Corruption et trafic de stupéfiants : huit ans de prison ferme pour un policier de la BAC de Paris

Lors du procès, Karim M., dit "Bylka", avait contesté toute corruption et trafic, invoquant des méthodes policières visant à obtenir des informations, dont sa hiérarchie avait connaissance.

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Policier (illustration). (PIERRE-ANTOINE LEFORT / FRANCE BLEU CREUSE / RADIO FRANCE)

Des "agissements de délinquant chevronné" qui ont "sali" la police. Le tribunal correctionnel de Paris a condamné, lundi 22 février, un fonctionnaire de la brigade anti-criminalité (BAC) de la capitale à huit ans d'emprisonnement, notamment pour corruption passive et trafic de stupéfiants.

Dix jours après la fin du procès, le tribunal a rendu son jugement dans cette affaire à tiroirs dont le principal prévenu, Karim M. dit "Bylka" (kabyle en verlan), a comparu au côté de cinq policiers de son équipe et deux informateurs officieux. Le tribunal a suivi les réquisitions du parquet en reconnaissant coupable le brigadier de 47 ans des sept infractions qui lui étaient reprochées, assortissant sa peine d'une interdiction définitive d'exercer le métier de policier.

Des protections accordées à des dealers moyennant contrepartie

"Vous avez trompé l'autorité judiciaire et trahi la confiance de l'institution policière, salie par ces agissements de délinquant chevronné", a déclaré la présidente de la 16e chambre correctionnelle, Isabelle Prévost-Desprez, à l'adresse du prévenu, qui est resté impassible dans son box vitré.

Chef informel d'une équipe de la BAC du 18e arrondissement, "Bylka" a été condamné pour avoir fait souscrire une "assurance" à des dealers du quartier populaire de la Goutte d'Or, accordant sa protection à certains en les laissant travailler, moyennant contrepartie. Il a aussi été reconnu coupable d'avoir, en concertation avec l'un de ses "indics", interpellé opportunément en avril 2017 deux hommes avec de la cocaïne qui ne leur appartenait pas – en empochant 80 000 euros. Le règne de "l'arbitraire", a résumé le tribunal.

Karim M. a "mis à disposition de délinquants les pouvoirs accordés par la République aux policiers en leur garantissant l'impunité, en favorisant leurs trafics, en procédant à des interpellations pour le compte et dans l'intérêt de délinquants et en commettant des faux en écritures publiques", selon le tribunal.

Un "jugement qui repose sur des affirmations" sans "démonstration", selon l'avocat du policier

"Vous vous êtes considérablement enrichi en commettant l'infraction de blanchiment", a ajouté la présidente, décrivant un policier devenu "banquier", "porteur de valises" ou encore "organisateur d'opérations de compensation".

Lors du procès, Karim M. a inlassablement contesté toute corruption et trafic, invoquant des méthodes policières visant à obtenir des informations, dont sa hiérarchie avait connaissance. L'ex-"baqueux" avait cependant reconnu le blanchiment, affirmant ignorer à l'époque cette infraction et avoir seulement rendu des "services" à des amis sans lien avec son métier. Des explications "absolument pas crédibles", a balayé lundi le tribunal, qui s'est notamment appuyé sur des sonorisations dans les véhicules de la BAC et des investigations financières.

"Il est bien évident que nous allons interjeter appel dès cet après-midi de cette décision, que l'on conteste totalement", a réagi son avocat Patrick Maisonneuve, dénonçant un "jugement qui repose sur des affirmations" sans "démonstration".

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