'au 17 avril [jour où le jugement sera rendu]. C'était devenu mon quotidien, notre quotidien pendant neuf semaines."

"Aujourd'hui, il va falloir qu'on pense à revenir à la vie et ça ne va pas être facile."

Ophélie Toulliou, sœur d'une victime du crash Rio-Paris

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Cette attente est d’autant plus longue pour les proches des victimes que la teneur du jugement est une véritable inconnue. Le réquisitoire du parquet, totalement à décharge, peut donner tout même une tendance : il a estimé "ne pas être en mesure de requérir la condamnation" d'Air France et Airbus, jugés pour "homicides involontaires". 

Mais dans ce dossier, rien n’est jamais acquis d’avance. L’instruction a donné lieu à des décisions totalement contradictoires, les magistrats prenant le contre-pied total d’autres magistrats. C’est pour cela que les parties civiles gardent espoir. Corinne Soulas veut continuer à se battre pour sa fille et son gendre, morts dans la catastrophe. "On n'abandonnera pas la lutte, au nom des passagers et des membres de l'équipage. On n'abandonnera pas, même si parfois on a envie de fermer la porte pour passer à autre chose. Mais c'est compliqué. Dans notre for intérieur on a encore envie d'aller au bout. Maintenant, ça ne dépend pas de nous". Cela dépend en effet des trois magistrats du tribunal correctionnel de Paris. Ils vont se réunir et suivra une longue période de rédaction du jugement.

"Pas de victoire" quel que soit le jugement rendu, assure la défense

Comme la loi le prévoit, les représentants d’Air France et d’Airbus sont les derniers à avoir eu la parole. Ils ont tous deux réservé leur court propos aux victimes. La mère d’un passager de l’avion a alors ostensiblement quitté la salle. "Nous avons entendu la peine, le manque, l’absence… Je peux vous assurer que nous avons une compassion inconditionnelle pour la douleur de toutes les victimes", lâche le représentant de la compagnie aérienne française. 

Celui d’Airbus s'est alors tourné vers les familles et déclaré : "J’ai un profond respect pour vous toutes et vous tous". En face dans la salle, des bâillements lui ont répondu. L'avocat d'Airbus a terminé sa plaidoirie en s'adressant aux juges : "Si demain vous relaxez Airbus, je ne dirai pas que vous avez rendu un jugement excellent. Si la relaxe est prononcée, ce ne sera pas une victoire d’Airbus contre les parties civiles. Il ne peut y avoir de victoire quand il y a 228 morts."

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