Soupçons de match truqué : que risquent les joueurs de handball de Montpellier ?

Selon le procureur, "de très fortes suspicions de non-respect de l'éthique sportive" pèsent sur les joueurs dans l'enquête sur le match de handball Cesson-Montpellier. Sept joueurs de Montpellier devraient être mis en examen. 

Les joueurs de Montpellier, Nikola Karabatic et Dragan Dajic, le 20 septembre 2012 à Paris. 
Les joueurs de Montpellier, Nikola Karabatic et Dragan Dajic, le 20 septembre 2012 à Paris.  (FRANCK FIFE / AFP)

HANDBALL - PARIS SUSPECTS - Ils reconnaissent avoir parié, mais nient avoir triché. Sept joueurs du club de Montpellier ont été interpellés dimanche 30 septembre dans l'affaire du match présumé truqué sur fond de paris sportifs entre le club héraultais et Cesson-Sévigné, le 12 mai. Les gardés-à-vus, dont les joueurs, pourraient être mis en examen demain s'ils sont déférés devant le juge. Les deux compagnes des frères Karabatic seraient les premières personnes présentées mardi au magistrat instructeur. 

Figures de proue du handball français depuis quinze ans, que vont devenir les joueurs impliqués ? Le procureur de Montpellier, l'entraîneur du club ainsi que son président, ont donné lundi 1er octobre quelques indications sur l'avenir des handballeurs plongés dans la tourmente.

Une sanction pénale

"C'était le match idéal pour parier", a lancé le procureur de la République de Montpellier, Brice Robin, en fin de conférence de presse. Pour avoir parié, ce qu'ils reconnaissent, les joueurs pourraient écoper de six matches de suspension et de 15 000 euros d'amende. Il s'agit là d'une sanction d'ordre disciplinaire.

En revanche, si le match a bien été truqué, aux dépens de la Française des Jeux, la sanction sera lourde : "[les joueurs] encourent 5 années d'emprisonnerment et 375 000 euros d'amende", a indiqué le procureur.

"Un pacte de corruption" Pour le magistrat, les paris sont suspects à plusieurs titres. D'abord, ils sont "anormalement élevés (40 fois supérieur à la moyenne) avec des taux de parieurs très nombreux, situés géographiquement dans seulement trois lieux (Montpellier, Paris et Rennes)". Par ailleurs, "ils ont tous commencé à 10h précisément, enfin, tous ces paris ont été pris par multiples de 100 euros," a-t-il précisé. En tout, les gains perçus par les joueurs et les personnes placées en garde à vue s'élevait à 252 880 euros.

"Des liens très étroits ont été tissés entre les joueurs et leurs parieurs, a-t-il commenté. Pour ceux qui doutaient d'un pacte de corruption, il y a matière à se poser des questions très légitimes", a souligné le procureur.

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"Non respect de l'éthique sportive". Concernant le match Cesson-Montpellier, le procureur a déclaré qu'il existait "de très fortes suspicions de non-respect de l'éthique sportive". Les joueurs sont en fait soupçonnés de corruption sportive, c'est à dire "le fait d'altérer les résultats des paris sportifs en modifiant par son comportement le déroulement normal et équitable d'une manifestation sportive". 

Le procureur a auditionné les arbitres de la rencontre, mais aussi épluché les commentaires des journalistes sportifs et interrogé les entraîneurs des deux clubs concernés. Et selon le procureur, ces entrevues tendent à prouver que "certains joueurs ont pu 'lever le pied'", a-t-il expliqué. "Lors de leurs auditions, les arbitres des matchs ont estimé que les joueurs ont bien donné des prestations, je cite, 'très moyennes'. Certains journalistes ont même évoqué des 'tirs immanquables'."

La sanction sportive

Quid de l'avenir professionnel de ces joueurs ? Concernant une possible sanction qui relèverait du contrat de travail, "il y a une notion de faute qui est reconnue pour le droit du travail et le droit pénal, a indiqué le président du club, Rémy Lévy, lors d'une conférence de presse organisée quelque temps avant celle du procureur. 

Des sanctions exemplaires. "Si la gravité des faits est avérée, bien sûr qu'il faut une sanction exemplaire, a promis le président. Mais comment les qualifier sans connaître avec certitudes les éléments [du dossier] ?" En attendant, les dirigeants sont restés silencieux concernant ces éventuelles sanctions. "On ne peut rien dire car on respecte leurs droits. On n'est pas habilités à prendre des sanctions sportives, a poursuivi Rémy Levy. On appliquera simplement le code du travail à hauteur de la gravité des fautes commises. Respectons le secret de l'instruction. Mais on ne se cachera pas derrière la lenteur de la procédure pour prendre nos responsabilité", a-t-il prévenu.

Ecartés définitivement de l'équipe ? "Le club se sent trahi", a confirmé l'entraîneur du club, Patrice Canayer. "Mais, a-t-il assuré, il faut aujourd'hui que résolument on se tourne vers l'avenir (...) Parlez-moi des joueurs qui seront demain sur le terrain a partir de 14h", a-t-il demandé à la presse, alors que l'équipe, ainsi privée de quelques-unes de ses stars, doit affronter Toulouse mercredi.

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"Nous avons des joueurs, nous se sommes pas démunis", a renchéri Rémy Lévy, rappelant que le club disposait d"un centre de formation qui est parmi les meilleurs en France", mais aussi "de joueurs professionnels" et d'athlètes "blessés, prêts à revenir". Mercredi, "il y aura 12 ou 14 joueurs sur la feuille de match. Peu importe qui porte le maillot de Montpellier, ce qui est important c'est que le maillot soit porté", a-t-il conclu.