Pas de libération pour Jacqueline Sauvage : comment le tribunal de l'application des peines justifie sa décision

Partiellement graciée, la sexagénaire, qui a tué son mari violent, reste pourtant en prison. Voici les justifications du juge de l'application des peines.

Des manifestants demandent la libération de Jacqueline Sauvage, place de la Bastille, à Paris, le 23 janvier 2016.
Des manifestants demandent la libération de Jacqueline Sauvage, place de la Bastille, à Paris, le 23 janvier 2016. (PATRICE PIERROT / CITIZENSIDE.COM)

Jacqueline Sauvage ne sortira pas de prison. Le tribunal d'application des peines (TAP) de Melun (Seine-et-Marne) a rejeté, vendredi 12 août, la demande de libération conditionnelle de la sexagénaire, condamnée à dix ans de réclusion pour le meurtre de son mari violent et partiellement graciée par François Hollande. Le parquet, qui avait pris des réquisitions favorables à la remise en liberté de cette femme de 68 ans, "va faire appel", a annoncé la procureure. 

Devenue un symbole des violences conjugales, Jacqueline Sauvage avait été condamnée en appel, en décembre, à dix ans de prison par la cour d'assises du Loir-et-Cher pour le meurtre de son mari, qui la battait depuis des années et avait violé ses filles. Le 31 janvier, le chef de l'Etat lui avait accordé une grâce présidentielle partielle, supprimant notamment la période de sûreté, ce qui permettait à Jacqueline Sauvage de présenter immédiatement une demande de libération conditionnelle.

La décision de ne pas la libérer est "choquante et incompréhensible" pour ses avocates, Nathalie Tomasini et Janine Bonaggiunta. Voici ce que l'on sait de la décision du TAP. 

"Position victimaire"

Le TAP reproche à Jacqueline Sauvage "de ne pas avoir confirmé qu'elle avait finalement choisi de commettre ces faits et de ne pas assez s'interroger sur son acte", ont rapporté ses avocates. Le TAP évoque une "réflexion encore embryonnaire" de la sexagénaire "sur son passage à l'acte".  Par ailleurs, "il est précisé qu'elle ne peut prétendre vivre à proximité des lieux des faits, dans un environnement qui, compte tenu des soutiens dont elle bénéficie, risquerait de la maintenir dans une position victimaire", ont-elles ajouté.

Selon un journaliste d'Europe 1 qui a consulté la décision de justice, "le risque de récidive est écarté" par le TAP. 

Autre précision, Eric Morain, avocat au barreau de Paris, tweete une partie de la décision du TAP qui insiste sur la médiatisation de l'affaire. "Il doit également être souligné que l'importante médiatisation de son affaire rend difficile une authentique démarche de réflexion pour madame Sauvage, qui est encouragée à se cantonner dans un positionnement exclusivement de victime, sans remettre en question son fonctionnement psychique personnel et sans s'interroger sur sa part de responsabilité dans le fonctionnement pathologique de son couple", explique le TAP.