A l'ouverture de son procès pour assassinat, Michel Fourniret ressasse son obsession de la virginité

Dans un dialogue tendu avec un avocat de la défense, l'"ogre des Ardennes" a évoqué son premier mariage avec une femme qui n'était pas vierge.

Michel Fourniret et son ex-épouse Monique Olivier lors du premier jour de leur procès devant la cour d\'assises des Yvelines, à Versailles, le 13 novembre 2018.
Michel Fourniret et son ex-épouse Monique Olivier lors du premier jour de leur procès devant la cour d'assises des Yvelines, à Versailles, le 13 novembre 2018. (BENOIT PEYRUC / AFP)

"Si je n'avais pas épousé une femme qui manquait un peu d'inexpérience, tout ça ne serait pas arrivé." Accusé une nouvelle fois d'assassinat devant une cour d'assises, le tueur en série Michel Fourniret a de nouveau imputé ses crimes, mardi 13 novembre, à son union avec sa première femme et notamment au fait qu'elle n'était pas vierge lors de leur mariage en 1962.

Déjà condamné à la perpétuité pour l'assassinat de sept femmes, Fourniret a souvent expliqué ses crimes par son obsession de la virginité. Il a notamment déclaré aux enquêteurs avoir eu besoin de "chasser au moins deux vierges par an", car sa première épouse, qu'il pensait vierge, ne l'était pas au moment de leur mariage.

Lors de ce nouveau procès, devant la cour d'assises des Yvelines, Michel Fourniret n'est pas jugé pour un nouveau meurtre de jeune fille, mais comparaît aux côtés de son ex-épouse Monique Olivier pour l'assassinat en 1988 de Farida Hammiche, l'épouse d'un de ses ex-codétenus, commis pour faire main basse sur le butin du "gang des postiches". Un crime crapuleux qui a permis à l'"ogre des Ardennes" d'acheter plusieurs propriétés et de perpétrer sa série criminelle.

"Pigé, mec ?"

Sa première femme avait "eu des vies avant", a exposé Michel Fourniret, tout de noir vêtu, cheveux et barbe blanche. "Irréversible, le résultat", a-t-il poursuivi froidement, interrogé par Me Didier Seban, avocat notamment de Jean-Pierre Hellegouarch, le veuf de Farida Hammiche. Epouser "puceau une dame de 7 ans, 3 mois et 18 jours son aînée, mais qui manquait par trop d'inexpérience, (...) c'est comme un obus explosif dans votre tête. Pigé, mec ?", a-t-il soudainement lancé à Me Seban en haussant le ton. "Je pige", lui a rétorqué calmement l'avocat.

Interrogée en début d'après-midi sur sa personnalité, l'ex-femme de Fourniret, dont il a divorcé en 2010, assise dans le box à plusieurs mètres de lui, s'est montrée plus prolixe. Monique Olivier s'est présentée comme une femme sous influence, entrée en relation avec Fourniret alors qu'il est en détention parce qu'elle "voulai[t] exister un peu pour quelqu'un".

Dès sa sortie de détention, ils s'installent et ont un enfant ensemble, Selim. Fourniret lui donne comme deuxième prénom Jean-Pierre, comme son ancien compagnon de cellule et mari de Farida Hammiche, qui est le parrain du garçon. Détail montrant la "formidable perversité" du personnage, a commenté Me Seban lors d'une suspension d'audience.

Monique Olivier s'excuse auprès des victimes

La vie commune avec Fourniret n'était "pas très gaie, je vivais dans la crainte", relate Monique Olivier, yeux cernés, visage blafard, habillée de sombre. "J'ai essayé de le quitter, mais je ne savais pas où aller". Monique Olivier a pourtant joué un rôle important dans plusieurs assassinats de Michel Fourniret, l'accompagnant et lui servant d'appât pour attirer ses victimes. Elle n'a jamais non plus cherché à fuir lorsqu'il était incarcéré, a rappelé le président.

Un enquêteur belge a d'ailleurs confié à la barre son intime conviction qu'il existe "d'autres crimes commis par le couple", encore inconnus de la justice. De 1990 à 2000, aucun meurtre n'a pu être imputé à Michel Fourniret, a précisé l'enquêteur qui lui attribue "neuf tentatives d'enlèvement sur des gamines" sur la période. "Fourniret est tellement orgueilleux, je le vois mal rester 10 ans sur des échecs", a-t-il confié.

Monique Olivier, elle, s'est excusée en regardant le banc des parties civiles: "Je demande pardon aux familles, je regrette que par ma faute, ils aient perdu des êtres chers. Je suis impardonnable".

Selon l'accusation, l'assassinat de Farida Hammiche a permis à Fourniret de s'emparer du trésor des "postiches", déterré dans un cimetière du Val-d'Oise sur les indications de Jean-Pierre Hellegouarch. Ce dernier avait en effet eu vent de l'emplacement d'une caisse à outils renfermant des lingots et des pièces d'or par un ancien codétenu, un Italien qui s'était évadé de prison avec un membre de cette équipe de braqueurs. L'or une fois déterré, Fourniret n'aurait alors rien reçu en échange ou pas assez à son goût et avait décidé d'éliminer Farida Hammiche pour récupérer le butin.